À Mayotte, l’environnement ne se limite pas à ce que l’on voit. Il plonge sous l’océan, traverse la croûte terrestre et s’exprime parfois à des dizaines de kilomètres sous nos pieds. L’île n’a pas tremblé à la surface en décembre 2025, mais son sous-sol a parlé.
Entre le 1er et le 31 décembre 2025, le REVOSIMA a enregistré 396 séismes volcano-tectoniques, 353 séismes de longue période et 4 séismes très longue période, concentrés entre 5 et 15 km à l’est de Petite-Terre et à des profondeurs comprises entre 20 et 50 km. Au total, près de 750 événements invisibles pour la population ont été détectés, soulignant que le risque naturel reste actif dans un territoire encore marqué par la reconstruction post-Chido.
Quand la sismicité fait l’actualité… sans faire trembler l’île

La plupart des séismes se sont produits entre le 11 et le 20 décembre, au sein d’une succession d’essaims de longue période suffisamment marquée pour justifier un communiqué spécifique du REVOSIMA le 18 décembre dernier. Ce type de sismicité, associé à des mouvements de fluides magmatiques ou à des rééquilibrages de pression en profondeur, est désormais familier aux volcanologues.
Malgré l’intensité de la séquence, aucune migration vers la surface n’a été observée. Les événements sont restés en profondeur, de faible magnitude et localisés dans des zones déjà identifiées depuis plusieurs années. Pour les habitants, cela s’est traduit par une réalité simple : aucune secousse n’a été ressentie, mais le volcan continue de bouger sous leurs pieds.
Janvier 2026 : retour à un calme relatif

Le bulletin préliminaire du 13 janvier 2026 montre un retour à une activité plus diffuse. Ce jour-là, aucun séisme longue ou très longue période n’a été enregistré, et seulement huit séismes volcano-tectoniques ont été détectés, tous non ressentis. Le dernier événement perçu par la population remonte à juin 2025.
Ce calme apparent ne signifie pas que le système est éteint. La sismicité semble fonctionner par phases, alternant agitation profonde et accalmie relative. Les données de déformation du sol restent stables, sans gonflement ni affaissement, et les émissions de CO₂ à terre demeurent faibles. En mer, dans la zone du « Fer à Cheval », les émissions de fluides magmatiques persistent sans anomalies nouvelles, témoignant d’un système vivant mais discret.
Un volcan sous haute attention scientifique

Bien que silencieux en surface, Fani Maoré reste étroitement surveillé. Depuis la fin probable de l’éruption en janvier 2021, le système magmatique continue de générer des séismes, des flux de fluides et des réajustements de pression en profondeur. Le REVOSIMA suit en permanence ces signaux grâce à ses réseaux sismiques terrestres et sous-marins, aux stations GPS, aux mesures géochimiques et aux campagnes océanographiques qui cartographient le volcan et les panaches de fluides du Fer à Cheval.
La vigilance est d’autant plus nécessaire que Mayotte demeure particulièrement vulnérable après le passage du cyclone Chido, qui a dévasté routes, bâtiments et infrastructures. La population n’est pas préparée à un tsunami généré par un événement volcanique, et les sirènes ou plans d’évacuation n’ont pas été testés récemment pour ce type de scénario. À ce sujet, nous avons contacté la préfecture de Mayotte pour connaître l’état des sirènes d’alerte tsunami, le nombre de dispositifs fonctionnels et la tenue éventuelle d’exercices, mais nous n’avons pas obtenu de réponse.
Dans le monde, des situations comparables existent : Kick’em Jenny, aux Antilles, est un volcan sous-marin capable de générer des tsunamis locaux en cas d’éruption, même si aucun événement majeur n’a encore été observé. Santorin, en Grèce, a vu des effondrements de caldeira et des séismes sous-marins produire des vagues dangereuses pour les côtes proches. L’éruption du Laki en Islande en 1783, avec des volumes de lave comparables à ceux de Fani Maoré, a quant à elle eu des conséquences environnementales et sociales majeures.
À Mayotte, aucun scénario n’est écarté. Même sans coulées de lave, les fluides magmatiques continuent de remonter, rappelant que sous le canal du Mozambique, le volcan peut agir d’une minute à l’autre.
Mathilde Hangard



