Dans le service d’hémato-oncologie du Centre hospitalier de Mayotte (CHM), difficile de ne pas remarquer leur passage, avec leurs t-shirts bleu ciel et leurs sourires qui contrastent avec l’atmosphère souvent lourde du service. Les membres de l’association Un Autre Regard circulent de chambre en chambre, mais prennent aussi le temps de s’installer dans des pièces aménagées spécialement pour accueillir les patients dans un cadre plus calme, loin de l’ambiance des chambres d’hôpital et du bruit des machines.
Depuis ce lundi, et jusqu’au 12 avril, ils participent à la « Semaine du bien-être », une action organisée en partenariat avec l’association AMALCA, engagée dans la lutte contre le cancer. Cette initiative permet aux patients ainsi qu’à leurs proches de bénéficier de soins de support, loin des gestes médicaux habituels, avec des ateliers de massages, de modelages ou encore de relaxation. Sur les deux premiers jours, plus d’une trentaine de patients ont pu en profiter. Dès jeudi prochain, les intervenants prévoient aussi de se rendre directement au domicile des malades.
Des soins pensés pour s’adapter à chaque patient
Ici, rien n’est imposé, chaque intervention commence par un échange, une prise de contact, parfois sans un mot. Les professionnels observent, s’adaptent et prennent le temps de comprendre la personne qu’ils ont en face d’eux. « La prise de contact avec la peau, ça permet de voir l’état cutané, de délimiter les zones où on peut intervenir et aussi d’observer la respiration », explique l’un des intervenants.
Dans les chambres, ils arrivent avec du matériel simple mais adapté : eau thermale, huiles neutres, produits naturels ou issus de la pharmacie, juste ce qu’il faut pour apporter un moment de répit à des patients souvent éprouvés par les traitements.

Kichenama Guillaume, socio-esthéticien au CHU de La Réunion, insiste sur la dimension humaine de cette pratique, bien au-delà de l’esthétique. « On accompagne des personnes fragilisées par la maladie, mais aussi par la vie, ça peut être la précarité, le rejet social. Le but, ce n’est pas de faire du soin esthétique classique, c’est de créer une relation, de redonner confiance et d’aider la personne à se réapproprier son corps », confie le professionnel.
Dans un service comme celui-ci, où les patients subissent chimiothérapie, radiothérapie ou opération, le rapport au corps est souvent bouleversé. « Il y a des personnes qui n’osent plus se regarder, qui ont du mal avec le regard des autres », poursuit-il, « le toucher devient un moyen de communication, un moyen de se reconnecter à soi, malgré la maladie ».
Un partenariat construit dans la durée

L’association Un Autre Regard, créée en 2008 à La Réunion, intervient sur l’île pour la quatrième année consécutive à la demande d’AMALCA. L’objectif est de partager cette approche encore peu développée sur le territoire, mais qui suscite un intérêt croissant, avec notamment une première future socio-esthéticienne mahoraise en cours de formation. « L’idée, ce n’est pas de venir faire à la place, mais de transmettre », partage le socio-esthéticien.
Pour Kichenama Guillaume, ce lien entre les deux structures dépasse le simple partenariat ponctuel. « Un Autre Regard, c’est un peu le grand frère d’AMALCA », explique-t-il. En rappelant qu’à l’origine de cette collaboration, il y a une rencontre avec une ancienne patiente venue se faire soigner à La Réunion, qui a par la suite souhaité développer cet accompagnement à Mayotte.
Des patients qui redécouvrent leur corps autrement
Du côté des patients, les retours sont immédiats, souvent simples, mais parlants : « J’ai bien aimé mon massage, il a fait attention à mon corps. Cela fait du bien d’avoir quelqu’un qui s’occupe de nous autrement, pas juste pour les médicaments », confie l’un d’entre eux encore allongé sur son lit.

Pour Elanrif Boinali, coordinateur de l’association AMALCA, ces moments s’inscrivent pleinement dans ce qu’on appelle les soins de support, essentiels dans le parcours des malades. « On intervient sur la prévention, mais aussi sur l’accompagnement, tout ce qui peut aider la personne à mieux vivre la maladie, que ce soit le soutien psychologique, la diététique, le sport ou les soins socio-esthétiques ».
Selon lui, même si l’opération ne dure qu’une semaine, son impact se fait sentir bien au-delà. Donc grâce à ces moments, les patients redécouvrent leur corps autrement, pas seulement comme un corps malade, mais comme un corps dont on peut prendre soin.
Un constat qui pousse l’association à aller plus loin, avec pour objectif de développer cette pratique à Mayotte. Elle ne serait ainsi plus seulement ponctuelle, mais accessible toute l’année, aussi bien à l’hôpital qu’à domicile.
Shanyce MATHIAS ALI et Léo VIGNAL



