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lundi 4 mars 2024
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Au tribunal, comme au théâtre

UN CARNET DE JUSTICE DU JDM… plus vrai que nature. Il est 14h10, le public nombreux qui assiste à l’audience correctionnelle du jour s’est levé à l’entrée de la cour. Il est quelque peu différent des audiences habituelles. Dans la salle, on croise le vice-recteur, le procureur de la République, le bâtonnier, la présidente du TGI, un proviseur, quelques avocats… mais ce n’est pas l’affaire du jour qui les a amenés. Ils sont là pour les protagonistes de ce procès d’un genre un peu particulier. Car ce mardi après-midi, la salle d’audience s’est transformée en salle de théâtre.

Prévenus, victime, juges, avocat, procureure, témoins... tous ensemble pour la photo
Prévenus, victime, juges, avocat, procureure, témoins… tous ensemble pour la photo

Juge, assesseurs, avocats, prévenus et victimes sont tous en 2nde «accueil» au lycée pro de Kawéni. Depuis plusieurs mois, en plus des cours de droit, ils abordent la justice sous un angle très concret, en endossant les rôles et les métiers de l’institution. C’est la présidente du TGI, Marie-Laure Piazza qui a emmené ce projet de théâtre avec elle au lycée. Référente justice de l’établissement, elle a déjà eu l’occasion de monter ce genre d’opérations en Métropole. «Ça marche à chaque fois avec des objectifs différents. Avec les terminales L, vous allez peaufiner les interventions. Avec cette classe, on a plus joué avec les témoins et ce qu’apportent les uns et les autres à l’histoire. Ça vaut tous les cours qu’on peut donner sur la justice.»

Comme souvent, les jeunes ont d’abord été très sévères à l’écriture du scénario quand il a fallu donner une peine au prévenu. «Je leur ai fait remarquer leur sévérité et je leur ai présenté d’autres situations pour qu’ils puissent poser un jugement plus proche de la réalité», explique Marie-Laure Piazza. Quant à l’histoire de la femme et de la fille battues par le père, «elle a fait l’unanimité. Et du coup, le seul garçon de la classe se retrouve à jouer le père poursuivi pour violences !» ajoute Soizic Kerzreho, la professeur qui a encadré le projet.

S’approprier les mots et les gestes

La juge Raoudhoiti, présidente de cette audience spéciale
La juge Raoudhoiti, présidente de cette audience spéciale

Cette fameuse affaire porte donc sur des violences conjugales. C’est l’histoire d’un homme tyrannique qui maltraite sa femme et bat régulièrement sa fille à coup de ceinture sur fond d’alcool. Il ne supporte pas que l’adolescente ait un petit copain et que le repas ne soit pas prêt quand il rentre… de chez sa maîtresse. Le père est poursuivi mais il n’est pas le seul. La mère l’est également pour ne pas avoir empêché le père de lever la main sur sa fille. «Je ne pouvais rien faire. J’avais trop peur», des mots de théâtre si souvent entendu dans cette salle lors des audiences réelles. Les parents, la victime, les quatre témoins sont appelés tour à tour à la barre. Un procès plus vrai que nature… la grande politesse de tous les intervenants en plus !

Pour Rouwaida, l’avocate du père, le plus difficile, «c’est la fin», comprenez la plaidoirie. «Le moment où je demande la relaxe de mon client, c’est très long à mettre en tête. C’est la première fois que je fais ça !» La présidente Raoudhoiti, elle, a eu plus de difficulté avec sa voix, dans une salle dont l’acoustique est très mauvaise. «Aujourd’hui, comme par hasard, j’ai un rhume. Élever la voix, c’est difficile. Et puis, comme je roule les ‘r’, il y a des mots très compliqués. » Finalement rien d’insurmontable pour une représentation parfaitement réussie.

Un partenariat justice-éducation

Le bâtonnier, le procureur de la République, le vice-recteur, le proviseur, sur les bancs... du public
Le bâtonnier, le procureur de la République, le vice-recteur, le proviseur, sur les bancs… du public

Le Tribunal de Grande instance a noué un partenariat avec le vice-rectorat il y a un peu plus d’un an. Tous les établissements qui le demandent ont un référent parmi les magistrats présents à Mayotte pour les accompagner dans un projet pédagogique. «A travers ce qui peut apparaître comme un jeu, il y a beaucoup de choses qui passent. Si à Mayotte, on ne met pas le paquet sur les jeunes, on passe à côté de quelque chose d’essentiel», concluait Marie-Laure Piazza dans sa présentation.

Onze mois de prison dont dix avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve pour le père. Relaxe pour la mère. A l’énoncé du verdict, chose évidemment inhabituelle, les applaudissements fusent dans la salle. «On recommence l’année prochaine ?», s’enquiert Marie-Laure Piazza auprès de Soizic Kerzreho. Nul doute que l’expérience sera reconduite et fera même peut-être des petits.
RR
Le Journal de Mayotte

VOIR LES CARNETS DE JUSTICE DU JDM.

Une procureure plus vraie que nature
Une procureure plus vraie que nature

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