Les yeux plissés, Nazim*, 20 ans, observe attentivement les candidats qui enchaînent les allers-retours en courant lors du test de Luc Léger. Une épreuve décisive pour espérer faire partie des 150 nouveaux sapeurs-pompiers volontaires du Service départemental d’incendie et de secours de Mayotte (SDIS 976), dont la campagne de recrutement a débuté le 23 mars dernier avec les examens écrits.
« Cette sélection représente beaucoup, je mise tout sur elle »

Parmi les 1.200 candidatures initiales, 400 candidats ont été retenus après cette première étape. Cette semaine, ils ont passé les épreuves de natation, le 31 mars à Musical Plage à Bandrélé, et poursuivent ce mercredi 1er avril avec les tests sportifs à la caserne du SDIS de Kahani.
En complément du test de Luc Léger, les candidats ont également été soumis à des exercices de gainage, de Killy — la chaise contre le mur — ainsi qu’aux pompes. Pour rester en course, la note ne doit pas être inférieure à 5/20. Chaque candidat dispose d’une fiche individuelle sur laquelle ses résultats sont consignés, sous le regard attentif des sapeurs-pompiers.
Un renfort de taille pour les sept casernes du territoire
« La majorité des candidats sont des étudiants, des fonctionnaires ou des salariés du privé, certains sont déjà actifs dans le domaine de la santé. Une fois recrutés ils suivront une formation sur trois ou quatre mois avant d’être opérationnels », ajoute-t-il, tout en observant attentivement une épreuve de gainage. « Être sapeur-pompier volontaire, c’est pouvoir et devoir accomplir les mêmes missions qu’un sapeur-pompier professionnel sur le terrain. Seul le statut diffère ».

Une mission exigeante pour laquelle les candidats se sont préparés depuis des semaines voire des mois, comme le souligne Assani Djourai, 38 ans, ambulancier dans le nord du territoire avec déjà une forte expérience dans le domaine de la santé. « Quand on travaille, il est difficile de s’entraîner au quotidien. En tant qu’ambulancier, les journées commencent très tôt le matin et se poursuivent souvent l’après-midi, sans compter les heures supplémentaires ». Pour se motiver davantage il a monté un groupe avec ses collègues de travail désireux de devenir eux aussi sapeurs-pompiers volontaires. « On s’est entrainés à courir sur les pentes et surtout à maintenir une activité physique régulière. Mayotte a besoin de gens formés sur le territoire et c’est à nous de prendre la relève et de remonter le niveau ».
Cette année, parmi des candidats majoritairement masculins, on remarque de plus en plus de femmes. « C’est très positif pour nous au SDIS d’avoir davantage de femmes dans nos rangs », observe Bastoi Boina Ali.
« Nous les femmes nous sommes là et nombreuses ! »

Avec son maillot de football et son voile blanc, Sharmila, 20 ans, en deuxième année de BTS commerce, se voit déjà porter l’uniforme des pompiers, un rêve qu’elle nourrit depuis son enfance. « J’ai très envie d’intégrer le métier après mes études, et pour le moment devenir volontaire me permettra d’en apprendre plus et de découvrir les missions avant de passer le concours », explique-t-elle après avoir réalisé le test des pompes avec sont groupe d’amies venu de Petite-Terre. « Quand j’avais du temps libre, je m’entraînais, même le soir j’allais à la plage pour nager. Je n’ai pas arrêté, j’en suis fière. On a souvent tendance à dire qu’être pompier, policier ou gendarme c’est réservé aux hommes, mais nous les femmes, nous sommes là et nombreuses ! ».
Le passage de Chido en décembre 2024 a révélé les vulnérabilités du territoire et rappelé l’ampleur des risques naturels auxquels il est exposé : inondations, coulées de boue, tempêtes, incendies, séismes ou encore tsunamis. Outre la gestion de l’urgence post-cyclone, les pompiers ont été pleinement mobilisés lors d’incendies d’une ampleur inédite pendant la saison sèche, en plus de leurs interventions quotidiennes.
Une année éprouvante, et malgré des moyens loin de répondre aux besoins réels du SDIS et du territoire, Sharmila ne se décourage pas. « Plus nous serons nombreux à nous mobiliser, plus nous pourrons prévenir les catastrophes ! », assure-t-elle.
Juste à côté d’elle, les applaudissements résonnent dans le garage de la caserne. Dans le gymnase, le « bip » sonore du Luc Léger s’accélère. « Palier 11 », indique la table de marque qui supervise l’épreuve. Le tee-shirt trempé, le sourire aux lèvres et les mains sur les hanches, Nazim sort de la salle, éprouvé. « Il l’a fait ! Vous voyez, ils sont comme ça chez nous, au Nord ! », lance son ami pour le féliciter. Modeste, le jeune homme reprend ses esprits, appuyé contre un mur après son exploit.
Pour lui commencent désormais de longs jours d’attente : les résultats seront communiqués la semaine prochaine.
Victor Diwisch
*le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat.





