3ème trimestre 2018 post conflit social : des chefs d’entreprises pessimistes mais qui investissent

L’Institut d’Emission des Départements d’Outre-Mer (IEDOM) vient de publier sa tendance conjoncturelle pour le 3ème trimestre 2018. S’il est difficile de prendre en compte certaines données qui évoluent rapidement dans cette économie versatile mahoraise, d’autres méritent néanmoins que l’on s’y arrête.

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La Maison de l'Entreprise à Mamoudzou

On écartera d’emblée la baisse des demandeurs d’emploi au 3ème trimestre au regard des chiffres affolants que vient de livrer l’INSEE, pour se concentrer sur le climat des affaires et la réaction par secteur au conflit social du début d’année.

L’étude porte sur la période post conflit social de février-mars, ce qui impacte plusieurs données, et on verra que tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne.

Comme pour chaque année de conflits sociaux, c’est à dire quasiment chaque année justement, l’économie mahoraise « poursuit les efforts afin de trouver une stabilité propice aux affaires ». Ça a un petit goût d’ « encouragement du conseil de classe » à un élève passable. Même s’il reste au dessus de sa moyenne de longue période, le fameux ICA, Indicateur du Climat des Affaires subit une baisse de 7,4 points, et surtout, « les chefs d’entreprise n’ont pas de bonne opinion sur les perspectives du trimestre suivant », donc le 4ème de l’année 2018, qu’il aurait été intéressant de connaître pour comparer l’écart entre leur anticipation et la réalité. Mais globalement, l’IEDOM note que « les chefs d’entreprise font preuve de pessimisme quant à l’évolution de leurs affaires post-crise. »

Un max de recours aux crédits bancaires

La courbe en dent de scie de l’Indicateur du climat des Affaires

Un pessimisme qui ne les empêche apparemment pas d’investir, puisque « les perspectives d’investissement restent bien orientées ce trimestre, et particulièrement dans les secteurs du commerce, de l’industrie agroalimentaire et de la construction. En revanche, les secteurs des services marchands et du tourisme témoignent de difficultés quant à la réalisation de projets. »

Une dynamique qui se traduit dans les prêts et crédits d’investissement en hausse par rapport au trimestre précédent, et sur l’année précédente, le plus spectaculaire étant les crédits à l’habitat des entreprise, qui augmentent respectivement de 14,7% et 62%.

Les importations reculaient ce trimestre là, mais logiquement corrélées à la conjoncture fait remarquer l’IEDOM. Un mot sur les importations de produits agricoles, qui progressent quasiment de 25% sur 12 mois, sans plus d’explication.

Si l’activité globale s’était donc dégradée ce 3ème trimestre, il est intéressant de avoir comment réagit chaque secteur.

Le BTP est mu par deux effets contraires : une forte perte d’activité qui se traduit par « un allongement des délais de paiement, une détérioration de leurs trésoreries et un recul des embauches. » Mais l’allègement des charges, une perception favorable des prix du marché, et un carnet de commande qui a repris des couleurs, se traduisent par « une volonté importante d’investir ».

Le commerce garde le moral grâce à la consommation des ménages

Le Centre commercial le Baobab

A causes inverses, effets contraires dans l’industrie, où « les délais de paiement s’améliorent » avec une activité « positive », mais avec une évolution défavorable des charges, qui laissait entrevoir une dégradation de l’activité au 4ème trimestre.

Le commerce connaît les mêmes tendances que l’industrie, amélioration des délais de paiement et hausse de l’embauche, et charges alourdies, mais réagit pourtant différemment, « les perspectives d’investissement se maintiennent à un niveau favorable. »

On l’a vu, secteur marchand et tourisme ne se portaient pas très bien, quoique ce dernier profite d’une « hausse des nombres de vols et de passagers (respectivement +3,7 % et +1,3 % par rapport au trimestre précédent, données CVS). En glissement annuel, le nombre de passagers continue d’augmenter (+1,1 %), tandis que les mouvements de vols se contractent (-9,2 %). »

C’est donc encore une fois une économie tirée par la consommation des ménages, qui bien qu’ayant marqué le pas après un trimestre de rattrapage post crise, permet aux investissements de se maintenir à un niveau élevé, « accompagnées d’une activité bancaire dynamique », souligne l’IEDOM.

On attend avec impatience d’avoir en main les stats du 4ème trimestre que nous préparent les petites mains de l’IEDOM, pour analyser les tendances de fond de cette année 2018 perturbée, mais dotée d’un Plan Avenir qui devrait consolider les volontés d’investissement.

(Lire ne_tendances_tendances_conjoncturelles_3t2018_mayotte)

Anne Perzo-Lafond

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