Municipales : les leçons et coups de théâtre de cette cuvée 2026

Après la « prime au sortant », on va pouvoir parler de « prime aux revenants » à Mayotte, puisque les électeurs ont porté à la tête de la mairie quatre anciennes figures politiques. Une 5ème se dessine même sous une écharpe…

Tout d’abord, il est toujours délicat d’interpréter des résultats électoraux, dépendants de nombreux facteurs. La pluie à Mayotte, le soleil en métropole, sont brandis pour expliquer le taux d’abstention, moins important à 17h ici, 40,9%, que là-bas, 51,9%. Et sur le scrutin, les accusations d’achats de voix et de procurations frauduleuses refont surface sans que des dépôts de plainte ne soient déposés.

Si la « prime au sortant », ce qui se traduit par une certaine satisfaction des électeurs pour leur maire ou par la peur du changement, a fonctionné pour cinq communes, Mamoudzou, Chiconi et Mtsangamouji dès le 1er tour, Sada et Tsingoni, au 2nd tour, les autres communes révèlent des tendances très différentes.

Tout d’abord, ce que nous avons appelé « le retour de la vieille garde », ces maires qui ont exercé par le passé, et qui refont leur apparition… avec dans leurs bagages plus ou moins de réussite. C’est le cas à Dembéni, où, à la surprise de tous, Moudjibou Saïd, pourtant arrivé en tête au 1er tour, a été battu par celui qui avait occupé le poste de 2008 à 2015, Soihibou Hamada, démis avant la fin de son mandat en 2014, le scrutin qui lui avait donné 17 voix d’avance ayant été annulé par le Conseil d’Etat. Il gagne avec 173 voix d’écart avec son challenger cette fois, un matelas qui ne devrait pas l’inquiéter. C’est aussi le cas à Koungou, où celui qui portait l’écharpe en 2008, Saïd Ahamadi Raos, revient aux affaires, malgré un maigre bilan de son mandat de conseiller départemental. Espérons qu’elles seront davantage bénéfiques à la 2ème plus grosse commune de l’île, déshéritée par des années d’abandon, en manque de toutes les infrastructures – voir notre sujet de ce dimanche – que seraient en droit d’attendre les citoyens lourdement assujettis aux taxes foncières. C’est encore le cas à Acoua, où le bosseur Ahmed Darouechi qui avait exercé de 2014 à 2020, l’a remporté sur le maire sortant de plus de 10 points.

Sénateur-presque-maire

Freedy Novou devra composer avec un allié d’entre deux tours de poids…

Mais la première grande surprise de ce scrutin, c’est bien le 3ème mandat de Roukia Lahadji/Hanima Ibrahima, qui l’emporte à Chirongui avec plus de 2 points de plus sur son challenger Adrachi Velou, et 16 points de plus sur Bihaki Daouda, qui avait été porté à la tête de la mairie après la destitution de l’étonnant vainqueur de 2020, Andhanouni Saïd. C’est une femme politique aguerrie aux arcanes du pouvoir qui revient, après avoir mis à profit ces 6 dernières années pour créer l’association Nayma, d’insertion professionnelle de jeunes en déshérence.

Un autre poids lourd de la politique est de retour sur le territoire bien que son visage ne s’affiche pas sur les murs de la mairie, Saïd Omar Oili aura comme à son habitude tiré les ficelles jusqu’au bout à Dzaoudzi-Labattoir, avec une rancune tenace. Ce que beaucoup ont appelé « une alliance contre nature », permet l’élection de Freddy Novou, notamment chargé de mission de la gestionnaire du port Ida Nel, que le sénateur a privilégié au grand dam du maire sortant, pourtant son ancien poulain, Mikidache Houmadi. C’est une tambouille mal odorante LR-MDM-Nema, qui va donc diriger l’une des deux communes de Petite-Terre. De l’art de rester sénateur tout en étant – presque – maire.

L’autre commune de Petite Terre, Pamandzi, voit le conseiller d’opposition Issoufi Maandhui, sortir vainqueur de la quadrangulaire avec près de 10 points d’avance sur ses challengers.

Des fusions meurtrières

Abdou-Lihariti Antoissi nouveau maire de Bandraboua

Autre tremblement de terre, l’éviction d’Ali Moussa Moussa Ben de la commune de Bandrele après deux mandats, pourtant en tête au 1er tour, mais victime de la fusion de listes LR et divers gauches, qui permet au LR Daniel Rama d’accéder à la mairie.

A contrario, et après une grande période de flottement ce dimanche soir en raison des scores très serrés, le maire sortant de Sada, Houssamoudine Abdallah, reste en poste avec 198 voix d’écart face à l’avocat Abdel-Lattuf Ibrahim.

A Boueni, c’est un ancien conseiller départemental, Mirhane Ousseni, qui tire son épingle du jeu avec 43 voix d’écart sur son principal challenger Assani Saindou, avec un risque, que la peine d’inéligibilité requise contre lui dans le procès du Sieam se concrétise… verdict dans quelques semaines.

Jolie surprise à Bandraboua où la 2ème tentative fut la bonne pour Abdou-Lariti Antoissi dit « Maradona » qui l’emporte avec 57,70% sur l’ancien conseiller départemental Issoufi Hadj Mokho, le maire sortant Fahardine Ahamada ne s’étant pas représenté, lui qui avait par le passé décroché le label de commune la mieux gérée de l’île.

Bilan, ce sont donc huit maires sortants qui avaient choisi de se représenter, et qui ont été battus lors de ce scrutin 2026… avec une fenêtre des possibles sur les prochaines élections de 2032 puisqu’une session de rattrapage semble fonctionner, Roukia, Soihibou, Ahmed ou Saïd Ahamadi, peuvent en témoigner.

Anne Perzo-Lafond

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