27.9 C
Dzaoudzi
mardi 7 décembre 2021
AccueilorangeUne dizaine de cas de paludisme «autochtone» à Mayotte: Une piqûre de...

Une dizaine de cas de paludisme «autochtone» à Mayotte: Une piqûre de rappel

L'Aedes albopictus qui véhicule la dengue et le chikungunya (Crédits photo : ARS OI)
L’Aedes albopictus qui véhicule la dengue et le chikungunya
(Crédits photo : ARS OI)

Nous avions pris l’habitude d’enregistrer de bonnes nouvelles sur le front des maladies liées aux moustiques. Après la petite épidémie de dengue qui a frappé Mayotte en 2014, la propagation de la maladie a été stoppée: aucun cas de dengue n’a été enregistré en 2016 dans notre département. Le chikungunya est également absent et le virus Zika, tant redouté, n’a concerné, à ce jour, qu’une seule personne qui l’avait ramené d’un séjour en Martinique.

Pour autant, il convient de ne pas baisser la garde. Des informations, données lors des rencontres de santé publiques à La Réunion fin novembre, rappellent que rien n’est jamais totalement gagné avec les moustiques. Et c’est le paludisme qui refait parler de lui.

Après des années sans aucun cas «autochtone» de paludisme, ce sont une dizaine de personnes qui ont ainsi été touchées sans avoir quitté Mayotte ces dernières semaines. Autrement dit, ils ont contracté la maladie dans notre département. Rien d’affolant, mais sans mauvais jeu de mot, il s’agit bien d’une piqûre de rappel.

Ne pas oublier

Certes, les chiffres de l’Agence régionale de santé (ARS) font apparaître un effondrement de la présence de la maladie durant la dernière décennie à Mayotte. En 2004 par exemple, le département enregistrait encore 743 cas de paludisme.

Mais Mayotte est toujours dans la liste des territoires sensibles établie par le Haut conseil en santé publique (HCSP). Et ces nouveaux cas montrent qu’il convient de continuer de se méfier des moustiques. Les consignes régulièrement rappelées par l’ARS d’éliminer les réservoirs d’eau susceptibles d’abriter des larves et de se protéger des piqûres, y compris en dormant sous des moustiquaires, sont donc toujours d’actualité.

98% de malades en moins

Le paludisme dans le monde (Source: OMS)
Le paludisme dans le monde (Source: OMS)

Le combat contre le paludisme est loin d’être gagné même si, à l’échelle régionale, les nouvelles continuent d’être très positives. Aux Comores aussi, on s’est attaqué au fléau mais avec des méthodes différentes de celles mises en œuvre chez nous. Et là-bas aussi, les résultats sont spectaculaires. Le nombre de malades aurait chuté de 98% en 10 ans, avec «seulement» 1.052 nouveaux cas en 2015, selon les chiffres officiels de l’Union des Comores.

«Avec 8 cas à Anjouan en 2015 et 3 à Mohéli, on peut dire qu’on est arrivé à la phase d’élimination totale de l’épidémie, même si quelques cas sporadiques sont encore enregistrés à la Grande-Comore», indiquait le Dr Mbaé Toyb, de l’Association comorienne pour le bien-être de la famille (Ascobef) à l’AFP début décembre.

Là encore, la comparaison avec 2004 est frappante. Cette année-là, le nombre de cas était de 54.078 dans les 3 îles de l’Union.

Les «comprimés chinois»

Entretemps, les Comores ont lancé une campagne sanitaire inédite dans le pays. A partir de 2005, grâce un financement de 2,4 millions de dollars du Fonds mondial contre le paludisme, le pays a dispensé à la population un nouveau traitement, arrivé de Chine. Cette thérapie «préventive» a d’abord été testée sur les habitants de Mohéli. «Le résultat fut très concluant, puisque le taux des porteurs de parasites est passé de 23% à 0,33%», précise Mbaé Toyb.

La médication a ensuite été étendue à Anjouan en 2012 puis à la Grande-Comore en 2013, grâce à 10 millions d’euros d’aides supplémentaires. Aujourd’hui, les chiffres officiels font état d’un taux de couverture de la population par ce traitement de l’ordre de 91%. Finalement, les Comores ont distribué, comme à Mayotte, plus de 400.000 moustiquaires imprégnées pour compléter le dispositif.

Louis Clément Gouagna, chercheur à l'IRD, coordonne l'expérience des moustiques stériles à La Réunion (Photo: JIR)
Louis Clément Gouagna, chercheur à l’IRD, coordonne l’expérience des moustiques stériles à La Réunion (Photo: JIR)

Moins de palu aux Comores, c’est aussi une diminution de la maladie à Mayotte. Car ces dernières années, les cas diagnostiqués dans notre département étaient tous des patients qui avaient contracté la maladie à l’extérieur, essentiellement dans les 3 îles voisines. Conséquence, les cas de «paludisme importé» se sont aussi effondrés chez nous.

Des moustiques stériles

Et la situation pourrait encore progresser avec une expérience qui débute à La Réunion. Là-bas, on s’apprête à lâcher dans la nature des moustiques mâles stérilisés en laboratoire. Ils sont amenés à s’accoupler avec des femelles qui produiront des œufs stériles. Au fil du temps, on pourrait donc assister à un effondrement du nombre de moustiques sur l’île.

La présentation de l’expérience a été faite à Saint-Gilles, il y a quelques jours, lors d’un colloque international consacré à cette technique. Là-bas, le projet est à l’étude depuis 2009 et il pourrait ensuite s’étendre dans l’océan Indien. Louis Clément Gouagna, le chercheur de l’IRD (institut de recherche pour le développement) qui dirige cette expérience, reconnaît qu’une «lutte efficace à La Réunion ne servira à rien si les autres pays de la sous-région ne suivent pas la même dynamique».

D’où la volonté de partager les connaissances, en espérant, que dans quelques années, on assiste bel et bien à la disparition totale de la maladie de nos îles.

RR
www.jdm2021.alter6.com

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Météo France, Mayotte

Mayotte en vigilance Orange Fortes pluies depuis ce mardi matin

0
Le jaune a viré à l'orange. Météo France a placé Mayotte sous cette couleur pour sa vigilance Fortes pluies depuis 5h ce mardi matin. Une...
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours

A Mamoudzou, un premier contrat local de santé pour rapprocher la santé préventive des...

0
Fini le chacun-pour-soi, vive la co-construction ; la prévention à la santé, à l'alimentation, la lutte contre les gîtes larvaires ou les rongeurs, la contraception et la lutte contre les addictions, sont autant de sujets relevant des communes, de l'ARS ou du Département. Avec le contrat local de Santé, Mamoudzou met les trois acteurs autour d'une même table pour gagner en efficacité dans la santé préventive. D'autres communes suivent le même chemin.

Évolution des prestations sociales : Madi Velou salue les avancées et appelle à aller...

0
C'est un des premiers à réagir aux annonces gouvernementales sur le début de rattrapage en matière de droits sociaux. Le vice président du Département chargé du social salue des avancées "qui vont dans le bon sens", mais demande des adaptations immédiates quand cela est possible
Emmanuel Macron, Elysée, François Guillotou de Kerever, Mayotte

Les maires de Mayotte d’une seule voix à l’Elysée

0
« C’est par la répétition que nous obtiendrons des réponses ». Les maires de Mayotte étaient reçus le 19 novembre par le conseiller Outre-mer d’Emmanuel Macron. Avec un enjeu : maitriser les dossiers pour se faire entendre
Gérald Darmanin, immigration, Manche, Angleterre,Mayotte,

G. Darmanin déploie l’artillerie lourde sur les côtes de la Manche pour lutter contre...

0
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin annonce ce lundi des moyens supplémentaires pour les policiers et les gendarmes afin de « lutter contre l'immigration clandestine » sur les 130km de côtes les plus proches de l’Angleterre. Qui finance l’opération. De quoi faire rêver la PAF à Mayotte...

Violences sur mineurs : la parole se libère peu à peu malgré des pressions...

0
Le 32e anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant était l'occasion d'un colloque au CUFR. Le recteur et le procureur y ont exposé des chiffres glaçants, sans doute en deçà de la réalité. Les échanges ont aussi permis d'exposer des éléments culturels afin de faire tomber les barrières, et accélérer la dynamique de libération de la parole, à l'oeuvre depuis plusieurs mois.