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Deux mois de vol sans escale pour les frégates du Canal du Mozambique

Henri Weimerskirch avec un poussin de frégate du Pacifique (photos: Henri Weimerskirch et Aurélien Prudor/JIR)
Henri Weimerskirch avec un poussin de frégate du Pacifique (photos: Henri Weimerskirch et Aurélien Prudor/JIR)

C’est un oiseau marin énigmatique car il est très difficilement observable. La frégate du Pacifique, de son petit nom scientifique Fregata minor, est très légère et dotée d’ailes très longues et très larges, ce qui lui confère une capacité exceptionnelle à planer et monter dans les courants d’air ascendants sans battre des ailes.

La frégate du Pacifique a plusieurs particularités. D’abord, elle se caractérise par une période d’élevage des jeunes la plus longue de tous les oiseaux. Ensuite, son plumage n’étant pas étanche, elle ne peut se poser sur l’eau alors qu’elle dépend entièrement de poissons volants qu’elle doit capturer en vol. À ce titre, la frégate constitue un sujet de choix pour le projet de recherche «Early life», centré sur l’étude des comportements de jeunes prédateurs marins.

Une équipe de chercheurs pilotée par Henri Weimerskirch du Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS/Université de La Rochelle) en partenariat avec des scientifiques basés à La Réunion, au Royaume-Uni, au Canada et en Allemagne a mené un important programme de marquage sur les frégates depuis l’île d’Europa dans le canal du Mozambique, un lieu très important pour la reproduction de l’espèce.

Décomposer les vols des oiseaux

Une cinquantaine de spécimens adultes et juvéniles ont été équipés de capteurs autonomes, capables de mesurer simultanément et pendant des mois la position GPS, l’altitude, la fréquence cardiaque et le battement des ailes des frégates étudiées.

Ces données permettent de décomposer le vol de l’oiseau, de déterminer s’il bat des ailes ou s’il plane et d’en déduire son mouvement et ses dépenses énergétiques.

Une des 50 frégates relâches après avoir été équipées
Une des 50 frégates relâches après avoir été équipées

À large échelle, les enregistrements montrent que les frégates effectuent leurs vols transocéaniques entre l’Afrique et l’Indonésie en suivant le bord de la zone de formation des cyclones tropicaux autour de l’équateur.

Elles utilisent les alizés pour effectuer sans effort d’immenses cercles dans l’océan Indien.
Les juvéniles en particulier, qui quittent pour la première fois leur lieu de naissance, parcourent des milliers de kilomètres et, encore plus étonnant, peuvent rester en vol pendant plus de deux mois, sans se poser.

Dormir en plein vol

Au sein de ces trajectoires circulaires, à plus petite échelle, les études révèlent que les frégates volent en montagnes russes. S’aidant de la convection sous les cumulus, elles montent en altitude en planant sans battre des ailes et en dépensant très peu d’énergie. Les enregistrements montrent alors de courtes périodes d’inactivité totale, suggérant que les frégates dormiraient quelques minutes pendant cette phase d’ascension.

Arrivées au bas des cumulus, à 600 ou 700 mètres d’altitude, elles descendent en vol plané sur des kilomètres, sans dépense d’énergie.

Dans les zones moins nuageuses, pour planer sur de plus longues distances, les frégates peuvent monter régulièrement à de très hautes altitudes (de 3.000 à 4.000 mètres) en entrant à l’intérieur des cumulus où elles bénéficient de puissants courants ascendants. Mais elles y rencontrent également des températures négatives auxquelles leur plumage dépourvu de duvet n’est pas adapté.

Cette étude pose de nombreuses questions sur la capacité des frégates à dormir en vol, à résister aux conditions extrêmes rencontrées à l’intérieur des cumulus mais aussi sur la stratégie qu’elles emploient pour éviter les cyclones tropicaux sur leur trajectoire. Encore une fois, la nature qui nous entoure nous surprend de la plus belle des manières, alors que chaque élément de connaissance pose encore de nouvelles questions.

RR, le JDM
Avec le JIR.

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