Le microcrédit, une solution au chômage

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On le répète souvent, sur une petite île où beaucoup de chômeurs sont sans diplôme, créer son propre emploi peut être une solution. Par ses prêts, l’Adie y contribue, et fait même mieux en permettant de sécuriser les trois quarts des entreprises ainsi créées.

Fahdedine Madi Ali assure sa transition
Fahdedine Madi Ali assure sa transition

Fahdedine Madi Ali n’est pas inconnu du grand public, surtout sous son surnom de Coach Fadhé. Plusieurs fois champion de France de javelot, il a remporté une médaille d’or aux derniers Jeux des Iles, la 1ère jamais obtenue par Mayotte. Mais ce n’était pas pour exhiber son impressionnante musculature qu’il était présent ce lundi au Comité du Tourisme. Comme tout sportif de haut niveau, il a réfléchit à sa reconversion et a constaté que sur son île, beaucoup étaient atteints d’obésité, voire de diabète : « 79% de la population féminine est en surpoids à Mayotte, dont 47% obèse. »

Il envisage alors de devenir coach sportif et ouvre son centre de remise en forme à Kahani : « J’ai pu emprunter 13.000 euros à l’Adie, l’organisme de micro-crédit, dont 7.000 euros de prêts Nacre pilotés par la Dieccte », détaille-t-il en marge de la conférence de presse de lancement de la semaine de micro-crédit. Il est ouvert tous les jours de la semaine, « et le soir, c’est fitness ! »

« Une prise en charge 10 à 15 fois moins élevé que le chômage »

Camar Elanziz, Marjorie Pâquet et Laurent Licette, partenaires de l'Adie
Camar Elanziz, Marjorie Pâquet et Laurent Licette, partenaires de l’Adie

Au fil des années, l’Adie est en effet devenu un partenaire incontournable en matière de prêt aux petits projets : « Nous avons financé 1.088 micro-entrepreneurs en 2015, soit 34% de l’ensemble, en légère hausse par rapport à l’année précédente, pour 6,5 millions d’euros injectés dans l’économie », indique Emmanuel Legras, directeur de l’Adie Mayotte. Une activité particulièrement adaptée à l’île où artisans et très petites entreprises sont légion : « ce sont les doukas, les coiffeurs, les petites entreprises du bâtiment ou de service informatique. »

Une incitation à créer son propre emploi qui pourrait bien aller crescendo : « Le coût de 900 euros de prise en charge par créateur, est 10 à 15 fois moins élevé que pour un chômeur ou un détenteur du RSA », souligne Emmanuel Legras.

Les principaux bailleurs étaient d’ailleurs présents pour le lancement de cette 12ème semaine du micro-crédit à Mayotte. L’Etat tout d’abord : « A Mayotte, les gens respectent les échéances de prêt », avec un taux de remboursement qui dépasse les 99%, rappelait Guy Fitzer, le sous-préfet à la Cohésion sociale.

Des accompagnateurs encore trop peu visibles

Avec la convention signée en décembre dernier, le conseil départemental compte se repositionner sur ses compétences du social et du développement économique : « Etant donné que la fonction publique est saturée, l’avenir appartient à ceux qui osent », déclarait Ben Issa Ousseni, élu en charge des finances au département.

L’Agence française de développement (AFD) est un partenaire historique, comme le faisait remarquer son directeur Patrick Salles : « Déjà en 2005, nous avions signé une convention avec Adie Mayotte. » Si l’Adie a désormais ses relais, il espère développer d’autres axes de partenariat, «comme une action de coopération avec l’Union des Comores. »

Les ressources financières de l’Etat ne sont rien sans ce réseau d’accompagnateurs des micro-entrepreneurs, comme le faisait remarquer Marjorie Pâquet pour la Dieccte, qui a accompagné 114 des porteurs de projets en 2015 : « Nous appelons néanmoins a davantage de synergie entre accompagnateurs d’entreprise pour en accroître la visibilité. »

Les créateurs, de potentiels recruteurs

Emmanuel Legras lançait cette 12ème Semaine du microcrédit
Emmanuel Legras lançait cette 12ème Semaine du microcrédit

Véritable porte de sortie pour lui, le Pôle emploi n’allait pas négliger cette opportunité, et a dûment préparé la semaine du micro crédit : « Nous avons contacté par texto 1.000 créateurs d’emploi potentiels qui ont participé à une séance d’information », se réjouit Camar Elanziz, directeur d’agence. Il souhaite même améliorer le taux de 74% de pérennisation dans l’emploi 3 ans après, « ce seront ainsi de potentiels recruteurs. »

Si Laurent Licette, directeur du Crédit Agricole Mayotte, est satisfait, ce n’est pas seulement parce que l’Adie fête ses 20 ans de présence sur le territoire comme la banque verte l’année dernière, mais aussi « parce que le micro -crédit participe à un début de bancarisation », le taux de compte courant étant encore faible à Mayotte. 66% du public accompagné par l’Adie sont sans diplômes, dont 26% illetrés.

Il revenait sur l’histoire de ce crédit qui permet aux personnes les plus pauvres d’accéder à un capital de départ, tout en étant accompagnées : « C’est Grameen Bank développée au Bangladesh, qui a ouvert la voie au microcrédit tel que nous le connaissons actuellement. » Guy Fitzer appelait d’ailleurs davantage d’institutions bancaires à participer, « avec un tel taux de recouvrement, elles prennent peu de risque. »

La saison des barnums volants

Démontage des tentes place de la République
Démontage des tentes place de la République

On pourrait ajouter qu’en participant ainsi à la résorption du chômage, elles permettent d’alléger les tensions sociales, et surtout de redonner confiance en eux à ces ex-chômeurs.

Les taux du microcrédit sont réputés élevés, avoisinant les 20%, sans doute moins depuis la baisse généralisée des taux, mais il s’agit de petits prêts sur de courtes périodes, pour lesquels les organismes comme l’Adie doivent se refinancer à des taux importants.

Les barnums s’apprêtaient à accueillir les stands sur le microcrédit, lorsque deux d’entre eux se sont envolés avec les premiers coups de vent dimanche dans le lagon, contraignant les organisateurs les déplacer à leur siège, sur l’ancienne place du marché. Le 2 février, le Forum d’information se tiendra sur la place de la mairie à Labattoir, le 4, sur le parking plateau face à la BFCOI à Sada, et les portes ouvertes le 3 février à l’agence Adie de Dzoumogné, et le 5 de Chirongui.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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