Une centaine d’enfants, d’adolescents et de familles se sont réunis à la bibliothèque de Cavani pour célébrer la fête de fin d’année des Centres Médico-Psychologiques Enfants Adolescents (CMPEA) de Mayotte. Au programme : ateliers de dessin, lecture, maquillage, jeux de société, et un spectacle de danse proposé par l’association Kazyadance, moment phare de la matinée qui a rassemblé tout le monde dans une ambiance conviviale et festive.
Un événement à la fois festif et rassembleur

« C’est la première fois que nous organisons un événement de cette ampleur. Cela permet de réunir les enfants et leurs familles, et de revenir sur les actions menées cette année », explique Virginie Briard, cheffe de service de la pédopsychiatrie des CMPEA. « Le faire dans un lieu public contribue aussi à briser les tabous autour du handicap et des troubles psychiques, et favorise les rencontres entre familles vivant des situations similaires ».

En observant ses enfants jouer avec les autres, Mariama* se réjouit de cette journée, « je suis très contente de voir mes enfants participer avec leurs amis et profiter d’activités qu’ils ne peuvent pas faire à la maison ». Suivis depuis 2018 et 2024, ses deux enfants sont atteints d’une pathologie génétique entraînant un retard mental évolutif, plus marqué chez son fils. « C’est rassurant de constater que je ne suis pas seule dans cette situation. Ça change beaucoup de choses dans ma perception ».
Tout au long de l’année, le CMPEA combine un accompagnement individuel avec des approches collectives, notamment grâce à des groupes thérapeutiques qui permettent aux enfants de créer des liens. Ils ont ainsi bénéficié de six séances animées par l’association Tarehi Tsika, où ils ont pu s’exprimer à travers la broderie, la poterie, le dessin et des activités de bien-être. Les réalisations de ces ateliers ont été exposées lors de la fête.

« Le projet s’appelle Racines et rythmes de Mayotte. L’idée était de comprendre comment la culture peut devenir un moteur dans l’accompagnement psychique et physique des enfants et adolescents. C’était notre premier partenariat avec les CMPEA, et nous voyons qu’il profite aux enfants, aux familles, mais aussi à nos intervenants », précise Moinaydi Assani, présidente de l’association Tarehi Tsika. « À Mayotte, les personnes suivies dans ces structures sont souvent perçues comme des fous, ce qui est faux. Cette initiative contribue à briser ces préjugés et à montrer au public l’importance réelle de ces accompagnements ».
La création de deux nouveaux centres et d’une association
Pour le personnel du CMPEA, cette fête est aussi l’occasion de revenir sur l’année écoulée. « Malgré un début d’année difficile après le passage du cyclone Chido, ce fut une année intense et riche avec l’ouverture de structures supplémentaires », explique Sarah Gawinowski, psychologue auprès des adolescents de 13 à 18 ans. « Les principales difficultés que nous rencontrons concernent les ruptures de suivi avec certains jeunes et leurs familles, qui cessent de venir pendant un temps, souvent en raison de leur situation administrative et de la crainte d’interpellations par la police aux frontières. Mais dans l’ensemble, nous sommes satisfaits, nous avons réussi à proposer une véritable offre de soins ».

Avec l’ouverture du centre de Bandraboua début octobre et l’ouverture annoncée d’une structure en Petite-Terre pour début janvier, Virginie Briard espère désormais obtenir des financements pour implanter un centre dans le sud de l’île, afin de permettre à encore plus de jeunes d’être accompagnés sur l’ensemble du territoire. Les demandes restent en effet très nombreuses : à M’tsapéré, la liste d’attente pour accéder aux services est particulièrement longue. Du côté du personnel, les effectifs ont augmenté ces derniers mois, renforçant progressivement la capacité d’accueil et d’accompagnement.
Dans cette dynamique, les CMPEA se sont dotés de l’association « Tama Ya CMPEA » (Espoir du CMPEA), afin de partager les actualités des centres, de poursuivre la prévention et la promotion de la santé mentale, mais surtout de donner une voix aux enfants et adolescents suivis, pour qu’ils puissent trouver leur place dans le quotidien et dans l’actualité du territoire. Cette matinée en a été la parfaite illustration.
*le prénom a été modifié pour conserver l’anonymat.
Victor Diwisch


