C’est le procureur de la République, Guillaume Dupont, qui a ouvert l’audience avec son discours. Il est rentré dans les détails sur le bilan du parquet pour l’année 2025 sans omettre les difficultés inhérentes à notre territoire et le rapport des Français avec la justice qu’ils considèrent souvent comme « trop lente, trop chère, trop laxiste et pas assez sévère. Les Mahorais ont soif de justice » a lancé Guillaume Dupont. « C’est un territoire à part avec une délinquance hors normes, à la fois corruptive et violente et où le régalien est souvent attaqué. Il faut appliquer fermement la loi ». Et pour cela le procureur compte lutter contre la délinquance sur plusieurs fronts.
Les 4 grandes lignes du parquet pour 2026
Après avoir rappelé quelques chiffres pour l’année 2025 comme la baisse de 15 % du nombre de procédures (3.000 en moins) ou encore le nombre de gardes à vue (4.359) et les déferrements devant le parquet (859), Guillaume Dupont a énuméré ses 4 priorités pour cette nouvelle année. Tout d’abord la lutte contre les troubles à l’ordre public. « Je suis à l’écoute de la population », a-t-il assuré, tout en dénonçant « un calvaire de ce que les gens vivent ».

Le procureur veut ainsi instaurer une nouvelle doctrine d’enquête afin de lutter contre cette violence en « menant des orientations pénales rapides avec des réquisitions fermes », sans oublier l’accompagnement des victimes qui est pour lui une chose essentielle. Il compte poursuivre intensément la lutte contre l’immigration clandestine qu’il qualifie de « déversoir d’indignité ». Guillaume Dupont souhaite également s’en prendre à la délinquance des mineurs : « 369 enquêtes pénales pour des mineurs ont été menées en 2025. Depuis le début du mois de janvier, ce sont 29 mineurs qui ont été déférés. Le parquet sera toujours aux côtés du rectorat pour lutter contre cette délinquance des mineurs », a-t-il ajouté.
Dernière priorité pour lui : la lutte contre la fraude à l’état civil. « C’est préjudiciable pour l’État », et il a averti qu’il y aura des « dégradations ou des retraits de titres, en lien avec la préfecture, pour les fraudeurs. 2026 va marquer une évolution ». De plus, la lutte contre la corruption sera également menée avec « la même intensité » qu’en 2025.
Un manque récurrent de moyens qui fragilise la justice
La présidente du tribunal, Sophie De Borggraef, a conclu cette audience solennelle en faisant elle aussi le bilan du « siège ». « L’année 2025 fut éprouvante. Pénurie de moyens matériel, humain, avec moins de magistrats, manque de candidats, contraction des ressources humaines et absence de foncier… Le tribunal n’a toujours pas retrouvé ses bâtiments qui sont encore en travaux 13 mois après Chido ! ».

Malgré ces difficultés, elle considère que l’activité du tribunal pour l’année 2025 demeure « honorable » avec une « activité constante ». Toutefois, elle déplore le manque cruel de moyens. « Il n’y a plus de JLD (ndlr, juge des libertés et de la détention) depuis le 1er septembre 2025 ! Il n’y a eu aucune nomination alors que sur un territoire comme Mayotte les besoins sont criants ». Alors que le « siège » devrait compter au moins 18 magistrats, ils ne sont que 16 dont 2 placés. Idem pour le service greffe où pas moins de 6 postes sont vacants représentant près de 20 % des effectifs. « Les moyens ne sont pas à la hauteur malgré les efforts », relève la présidente.
Elle regrette par ailleurs le manque d’implication des Mahorais dans la justice… « L’élection au tribunal de commerce en fin d’année dernière a été un fiasco ! », a-t-elle fustigé. « Trop peu de Mahorais sont impliqués dans la justice, ils ne se l’approprient pas. La justice doit être l’affaire de tous ».
L’État de droit menacé
Sophie De Borggraef s’inquiète en outre des menaces qui pèsent sur l’État de droit. « Au niveau national, il y a de plus en plus d’attaques violentes et de menaces contre les juges et les magistrats. Il y a une remise en cause de l’État de droit qui peut nuire à l’indépendance de la justice ». Elle poursuit en mettant en avant l’absence de garanties vis-à-vis de l’indépendance du parquet, à la différence du « siège ». « C’est une demande de longue date de la part de nombreux magistrats… mais la réforme n’a pas été votée », nous a-t-elle confié.
Aussi pour 2026, les objectifs de la présidente se veulent simples mais néanmoins structurants : « objectiver les activités du tribunal » en augmentant les moyens, en communiquant davantage et en produisant des statistiques fiables et mises à jour régulièrement. Elle compte aussi « consolider la transformation numérique » et enfin « fluidifier l’activité du tribunal » en diminuant notamment les délais de traitement.

Enfin selon nos informations, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, devrait se rendre à Mayotte à la fin du mois, probablement les 23 et 24 février prochains. Il est fort à parier que la présidente du tribunal ne manquera pas de lui rappeler la situation difficile, voire même inadmissible dans laquelle se trouvent les magistrats et la justice du 101e département. « Un des premiers rôles du ministre de la Justice est de donner à l’institution judiciaire les moyens de fonctionner. Cela passe par plus de juges et de bâtiments judiciaires pour mener à bien notre mission », a-t-elle souligné.
B.J.


