28.9 C
Dzaoudzi
vendredi 7 octobre 2022
AccueilorangeIssa Abdou: Une réponse volontaire au sévère rapport de l'IGAS

Issa Abdou: Une réponse volontaire au sévère rapport de l’IGAS

Issa Issa Abdou avec les jeunes du centre Nyamba de Caritas France de Mayotte
Issa Issa Abdou avec les jeunes du centre Nyamba de Caritas France

Structure de contrôle interministériel du secteur social, l’Inspection générale des Affaires sociales audite ou évalue des structures ou des politiques, et son acronyme est généralement associé à un remaniement des services. Et c’est le cas à Mayotte.

Ce sont les difficultés rencontrées à l’Aide Sociale à l’Enfance, l’ASE, au sein de la Direction de la solidarité et du Développement social (DSDS), qui a incité le conseil départemental à faire appel à l’IGAS : défaut de placement, maltraitance, forte mésentente entre la directrice et le DGA en charge du social, « la persistance de cette situation conflictuelle nuit gravement au fonctionnement de la DASE et de la DSDS, chacun des protagonistes ayant des partisans et des détracteurs au sein des services », pointe l’IGAS dans son rapport.

JDM : Outre la « stagnation de l’ASE sur 2010-2013 » et une « surcharge incontrôlée des familles d’accueil », quelles sont les principales critiques formulées par le rapport ?

Issa Issa Abdou : « Évoquons le sujet de la dotation de l’État. Elle est clairement insuffisante sur l’ASE selon l’IGAS, et bien supérieure aux 6 millions d’euros que nous avions évalués pour 2016. Lorsque la collectivité départementale récupère les PMI (Protections maternelles infantiles) en 2006 et l’ASE en 2008, les dotations de l’Etat sont insuffisantes. Avec 9.000 accouchements pris en charge par le CHM en 2015, ce sont autant de consultations pré et post natales que nos PMI ont du effectuer. Or, les quatre cinquièmes des femmes ne sont pas affiliées à la sécurité sociale. Ce n’est pas au département à prendre en charge ces impacts des flux migratoires.
Mais l’IGAS pointe surtout la désorganisation du service de la solidarité et du social, des problèmes de pilotage, de management, des doublons. Elle n’évoque pas directement de maltraitance dans les familles d’accueil, mais on le lit en filigrane, et surtout insiste sur l’agrément que seules une vingtaine de familles d’accueil sur 76 auraient du obtenir si on se réfère aux critères métropolitains. »

Le dossier des besoins en action sociale remonté à Alain Juppé lors de son passage en décembre dernier
Le dossiers des besoins en action sociale remonté à Alain Juppé lors de son passage en décembre dernier

JDM : Concernant le recueil d’informations préoccupantes sur les mineurs en danger, le rapport est très sévère en parlant de 175 informations qui n’ont fait l’objet d’aucun traitement jusqu’au 15 septembre 2015 et de 136 demandes d’évaluation qui n’ont eu aucun retour…

Issa Issa Abdou : «  C’est une critique que nous avions déjà par l’observatoire départemental de protection de l’enfance en danger. C’est avant tout un problème de personnel et d’organisation. Les informations partent de l’Education nationale ou du procureur et redescendent vers nous, le contraire de l’organisation habituelle. En cause, notre manque criant de travailleurs sociaux et d’éducateurs spécialisés. Et quand il y en a, nous ne savons pas les garder. Il y a quelques jours, nous avons perdu une assistante sociale au profit de la Caisse, c’est douloureux. L’IRTS (Institut Régional du Travail social) va s’implanter à Mayotte à ma demande, avec une réécriture de la convention mentionnant une obligation de travailler ensuite pour le département, financeur de la formation. Ce qui suppose par contre d’être réactif et professionnel en matière de ressources humaines de notre côté. Elément positif, nous avons recruté deux médecins de PMI, dont un directeur.»

JDM : En dehors de cette mesure, que comptez-vous mettre en place en réponse aux critiques de l’IGAS ?

La PMI de Mtsapéré
La PMI de Mtsapéré

Issa Issa Abdou : « Ce rapport n’est pas un couperet. Lors de leur mission de deux fois trois semaines, nous avons échangé avec les inspecteurs, et commencé à remédier aux défauts. Nous avons notamment tenu compte des problèmes de fonctionnement dans le nouvel organigramme en scindant la DSDS en deux : le Pôle Enfance et familles, et le Pôle Solidarité. Nous attendions pour l’adopter d’avoir reçu le rapport de l’IGAS.
Ensuite, à la lourdeur des familles d’accueil, les inspecteurs préfèrent le tiers digne de confiance. Une solution qui sera adoptée après le vote du Schéma départemental de l’enfance qui devrait tomber en juin. Enfin, le 7 mars, nous allons habiliter les 4 structures en charge de l’enfance. »

JDM : Doit-on avoir des raisons d’espérer que l’action sociale devienne le chantier prioritaire du département ?

Issa Issa Abdou : « Oui, car nous nous attelons à un chantier inédit. Aller bousculer un organigramme jusqu’à ses DGA ! Mais, nous ne pourrons pas faire du neuf avec du vieux, il va falloir professionnaliser notre gestion de ressources humaines. D’autre part, avec l’adoption de nos trois schémas* en peu de temps, nous serons en ordre de marche pour 2017. Il ne nous restera que deux ans pour les décliner.
Je vois dans ce rapport de l’IGAS une chance de sortir d’une situation dont on a hérité, et de construire une organisation crédible qui collera au document cadre Mayotte 2025 et qui rassurera le gouvernement. »Issa Issa Abdou

Une nouvelle organisation, une volonté que la maison n’avait quasiment jamais connu, et dont la pérennité dépendra des noms accolés aux directions générales dans le nouvel organigramme.

Propos recueillis par Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

* Schéma départemental de l’organisation médico-sociale, schéma départemental de l’autonomie, et Schéma départemental de l’enfance

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

1 COMMENTAIRE

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Arrivée à Mayotte du pont de secours de Dzoumogné : «...

139526
C’est un déchargement inédit qui s’est déroulé ce jeudi en fin d’après-midi au port de Longoni avec l’arrivée d'un viaduc métallique démontable. Ouvrage ayant vocation à remplacer temporairement l’actuel pont de Dzoumogné, son acheminement sur le site est prévu en début de semaine prochaine pour une ouverture à la circulation dès le 17 octobre.
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Campagne, politique, Mayotte

Tribune – De l’art du discours à la formule

139526
Qui pour relever les défis de nos grands orateurs du passé ? Peu de noms émergent de la tribune de Madi Abdou N'tro, voire aucun, sur les dernières campagnes, laissant sans doute "un sentiment d'imposture" chez les électeurs

Départementales Sada : remaniements en vue au conseil départemental

139526
L’issue du scrutin a parlé : c’est donc le binôme Soula Saïd Souffou/Mariam Saïd Kalame qui intègre les bancs de l’assemblée départementale. Ce qui implique des réélections au menu du conseil départemental les jours prochains. Avec l’éventualité d’une refonte complète des vice-présidences, comme nous l’expliquons

Départementales partielles : Soula S. Souffou et Mariame S. Kalame élus avec 52,26% des voix

139526
Ils étaient en tête au premier tour, et ont creusé l’écart à l’issue du second : le binôme surprise Souffou/Kalame qui n’était pas présent sous cette configuration en 2021, est le nouveau duo d’élus qui intègre le conseil départemental.
Comores, Azali Assoumani

Comores : un ténor de l’opposition appelle à une désescalade politique

139526
L’ancien gouverneur de la Grande-Comores, Mouigni Baraka Said, estime qu’il est temps de dialoguer avec le président Azali Assoumani dans l’intérêt du pays et de la population. L’homme politique se reconnait toujours dans l’opposition mais s’oppose toutefois à "ces querelles sans fin et sans véritable perspectives de sortie de crise". Une démarche mal digérée par les autres opposants qui refusent tout dialogue avec le président Azali Assoumani depuis son élection le 24 mars 2019.
Départementale, Sada, Mayotte

Départementales partielles à Sada : Saïd Souffou-Mariam Kalame en tête

139526
Le 1er tour de l'élection partielle des conseillers départementaux du canton de Sada se tenait ce dimanche 25 septembre. Le canton est toujours scruté de prés pour être l'un des épicentres politiques locaux. Les élections...
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com