L’Etat favorable à l’opérateur Orange ?

D’après le quotidien, « Matignon a considéré que l’État ne pouvait pas empêcher Orange de raccorder, comme il a commencé à le faire, 28.000 foyers dans cinq communes du département d’Outre-mer ». Les communes concernées sont le chef-lieu Mamoudzou, ainsi que Tsingoni, Koungou, Pamandzi et Dzaoudzi.
Dans ces conditions, l’entreprise, filiale du groupe Océinde, ne pourrait pas bénéficier des subventions de l’État pour déployer la fibre optique dans ces cinq communes. Une décision qui porterait un coup sévère à Mayotte THD.
Le 25 mars 2025, la société avait pourtant officiellement remporté l’appel d’offres lancé par le Département-Région dans le cadre d’une délégation de service public (DSP), lui confiant la mission de déployer l’Internet à très haut débit sur l’ensemble du territoire mahorais. Au total, plus de 3.000 kilomètres de fibre optique doivent être installés afin de permettre à près de 60.000 foyers, entreprises, et services publics d’accéder à un meilleur débit internet. L’ensemble représente un investissement estimé à 183 millions d’euros.
Mayotte THD s’est engagé à financer plus de la moitié du projet, soit 92 millions d’euros. L’État devait initialement contribuer à hauteur de 55 millions d’euros, aux côtés du Département-Région (24 millions d’euros) et des fonds européens (10 millions d’euros). Si le déploiement dans les cinq communes concernées échappait finalement au projet, la participation de l’État pourrait être revue à la baisse, fragilisant l’équilibre financier initial.
Le réseau porté par Mayotte THD vise en effet à assurer une couverture universelle du territoire, y compris dans les zones rurales les moins rentables, afin de garantir un accès équitable au très haut débit pour l’ensemble de la population. En concentrant ses investissements sur les communes les plus denses et les plus rentables — où les travaux sont également moins coûteux — Orange pourrait fragiliser l’équilibre économique du modèle public.
« Les deux mois qui viennent sont cruciaux », insiste Mayotte THD

Contacté, le directeur général de Mayotte THD, Emmanuel André, affirme ne pas avoir reçu de confirmation officielle d’un arbitrage de l’État. « Sur la décision du politique, il n’y a rien qui nous ait été notifié formellement, ni à Mayotte THD ni au Département. Pour l’instant, il n’y a qu’un article dans Le Monde », explique-t-il.
En attendant d’éventuelles clarifications, l’opérateur assure poursuivre son déploiement. « Nous continuons à construire. Nous avons franchi une étape importante la semaine dernière avec la mise à disposition d’environ 2.000 adresses raccordables à Mamoudzou », relève Emmanuel André. « Les cadences sont maintenant stabilisées et nous allons rendre connectables plus de 1.000 nouvelles prises chaque mois, tout d’abord dans le chef-lieu, mais nous préparons aussi l’ensemble du réseau ».

« Le contrat prévoyait 1.000 prises raccordables en mars 2026. Avec l’accélération annoncée, nous avions promis 3.500 prises. Nous devrions finalement atteindre environ 3.000 prises à la fin mars », précise le directeur général de Mayotte THD, soucieux de montrer que le projet avance.
Si l’arbitrage évoqué dans la presse devait se confirmer, le dirigeant dénonce un revers majeur pour le projet public. « Ce serait un énorme camouflet et un manque de respect total pour les responsables politiques de Mayotte, qui ont construit ce projet en bonne et due forme. Il serait sacrifié pour préserver les intérêts et les marges d’Orange », estime-t-il.
Emmanuel André indique également avoir saisi l’Autorité de la concurrence. « Nous avons formé un recours auprès de l’ADLC car nous pensons qu’Orange cherche avant tout à empêcher l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment Zeop. Les deux mois qui viennent sont cruciaux pour la délégation de service public », souligne-t-il.
« Il revient à l’État d’officialiser sa position sur le sujet »

Sollicitée ce 17 mars, Orange indique pour sa part qu’il appartient à l’État de clarifier la situation. « Il revient à l’État d’officialiser sa position sur le sujet. Chez Orange, nous restons motivés pour déployer la fibre pour les Mahorais », fait savoir l’opérateur.
En août 2025, Orange avait justifié le lancement de son propre réseau de fibre après le passage du cyclone Chido. Son directeur général pour la zone Réunion-Mayotte, André Martin, expliquait alors ne pas vouloir laisser les usagers « sans solutions » face aux dégâts subis par le réseau ADSL installé sur l’île depuis 2012.
L’opérateur entendait également freiner la progression de Starlink, le service satellitaire développé par Elon Musk. Après le cyclone, de nombreux foyers mahorais se sont tournés vers cette solution, perçue comme plus indépendante des infrastructures locales. Un syndicat d’Orange, alertait en février dernier, sur le risque de « laisser nos concitoyens dépendre durablement d’un opérateur satellitaire extra-européen, au détriment de la souveraineté numérique et de la résilience du territoire ».

Contacté, le Département de Mayotte n’a, pour l’heure, pas donné suite à nos sollicitations sur ce dossier. L’institution avait toutefois, à plusieurs reprises, affiché son soutien au projet porté par Mayotte THD. En avril 2025, son président, Ben Issa Ousséni, avait ainsi appelé le Gouvernement à intervenir face aux menaces que faisait peser sur ce projet le déploiement d’un réseau fibre parallèle par Orange, dénonçant alors « une annonce unilatérale d’Orange sans concertation avec le Département ».


