Les Outre‑mer continuent de montrer énormément d’inégalités de santé, encore trop peu prises en compte dans les politiques nationales. La délégation aux Outre-mer du Conseil économique, social et environnemental (CESE) s’est saisie du sujet et a présenté son dernier avis, fruit de plusieurs mois de travail et d’une soixantaine d’auditions d’experts, d’acteurs de terrain et d’institutions, en lien étroit avec les Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux (CESER) ultramarins. Cet avis, qui a regroupé divers représentants des territoires d’Outre-mer, a été présenté ce mardi lors de l’assemblée plénière du CESE.
Inégalités et fragilités sanitaires
Les chiffres sont alarmants, surtout pour Mayotte, où la surmortalité est 89 % plus élevée qu’en métropole, suivie par la Guyane avec 37%. L’accès aux soins reste compliqué et pousse un tiers des habitants à renoncer à se faire soigner, contre un quart dans l’Hexagone. À ces indicateurs s’ajoutent des fragilités environnementales importantes telles que la pollution, les risques infectieux comme la dingue, le paludisme, plus récemment la variole du singe, les problèmes d’accès à l’eau (dans plusieurs territoires ultramarins), les impacts du changement climatique qui engendrent des catastrophes de plus en plus puissantes (Chido à Mayotte), ainsi qu’une précarité sociale et alimentaire qui pèse également sur la santé de la population.

Les habitants des Outre-mer souffrent également de manques récurrents de professionnels de santé. En effet, à Mayotte, Wallis-et-Futuna ou certaines îles de Polynésie, la présence de spécialistes est insuffisante, entraînant des évacuations sanitaires fréquentes. La santé périnatale et la mortalité infantile sont particulièrement préoccupantes . En effet, le taux de mortalité infantile y est deux à trois fois plus élevé qu’en Hexagone. La santé mentale des jeunes fait aussi partie des préoccupation du CESE. Selon les rapporteurs, environ quatre jeunes sur dix souffrent de symptômes dépressifs, un chiffre alarmant par rapport aux 19-28 % observés en métropole.
Au-delà des chiffres, des obstacles culturels et linguistiques compliquent aussi la prévention et la prise en charge. Dans des langues locales, comme le shimaoré, certains termes médicaux essentiels, comme le mot « cancer », n’existent pas, ce qui peut rendre difficile la communication entre patients et soignants. Des difficultés que le CESE relie également à l’organisation du système de santé. Il souligne ainsi que le fonctionnement actuel entre agences régionales, institutions nationales et autorités locales, reste fragmenté et manque de cohérence.
Vers une santé plus équitable
Face à ces défis, Le Conseil Économique Social et Environnemental recommande un renforcement de la territorialisation des politiques de santé et une approche globale, qui consisterait à prendre en compte les facteurs de santé tels que la prévention, l’accès aux soins, l’organisation du système et l’offre de soins, ainsi que leurs dimensions sociales et environnementales.

Parmi les mesures proposées par les membres du Conseil figurent l’harmonisation des statiques de santé avec celles de l’Hexagone ; le renforcement du rôle des agences régionales de santé (ARS) avec des plans d’action locaux et pluriannuels ; l’intégration des médecines traditionnelles et le développement de coopération régionale avec les pays voisins via ce que le CESE appelle « la diplomatie sanitaire ». D’autant plus que les difficultés sont multiples, notamment le manque de spécialistes, le recours fréquent aux évacuations sanitaires vers la métropole ou encore La Réunion, le financement inadapté des établissements, la précarité des patients et l’éloignement géographique.
Les rapporteurs Eric Leung et Élisabeth Tomé-Gertheinrichs insistent sur la nécessité de contrats clairs entre tous les acteurs, d’une meilleure coordination locale et d’une planification adaptée aux besoins spécifiques de chaque territoire.
Un enjeu de confiance et de solidarité territoriale
Plus que des chiffres, ces constats reflètent un vécu et des besoins concrets pour les résidents des Outre-mer. Pour le CESE, la santé dans les territoires ultramarins n’est pas seulement un sujet médical mais « un miroir des inégalités territoriales ». Il convient ainsi d’adapter les politiques aux réalités locales, de clarifier les responsabilités, et associer les populations aux décisions qui sont autant de leviers pour rétablir la confiance et garantir une véritable égalité d’accès aux soins pour la population.
Shanyce MATHIAS ALI.


