Interpeller les candidats aux présidentielles, un défi pour les jeunes ultramarins

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Nadham Youssouf au centre Nyamba qu'il anime
Nadham Youssouf au centre Nyamba qu’il anime

La jeunesse, « une richesse », dit-on à voix haute, mais une crainte aussi lorsque dans un passé récent, elle est synonyme de hordes qui détruisent. Le chômage est le premier des fléaux qui touche plus de 40% des 15-29 ans ultramarins, contre 18% en métropole. La mobilisation de trois associations Secours Catholique-Caritas France, Médecins du Monde et Apprentis d’Auteuil, avaient débouché en 2014 sur le Plan Jeunesse Outre-mer, retenu par le président Hollande dans son Plan pour les Outre-mer.

Le Secours Catholique a poursuivi par un Défi Jeunes : un questionnaire remis à 932 jeunes dans 6 territoires ultra-marins, les 5 DOM et la Nouvelle-Calédonie. Intéressant car les statistiques proviennent habituellement d’Instituts spécialisés, et sont analysés par des professionnels et/ou des politiques. Nous avons donc là, en direct, la parole des jeunes.

Ils sont principalement collégiens, lycéens ou étudiants, plus de 60% d’entre eux vivent encore chez leurs parents, et 6 sur 10 veulent quitter le territoire où ils vivent, pour les études ou le travail, vers La Réunion pour les jeunes de Mayotte, et la Martinique pour les jeunes Guadeloupéens.

Les jeunes prêts à jouer leurs sketchs
Les jeunes traduisent en théâtre leur vécu

Respect et amour

Lorsqu’ils regardent l’avenir, ils restent optimistes à 70%, à nuancer à Mayotte, où ils sont « inquiets en ce qui concerne l’avenir » à plus de 50%, ce qui peut s’expliquer car plus de la moitié des jeunes interrogés n’avait pas de situation administrative stable.

Les études et le travail restent une priorité dans les motivations, en particulier la formation, surtout « sur les territoires où ils vivent la précarité », à Mayotte et en Guyane, « où l’accès à l’enseignement est entravé par de multiples difficultés : conditions de vie difficiles, éloignement, forte immigration qui demande des réajustements permanents au niveau de l’organisation scolaire (construction, nombre de professeurs, formation..), et présence de jeunes de plus de 16 ans en situation irrégulière qui n’ont pas accès à l’école ou à une formation. »

A la question « Quelles sont pour toi les trois plus grandes sources de pauvreté chez les jeunes ? », les jeunes interrogés à Mayotte et à La Réunion évoquent le chômage ainsi que les difficultés d’insertion et d’accès à l’éducation. Pour les jeunes calédoniens par contre, où l’évolution sociétale apporte des tensions entre tradition et modernité, une des plus grandes sources de pauvreté reste « le manque d’amour et d’attention à la maison » et le « manque de transmission des valeurs ». Dans la même proportion, ils mentionnent « le manque de respect des « vieux », l’absence de motivation et la non-résistance aux tentations ». « Il semblerait donc que, pour les jeunes, la pauvreté ne se limite pas aux aspects financiers », souligne le compte rendu du Secours Catholique.

Victimes en première ligne de la délinquance

Un selfie avec le président Hollande
Un selfie avec le président Hollande lors de son passage à Mayotte

Ils rejoignent les adultes lorsqu’on évoque leurs craintes : l’insécurité et la violence et la délinquance, reviennent majoritairement. Pire, leur message destiné aux décideurs est unanime : ils leur conseillent d’être plus proches des réalités, et leur demandent de s’attaquer aux problèmes du chômage, et d’ « agir contre les fléaux qui gangrènent la société et dont les jeunes sont les premières victimes : la drogue, l’hyper sexualisation, l’alcool, la violence, les effets de la mondialisation. »

Nadham Youssouf, Responsable du Centre Nyamba de Caritas France, nous décrypte ces craintes, lui qui représentera Mayotte dans la délégation des 6 jeunes ultramarins* : « A Mayotte, les jeunes craignent la chimique. Ils ont peur de sortir le soir, peur de se faire attaquer par jeu. » L’hyper-sexualisation, il l’interprète comme une plainte de nombreuses filles : « Elles sont reconnues comme victimes lors d’un viol, mais se plaignent de se faire toucher, tripoter, elles sont gênées. »

Les jeunes étrangers vivant à Mayotte ont naturellement peurs d’être expulsés, peur de la situation socio-économique. Ils représentent le gros de réponses des jeunes qui disent « ne rêver à rien », quand on les interroge sur leur avenir.

Les jeunes ultramarins rejoignent tout à fait la tendance habituelle de la méfiance à l’égard du politique, particulièrement renforcée actuellement, qu’ils traduisent dans un appel au secours : « Arrêtez les magouilles et les mensonges, faites votre vrai travail et aidez les plus démunis. »

Dans l’agenda de la délégation des 6 jeunes*, figure le candidat écologiste Yannick Jadot, un accord de principe du LR François Fillon, « nous devons finaliser les autres et préparer avec le siège national du Secours Catholique nos entrevues qui démarrent le 27 février. »

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

* Maeva Maunier pour La Réunion, Nadham Youssou pour Mayotte, Kathy Queue pour la Nouvelle-Calédonie, Antony Corandichelleux pour la Guyane, Ségolène Lette pour la Martinique et Séverine Simat pour la Guadeloupe

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