En taxi avec Baraka

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Les femmes de Mayotte particulièrement a l’honneur cette semaine avant la « journée internationale» de ce 8 mars. Aujourd’hui, le JDM vous emmène dans le taxi de Baraka, la première femme à avoir pris le volant pour transporter les autres à Sada.

Baraka au volant de son taxi
Baraka au volant de son taxi

«Tu devrais mettre un chapeau, une chemise et un pantalon. Puisque tu veux faire un métier de garçon, habille-toi comme un garçon !» Baraka en a entendu des vertes et des pas mûres quand elle a décidé d’être taxi. C’était en 1997. «On me disait beaucoup de choses méchantes», se souvient-elle. Non seulement ses collègues taximen avaient beaucoup de mal à l’accepter, persuadés qu’elle ne tiendrait pas, mais ses clients n’hésitaient pas à faire des réflexions voire à lui faire des propositions indécentes.
Depuis, les mentalités ont évolué, de plus en plus de femmes ont choisi à leur tour d’investir la profession. Et les remarques désagréables ont quasiment disparu.

«C’est vrai que j’étais la première à Sada, relève-t-elle. Moi, j’ai fait taxi parce que je voulais m’en sortir. J’avais besoin d’élever mes enfants.» Baraka est issue d’une famille de 10 frères et sœurs. Née en 1972, son enfance étaient heureuse avec un père qui ramenait du poisson et une famille qui cultivait sa terre pour avoir du riz et tout ce dont elle avait besoin. «On avait une belle vie mais ça n’a pas duré. Malheureusement, ma mère est décédée quand j’avais 11 ans. A partir de là, on s’est débrouillés, on a fait avec le peu qu’on avait.»

Des journées de 17 heures

Dans ces conditions, impossible de suivre des études. Elle arrête le collège en 5e mais elle se rendra plus tard en métropole pour une remise à niveau et suivre des études pour travailler dans la petite enfance. De retour à Mayotte, avec sa Renault 19, elle décide de se rendre à la préfecture pour obtenir une licence de taxi en attendant d’avoir un autre travail. Elle n’arrêtera plus de conduire.

D’abord taxi de ville, puis transport scolaire et enfin transport interurbain, peu à peu son entreprise devient florissante. Mais pas par hasard. «Je commence mes journées à 5 heures et je les finis à 22 heures. Je travaille tout le temps. Je conduis la journée, le soir et le week-end, j’ouvre mon commerce à Sada et il faut aussi s’occuper de mes six enfants et des tâches ménagères.»

Les hommes, ils se foutent de tout !

Baraka avec sa soeur Moichoura, commerçante au marché de Mamoudzou
Baraka avec sa sœur Moichoura, commerçante au marché de Mamoudzou

Alors, dans cette vie passée à bosser, son regard sur les hommes de Mayotte est sévère. «Ici, ce sont les femmes qui font tout. On travaille et après c’est à nous de réfléchir à ce qu’on donne à manger aux enfants, à comment ils vont s’habiller le lendemain. Les hommes, ils s’en foutent !» Quant aux enfants justement, il est difficile de leur transmettre le goût de l’effort : «Ils ont tout depuis qu’ils sont nés ! On a changé d’époque…»

Parmi ses sept sœurs, six ont des commerces à Sada et Mamoudzou. Baraka, elle, a toujours des projets. Habituée des micro-crédits, elle vient d’en contracter un beaucoup plus gros : un bus de 40 places est actuellement sur un bateau et doit lui être livré à Mayotte prochainement. «Je trouve que j’ai bien agi. Je suis contente de ce que j’ai fait et même fière de ce que je suis maintenant. Je suis bien dans ma peau et je vis. Grâce à Dieu, je vis !»
RR

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