Lettre ouverte de Nariké M’sada aux candidats pour les municipales à Mayotte

À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars prochains, Nariké M'sada publie une lettre ouverte aux candidats de Mayotte pour faire de la santé sexuelle et de la lutte contre le VIH/IST une priorité et les appelle à se positionner sur des engagements précis.

Chères candidates, chers candidats, à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, nous faisons appel à vous, pour faire de la santé sexuelle et de la lutte contre le VIH-Sida une priorité de mandat. À Mayotte, ces enjeux dépassent largement la seule dimension médicale : ils révèlent des inégalités d’accès, des ruptures de parcours et des obstacles très concrets à la prévention et au soin.

Selon Santé publique France, Mayotte est le deuxième département de France le plus impacté par le VIH-Sida, dans un contexte de sous-dépistage. Les indicateurs de découvertes de séropositivité sont très élevés, une part importante des personnes vivant avec le VIH à Mayotte ne connaît pas son statut, et le délai médian entre contamination et diagnostic est estimé à 2,3 ans. Dans ce contexte, chaque retard de dépistage et chaque rupture d’accès au soin pèsent lourdement sur la santé des personnes et sur la dynamique de transmission sur le territoire.

Les autres infections sexuellement transmissibles, les situations de violences sexuelles et la prostitution de mineur.es ne sont pas en reste. Cette réalité n’est pas une fatalité médicale : elle est aussi la conséquence de dysfonctionnements sociaux majeurs, que vous avez le pouvoir de corriger, en tant que futurs.es maires.

Avec près de 80 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, une cherté de la vie qui s’inscrit dans la durée, d’importants flux migratoires incessants, et une densité de population estimée à 853 hab./km² faisant de Mayotte le département le plus densément peuplé hors Île-de-France, tous les indicateurs sont au rouge, le territoire est un paradoxe social complexe.

L’insertion professionnelle y est particulièrement alarmante : le taux d’emploi plafonne à 30% vs 68% au niveau national, laissant une majorité de la population sans ressources propres. Dans l’Hexagone, les minimas sociaux sont calculés pour garantir un niveau de vie de base. À Mayotte, alors que les aides sont 50 % plus basses, le coût de la vie (notamment alimentaire) est plus élevé que dans l’Hexagone.

La pauvreté et la précarité sociale en vigueur à Mayotte depuis des années favorisent la prostitution et le travail du sexe, où la santé est trop souvent sacrifiée au profit du besoin immédiat. À Mayotte, la partie visible de la prostitution n’est que la face émergée du problème.

La prostitution domestique, cachée au cœur de vos villages, est largement sous-estimée. Elle est insidieuse et inquiétante. C’est une prostitution de survie où le corps devient l’ultime monnaie d’échange pour payer les factures et subvenir aux besoins basiques des enfants : nourriture, habillement, etc.

Ignorer cette réalité, c’est laisser le VIH/sida progresser dans le silence des foyers de vos villages.

Les élections municipales sont un moment de vérité. Au-delà des compétences sanitaires de l’État et des acteurs de santé, le ou la maire, élu de proximité par excellence, a un rôle clé et la légitimité pour agir sur des déterminants de santé (information de proximité, lieux municipaux, politiques jeunesse, cadre de vie, actions de prévention), notamment via les outils que sont le CCAS et le Contrat local de santé (CLS).

Nous souhaitons connaître vos engagements concrets. Vous engagez-vous à faire de la santé sexuelle et de la lutte contre le VIH/IST une priorité de mandat, en inscrivant dès la première année les actions suivantes dans votre feuille de route communale, avec des moyens identifiés ?

1 – Lancer, dans les douze premiers mois, avec le CCAS, le CLS et les partenaires spécialisés, un diagnostic partagé sur les réalités du travail du sexe et de la prostitution domestique à l’échelle de votre commune ?

2 – Inscrire une ligne budgétaire communale dédiée à la prévention et à l’accès aux droits en santé sexuelle (jeunesse, médiation, soutien aux associations)

3 – Renforcer la politique sociale de proximité via le CCAS afin de garantir l’accès aux besoins fondamentaux (eau, aide alimentaire, etc.), levier essentiel de protection des familles monoparentales, des femmes et des jeunes face aux situations de prostitution de survie.

4 – Faciliter les actions de prévention et de dépistage en “aller-vers” sur l’ensemble du territoire de votre commune, en garantissant un cadre d’intervention fondé sur la neutralité et la confiance des publics.

5 – Développer l’accès aux préservatifs de manière visible et continue dans tous les lieux publics de chaque village, gérés par la commune.

6 – Porter des campagnes grand public sur les IST/VIH et les violences (sexuelles, intrafamiliales, faites aux femmes), systématiquement traduites en shimaoré et en kibushi, afin d’assurer une information effective pour toutes et tous.

Madame la Candidate, Monsieur le Candidat, à Mayotte, la santé sexuelle et la lutte contre le VIH/sida dépassent la seule dimension médicale : elles relèvent d’un enjeu de santé publique, d’une exigence d’équité et de cohésion sociale. Quelle place la santé de vos administrés occupera-t-elle dans votre mandature ?

Notre association est disponible pour travailler à vos côtés, en tant qu’opérateur de terrain, afin de traduire ces engagements en actions.

Nous appelons chacune et chacun à être exigeant, à prendre connaissance des engagements des candidates et candidats sur la santé dans sa commune, avant de glisser son bulletin de vote dans l’urne.

Les membres de l’association Nariké M’sada.

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Une nouvelle promotion de chefs de service certifiés pour les établissements médico-sociaux mahorais

Dix-huit professionnels de l'éducation, du social et de la santé montent en grade pour mieux poursuivre leur action auprès de la population mahoraise.

« Les candidats à la présidentielle devront se prononcer sur la place qu’ils veulent donner aux Outre-mer »

L’édition 2026 des « Outre-mer aux avant-postes », qui a eu lieu le 29 janvier dernier à Paris a été l’occasion de faire le point sur les enjeux actuels des territoires ultramarins, leur rapport avec l’Hexagone, et plus largement avec la République française.

Mtsapéré : Black-out après un poteau électrique en feu

Des explosions sur les fils électriques ont plongé un quartier de Mamoudzou dans l’obscurité, ravivant les fragilités du réseau électrique de l'île.

Lancement du réseau de transport public TMCO

La 3CO lance officiellement TMCO (Transport et Mobilités Centre-Ouest),...