2 millions d’ultramarins : Comparatif d’une immigration unilatéralement choisie

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Une statistique du ministère de l’Intérieur des chiffres de reconduites à la frontière des Départements d’Outre-mer permet de reposer la problématique commune entre la Guyane et Mayotte.

Anjouan vue depuis Mayotte (deuxième plan)
Anjouan vue depuis Mayotte (deuxième plan)

Une des dernières publications du ministère de l’Intérieur s’intitule « L’immigration dans les départements d’Outre-mer et Mayotte », évocateur de l’intégration du 101ème département dans le giron national dans ce domaine…

Elle rapproche les statistiques d’éloignement des étrangers en situation irrégulière en Martinique, à La Réunion, à Mayotte et en Guyane, sur la période 2005-2012. Il est dommage que les chiffres de l’année 2013 étant connus, ne soient pas intégrés aux statistiques.

On s’en doute, c’est Mayotte qui remporte la palme, avec 13 001 expulsions en 2012, contre 9 457 en Guyane. Le département aux problématiques voisines de Mayotte enregistre prés de 37% d’immigration en provenance du Surinam, d’Haïti et du Brésil, contre plus de 40% à Mayotte en provenance essentiellement des autres îles des Comores.

La Martinique et La Réunion sont très loin derrière avec respectivement 499 et 70 éloignements en 2012. Pour comparaison, ils avaient été 27 000 en France à avoir été reconduits à la frontière sur la même année.

Fermeté et inefficacité de la politique d’éloignement

Interception d'un kwassa par la Police aux Frontières dans les eaux mahoraises
Interception d’un kwassa par la Police aux Frontières dans les eaux mahoraises

L’étude résume l’évolution sur les périodes 2010-2012, et 2005-2012. L’année 2010 est celle, à Mayotte, où l’on a le plus reconduit, avec 20 429 renvoyées, ce qui amène à une évolution négative de -20% si on la compare à 2012. Dans les autres départements, elle est également en baisse à La Réunion où on expulse peu, et en hausse en Martinique et Guyane avec respectivement + 10% et +3,7%.

De 2005 à 2012, les tendances sont beaucoup plus marquées : elle est orientée vers une politique beaucoup plus ferme en Guyane, avec +64,2% de reconduites, à Mayotte, +68,5%, et à La Réunion, +25%. Seules la Martinique connaît une recul des éloignements avec -17,2%.

Dans un rapport remis en novembre 2013, le sénateur Félix Desplan venu en délégation sur notre territoire quelques mois auparavant, mettait en parallèle les 50 à 70 millions d’euros nécessaires à la conduite de la politique de lutte contre l’immigration clandestine à Mayotte et en Guyane, et son inefficacité, en indiquant que beaucoup sont « réitérant », reviennent sur le territoire : « en dix ans, l’équivalent de la population mahoraise aurait été expulsé. (…) Les trois nationalités dominantes (comorienne, brésilienne et surinamaise) représentent plus de 92 % du volume des éloignements en outre-mer. Mayotte et la Guyane totalisent à elles-seules 95,94 % du total des reconduites ».

« Faiblesse des crédits alloués à la coopération »

Gendarmerie nationale à Anjouan
Gendarmerie nationale à Mustamudu (Anjouan, Union des Comores)

La Cour des Comptes citée par Felix Desplan, critique une politique « essentiellement fondée sur le renforcement des moyens des forces de sécurité, (qui) finit par atteindre ses limites ».

Le pendant de cet échec est, on le sait, l’obligation de réussir une coopération régionale. Selon les informations fournies par ce rapport, plusieurs actions de coopération sont actuellement menées en Guyane avec ses pays voisins, notamment sur la formation et des audits de gestion des frontières.

A Mayotte, outre le différent sur le rattachement de l’île à la France qui freine les bonnes volontés des deux côtés, les sénateurs Sueur et Cointat qui faisaient partie de la délégation à Mayotte, dénoncent « la faiblesse des crédits investis dans la coopération avec les Comores qui s’élèvent à 300 000 euros contre 50 millions d’euros pour la politique active de reconduite à la frontière ».

On ne va donc pas ici enfoncer des portes ouvertes sur les échecs de la coopération régionale, et, en dehors de l’effort à faire en matière de volonté politique, en France comme en Union des Comores, elle ne fonctionnera qu’en intra partenariat, police-police, services de santé ou entre associations comme l’ont démontré les jeunes d’Ouvoimoja Wa Moya.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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