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jeudi 30 juin 2022
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Séquestration et torture, quand la justice populaire dérape

CARNET DE JUSTICE DU JDM. Se faire justice soi-même, se transformer en enquêteur puis en juge, dans la crise sécuritaire que connaît Mayotte, nombreux sont ceux qui sont prêts à sauter le pas. Mais la certitude de pouvoir faire mieux que les autorités se heurte alors à la réalité.

Salle d'audience A la barreCar la soif de vengeance est souvent plus forte que l’envie de justice, et on ne sait jamais où peuvent s’arrêter des victimes dans la traque de leur voleur ou agresseur présumé.

A la barre du tribunal (le vrai), trois hommes avaient à répondre de cette volonté de police et de justice populaire, pour remplacer des gendarmes accaparés ailleurs.
Le 8 novembre 2014 à Bandrélé, deux chefs d’entreprises sont effondrés : à leur tour, ils viennent de subir un cambriolage. Dans leurs locaux, ordinateurs et disques durs ont disparu avec à l’intérieur des mois, peut-être des années de travail de leur société d’informatique.

Leur propre enquête

«On a déposé plainte mais les gendarmes nous ont dit que les ordinateurs ne reviendraient pas», raconte l’un des deux. Ils se lancent alors dans leur propre enquête mais iront bien au-delà. Avec l’aide d’un troisième homme, lui aussi à la barre, ils parviennent à établir une liste de 8 noms, des petits voleurs connus de tous dans le village. Finalement, ils se focalisent sur un de ces individus, convaincus de sa culpabilité. Il s’agit d’une jeune homme de 16 ans.

Salle d'audience code pénalIls vont le chercher sur une plage où il se trouve avec sa mère. «Pourquoi n’avez-vous pas prévenu les gendarmes comme vous le demande sa mère ?» interroge la procureure. Les hommes sont lancés dans leur expédition punitive.

Ils attachent les mains du gamin, lui mettent un bandeau sur les yeux et le jette dans le coffre d’une voiture. Ils vont ainsi le faire circuler dans le village, en s’arrêtant régulièrement. Premier stop, l’endroit où le vol a été commis. Au sol, une belle empreinte d’un pied nu a été laissée par un voleur. Ils amènent leur suspect et font la comparaison : ça ne correspond pas. Le pied du jeune est bien plus petit que l’empreinte. Peu importe, ils vont continuer leur interrogatoire.

Ils veulent des aveux

Ils ont dû voir ça à la télé ou au cinéma… «Nous avons les moyens de vous faire parler». Des gifles, des coups, peut-être avec des objets, et des menaces. Le troisième homme les a rejoints, celui qui avait établi la liste. Il reconnait avoir menacé le jeune de lui arracher les ongles s’il ne disait pas où se trouvaient les ordinateurs.
Les 3 victimes, devenus des bourreaux, menacent même d’immoler l’adolescent s’il ne parle pas.

Salle d'audienc code pénal sur le bureau du président«On n’est pas des bandits, l’objectif c’était pas de le séquestrer et de le violenter», explique l’un des trois. «Le menacer de lui arracher les doigts avec une tenaille, c’est pas un comportement de bandit ?» s’emporte le président Sabatier.

«On n’est pas toujours à la hauteur de ce qu’on pense être», tranche le magistrat qui va raconter une histoire vécue alors qu’il exerçait en Guadeloupe, un père qui pensait venger l’honneur de sa fille et qui a fini par se suicider en apprenant qu’il avait tué un homme qui n’avait, finalement, pas abusé d’elle.
«Il faut douter. Lorsque des gens dont c’est le métier mènent des enquêtes, ils doutent, ils font preuve de prudence dans leurs accusations et ils respectent des méthodes humaines», relève le magistrat.

Le gamin avoue

A Bandrélé, lorsque les gendarmes sont enfin prévenus et arrivent auprès des 3 tortionnaires, ils trouvent leur jeune victime en position fœtale dans la BMW, au sol, entre les sièges avant et arrière.
Il a avoué tout ce que les hommes qui le séquestraient espéraient. Mais quand les gendarmes l’amènent à l’endroit qu’il indique, il n’y a rien, ni disques durs, ni ordinateurs, le gamin s’écroule. De 15 heures à plus de 22 heures, il a vécu l’enfer.

Panneau salle d'audience TGI MamoudzouAprès les faits, ces hommes semblent ne pas prendre conscience de leurs actes. L’un d’eux ira même s’en vanter sur les ondes de Kwezi FM, l’horreur à portée de toutes les oreilles.

De la prison ferme pour le réquisitoire

Pour ces comportements «qui renvoient au moyen-âge», la procureure demande 15 mois de prison dont 6 ferme, deux ans de mise à l’épreuve et 600 euros d’amende pour les deux principaux protagonistes. Pour le 3e homme, elle requiert 6 mois avec sursis et 90 heures de travail d’intérêt général (TIG).

Avant elle, Me Sevin pour l’association Tama et la victime avait demandé 5.000 euros de dommages et intérêt. Le jeune n’est plus à Mayotte, il a été envoyé en Grande Comore pour le protéger, «une double peine», relève l’avocate.
La décision est mise en délibéré au 9 septembre.
RR

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