Devant les caméras, ces jeunes Mahorais qui volent dans les airs

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Le vainqueur du One VS One 2016, le B-Boy Demez, entouré du jury, de membres de Hip Hop Evolution et de danseurs.
Le vainqueur du One VS One 2016, le B-Boy Demez, entouré du jury, de membres de Hip Hop Evolution et de danseurs.

Plus d’une centaine de curieux et d’amateurs de hip-hop se sont retrouvés ce vendredi soir place des Congrès à Pamandzi, pour encourager les meilleurs danseurs de break dance de l’île. Dix-huit danseurs se sont farouchement battus pour obtenir la première place du « One VS One », qualification qui leur permettra de se confronter aux meilleurs B-Boys de France lors du championnat national à Montpellier le 21 mai. Durant plus de deux heures, les jeunes Mahorais ont voltigé, virevolté, vrillé. Un spectacle réjouissant dont est sorti vainqueur (pour la deuxième fois) le B-Boy Demez, originaire de Kahani. Nadja Harek, documentariste et réalisatrice indépendante, n’en a pas manqué une miette.

Le JDM. Pourquoi faire un documentaire sur le hip-hop à Mayotte ?

Nadja Harek. A Mayotte, beaucoup de jeunes n’ont rien, même pas de chaussures pour danser. Vu le manque d’infrastructures, ils s’entraînent où ils peuvent, parfois sur des stades, la nuit, qu’ils éclairent avec les phares de scooters. Je pense que le hip-hop est pour les jeunes Mahorais un outil pour évacuer, ils dansent pour échapper à la violence. Ici, j’ai rencontré des jeunes qui avaient quelque chose à dire par le hip-hop. J’ai envie de montrer quelque chose de positif : c’est ça, aussi, la jeunesse de Mayotte. Arrêtez de nous parler tout le temps de délinquance.

Mais ce qui m’a également plu, c’est cette double identité. (Cette problématique interpelle particulièrement Nadja Harek qui a réalisé un documentaire intitulé « Ma famille entre deux terres », ndlr). Et le hip-hop, justement, fait un pont entre Mayotte et la métropole : grâce à cette pratique, Mayotte est intégrée dans un dispositif culturel français.

Y a-t-il des spécificités dans la façon dont les jeunes Mahorais pratiquent cet art ?

Nadja Harek. Ce qui m’a frappée c’est qu’ici, ils volent. Ils ont une danse aérienne, fluide, débarrassée de toutes contingences. Et, en même temps, à Mayotte, on retrouve les origines de ce qui a créé le mouvement hip-hop. Quand tu vois les graffitis sur les murs de Mayotte, tu as l’impression de revoir les premiers graffitis new-yorkais. Les pas de danse des jeunes Mahorais, on dirait les premiers pas esquissés dans le Bronx.

Nadja Harek, réalisatrice d'un documentaire sur le hip-hop à Mayotte
Nadja Harek, réalisatrice d’un documentaire sur le hip-hop à Mayotte

Aucune fille ne participe au « One VS One » à Mayotte. Sais-tu pourquoi ?

Nadja Harek. C’est déjà difficile, ici, pour les garçons. Le hip-hop, ça fait voyou, sans avenir. Et puis, en terre musulmane, cette pratique de la danse n’est pas très bien vécue, il y a beaucoup de pression sociale sur les danseurs. Donc, tu imagines une jeune Mahoraise danser le soir, sous un préau, avec des garçons ? Pour changer ça, Hip Hop Evolution va bientôt accueillir un jeune en service civique dans son équipe, qui sera chargé de développer la pratique féminine.

Le documentaire réalisé par Nadja Harek sera diffusé sur France Ô en 2017. Ce 52 minutes fait partie d’une série de trois documentaires sur le thème des artistes underground des départements d’outre-mer.

OL
www.lejournaldemayotte.com

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