Ces Outre-mer toujours inconnus de la République

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Une tribune publiée en 2009 rappelle à la France l’utilité de ses territoires ultramarins, souvent considérés comme une charge.

Les débats des conseillers généraux et régionaux des départements d’Outre-mer autour d’ordonnances ou de projets de décrets gouvernementaux sont parfois emprunts de mauvaise foi politique, histoire de rapatrier vers son territoire quelques populationdeniers supplémentaires, mais traduisent en tout cas une crainte générale : celle de n’être qu’un sous-produit d’une République qui a encore des efforts à faire dans la connaissance de ces territoires.

En témoigne une information livrée par la Fédération des Entreprises d’Outre-mer (Fedom) : alors que les 21 sénateurs ultramarins représentent 6 % des parlementaires du Palais du Luxembourg, à l’instar de l’Assemblée nationale (soit plus d’un pour vingt), aucun sénateur ultramarin ne figure dans le groupe de travail de 37 sénateurs sur l’examen du projet de loi pour la croissance et l’activité.

Sur ce sujet, la Fedom rapporte une tribune dans le Monde de Fred Constant, ambassadeur délégué à la coopération régionale pour la zone Antilles-Guyane, Daniel Maximin, écrivain et Françoise Vergès, politologue, rédigée après les évènements sociaux qu’ont connus les Antilles en 2009 : « Il est urgent de construire l’avenir des Outre-mer ».

Entre colonie et citoyennetéBouénis drapeaux

Les auteurs y appellent à construire un projet territorial fort « susceptible de fonder un véritable vivre ensemble » :

«… La relation entre l’Etat et les outre-mer a toujours buté sur cette question : quel lien construire entre la République et des territoires géographiquement éloignés, aux héritages complexes issus de l’esclavage et du statut colonial, aux histoires et cultures singulières, mais qui ne rejettent pas la citoyenneté républicaine.

L’avenir ne peut être encore une fois sacrifié au présent en privilégiant les fausses solutions à court terme (…) Le moment est venu de (re) construire un projet territorial, une parole forte – réunionnaise, martiniquaise, guyanaise et guadeloupéenne* – susceptible de fonder un véritable vivre ensemble apparu au sein de chacune des sociétés concernées et des dispositions inédites au dialogue, affichées par les plus hautes institutions de l’Etat.

Dans cette perspective, il importe sans doute de rappeler quelques évidences. Tout d’abord, celle de la profonde diversité des outre-mer. Trop longtemps, cette vérité élémentaire a été gommée par l’uniformité trompeuse de politiques inadaptées (…).

Diversité ne rime pas avec facilitéPopulation 2

Aujourd’hui, il est grand temps d’entendre que ce qui est bon pour La Réunion ne l’est pas forcément pour la Guadeloupe et de comprendre qu’il serait vain de  superposer un protocole guyanais sur la réalité martiniquaise. Ensuite, rappelons que nulle instance ne pourrait se substituer à l’expression irremplaçable de la société civile dont il s’agit de libérer la parole et d’entendre les requêtes, malgré les aléas inhérents à ce type d’exercice.

(…) L’Etat doit écouter et entendre et ne pas se défausser.
(…) L’exercice requiert courage et effort, esprit de responsabilité et capacité d’imagination. Les médias nationaux et locaux tentés par la perspective d’un “ratage” qui serait plus “vendeur” qu’un succès doivent cependant comprendre quelles seraient les conséquences d’une impasse. Une fois passé le temps court, très court de “l’information”, renverra-t-on une fois de plus ces populations à leur “périphérie” ?

« Une étrangeté en son for intérieur »

Enfin, est-il utile de souligner la nécessité d’un nouveau discours de légitimation des outre-mer au sein de la République ? Au-delà de ses causes immédiates, ce que la crise récente a également révélé avec force, ce qui presse avant tout, du petit artisan au fonctionnaire, du demandeur d’emploi à l’étudiant, du chef d’entreprise à l’agriculteur, c’est bien d’éradiquer ce sentiment diffus mais tenace, culpabilisant à l’envi, de coûter plus à l’Etat qu’on ne lui rapporte, d’être toléré mais pas véritablement reconnu par la France, de se sentir comme une étrangeté installée en son for intérieur.

Sortir de la crise, c’est aussi renverser cette perspective séculaire, en montrant, au contraire, comment les outre-mer sont de véritables laboratoires de la diversité culturelle et confessionnelle, mais surtout les berceaux d’idées et de créations. »

Si le document cadre Mayotte 2025 se veut bien une expression de la société, il n’est pas encore un projet territorial. Les outre-mer devront le faire avec l’aide de l’Etat, dont les repères sociétaux insuffisamment solides, se disloquent lors des épreuves que connaît actuellement le pays, qui aurait à apprendre du vivre ensemble dans ces territoires.

A.P-L.
Le Journal de Mayotte

* Mayotte n’était pas un DOM en 2009

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