Actualité de l’océan Indien : entre événements climatiques et enjeux politiques

Entre activité volcanique à La Réunion, tensions politiques à Madagascar, catastrophes climatiques au Kenya et enjeux géopolitiques autour de l’archipel des Chagos, l’actualité de l’océan Indien est marquée par une succession d’événements majeurs. Tour d’horizon des informations qui ont marqué la région ces derniers jours.

La Réunion : la coulée de lave menace de couper la route nationale 2

La dernière fois que la lave a atteint la route nationale 2 remonte à 2007 (Photo DAVE PRO).

Après un parcours tumultueux, parfois ralenti, parfois accéléré, la coulée de lave issue de l’éruption du Piton de la Fournaise en février dernier s’est rapproché à quelques mètres seulement de la roue nationale 2 (à l’heure où nous écrivons ces lignes) dans le secteur de Grand Brûlé, ce jeudi 12 mars dans la soirée.

Face au risque de coupure de cet axe stratégique reliant l’est et le sud de l’île, le préfet a déclenché la phase d’alerte 2.2 du dispositif ORSEC volcan. La RN2 a donc été fermée à la circulation à partir de 15 heures dans le secteur de l’Enclos.

Des navettes gratuites ont été organisées afin de permettre aux habitants de venir admirer la coulée de lave.

Des points de retournement ont été installés à Sainte-Rose (PR78) et à Saint-Philippe, au niveau du giratoire de Citron Galets. Au-delà de ces points, seuls les piétons et les cyclistes peuvent s’approcher jusqu’à une zone d’exclusion matérialisée par des barrières.

Les autorités rappellent que l’accès au-delà de ces limites est strictement interdit en raison des risques liés à la proximité de la coulée, aux émanations de gaz et à l’instabilité du terrain.

La dernière fois que la lave a traversé la RN2 remonte à 2007, lors d’une éruption spectaculaire dans le secteur du Tremblet, à Saint-Philippe. Cette éruption, souvent surnommée « l’éruption du siècle », avait donné lieu à d’impressionnantes fontaines de lave et à une forte effervescence volcanique, attirant de nombreux observateurs. La coulée avait alors coupé la route et poursuivi sa course jusqu’à l’océan, créant de nouveaux deltas de lave sur le littoral.

Avant cet épisode, la lave avait déjà traversé la RN2 à plusieurs reprises, notamment en 1986, lorsque deux bras de coulée avaient coupé la route sur plusieurs dizaines de mètres avant de se jeter dans l’océan Indien.

Les services de l’État restent mobilisés pour suivre l’évolution de la coulée et adapter les mesures si nécessaire. Les autorités appellent la population et les visiteurs à respecter strictement les consignes de sécurité afin de pouvoir observer ce phénomène naturel spectaculaire dans des conditions encadrées.

Madagascar : le gouvernement dissout en pleine transition politique

Le dirigeant actuel de Madagascar, Michaël Randrianirina.

Le 10 mars, le chef de l’État de transition de Madagascar, le colonel Michael Randrianirina, a annoncé la dissolution de son gouvernement, la démission du Premier ministre et la suspension de l’ensemble du cabinet, quelques mois seulement après leur nomination.

Cette décision intervient dans la continuité d’une situation politique complexe qui avait débuté en octobre 2025, après plusieurs semaines de manifestations menées notamment par des mouvements de jeunes contre les coupures d’eau, d’électricité et les difficultés économiques persistantes.

La dissolution du gouvernement a été officiellement justifiée comme une mesure « conforme à la constitution », même si aucun motif détaillé n’a été communiqué. Les secrétaires permanents de chaque ministère assurent provisoirement l’administration jusqu’à la nomination d’un nouveau Premier ministre.

Sur le plan social, certains groupes – notamment le collectif de jeunesse « Gen Z » – ont accueilli la nouvelle avec prudence et espoir, estimant que cela pourrait permettre d’intégrer davantage de personnalités capables de répondre aux revendications de changement profond exprimées lors des manifestations.

Cependant, de nombreux observateurs restent sceptiques face à l’absence de calendrier précis et aux risques de fragilisation de la transition politique, alors que le pays reste confronté à des défis économiques majeurs, à une pauvreté structurée et à une nécessité de rénovation institutionnelle.

Kenya : plus de 40 morts suite aux pluies torrentielles

Une voiture sous les eaux après les inondations soudaines qui ont frappé le Kenya (Classic 105 Kenya).

Entre le 6 et le 7 mars, le Kenya a été frappé par des pluies torrentielles qui ont provoqué de graves inondations dans la capitale Nairobi et plusieurs régions de l’Est du pays. Les crues soudaines ont submergé des quartiers entiers, endommagé les infrastructures, les routes et les ponts, et perturbé fortement le trafic urbain. Des glissements de terrain ont également été signalés dans les zones périphériques.

Le bilan humain s’élève à 49 morts, avec des dizaines de personnes toujours portées disparues et plusieurs milliers de familles déplacées. De nombreuses habitations ont été détruites ou rendues inhabitables, et les infrastructures essentielles, notamment l’électricité et l’accès à l’eau potable, ont été fortement perturbées.

Les autorités kenyanes ont mobilisé l’armée, les services de protection civile et plusieurs ONG pour venir en aide aux populations affectées. Des abris temporaires ont été installés dans les écoles et centres communautaires, et des opérations de secours sont toujours en cours pour atteindre les zones isolées.

Ces inondations surviennent au début de la saison des longues pluies, qui s’étend généralement de mars à mai. Les experts mettent en avant l’impact croissant du changement climatique, qui accentue la fréquence et l’intensité des pluies extrêmes, ainsi que les effets de l’urbanisation rapide dans certaines villes, aggravant le risque d’inondation.

Les autorités locales et les ONG appellent à renforcer la résilience des infrastructures et à améliorer la planification urbaine pour réduire les pertes humaines et matérielles lors des prochains épisodes climatiques extrêmes.

L’archipel des Chagos bloqué entre héritage colonial et enjeux stratégiques

Les Chagossiens, expulsés de leur archipel entre la fin des années 1960 et le début des années 1970 pour permettre l’installation d’une base militaire à Diego Garcia, continuent de revendiquer leur droit au retour sur leurs terres.

Le 10 mars 2026, la justice du Royaume-Uni a rendu une décision importante concernant l’avenir de l’archipel des Chagos. La Haute Cour de Londres a refusé d’autoriser une procédure judiciaire visant à contester l’accord conclu entre Londres et Maurice sur la souveraineté de l’archipel. Cette action avait notamment été engagée par des représentants de la communauté chagossienne, qui reprochent au gouvernement britannique de ne pas les avoir suffisamment associés aux négociations. En rejetant ce recours, la justice britannique permet pour l’instant au processus diplomatique engagé entre les deux États de se poursuivre.

Cet épisode intervient dans un contexte politique tendu autour du projet du Premier ministre britannique Keir Starmer de transférer la souveraineté des Chagos à Maurice, accord annoncé en 2025 pour mettre fin à plusieurs décennies de contentieux. Le principe est que l’archipel revienne à Maurice, tandis que le Royaume-Uni conserverait l’usage stratégique de l’île de Diego Garcia grâce à un bail d’environ 99 ans. Cette base aéronavale, exploitée conjointement avec les États-Unis, constitue l’un des principaux points d’appui militaires occidentaux dans l’océan Indien.

La question a pris une dimension géopolitique plus marquée en 2026. En janvier, le président américain Donald Trump a vivement critiqué la rétrocession envisagée, la qualifiant d’ »acte d’une grande stupidité ». Le 1er mars, Keir Starmer a finalement autorisé les États-Unis à utiliser la base de Diego Garcia pour soutenir leurs opérations contre l’Iran. Cette décision a été interprétée comme une inflexion de la position britannique : selon Jon Craig, journaliste à Sky News, « s’il ne s’agit pas d’un revirement complet, c’est assurément un changement », le gouvernement britannique ayant initialement refusé une demande similaire de Washington.

La base militaire américaine de Diego Garcia, le plus grand atoll de l’archipel des Chagos, louée au Royaume-Uni.

Par ailleurs, un nouveau front diplomatique pourrait s’ouvrir. Selon le quotidien The Daily Telegraph, les Maldives étudient la possibilité de contester l’accord devant la Cour internationale de justice, estimant qu’il ne serait pas suffisamment fondé sur le droit international.

Pour comprendre ce différend, il faut remonter à 1965, lorsque le Royaume-Uni détache l’archipel des Chagos de Maurice, alors colonie britannique, peu avant son indépendance. Londres crée ensuite le British Indian Ocean Territory afin d’y installer une base militaire avec les États-Unis. Entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, la population locale – les Chagossiens – est expulsée vers Maurice et les Seychelles pour permettre la construction de la base de Diego Garcia.

Depuis lors, Maurice conteste cette séparation et réclame la restitution de l’archipel. En 2019, la Cour internationale de justice a estimé que la décolonisation de Maurice n’avait pas été menée correctement et que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration des Chagos, une position ensuite soutenue par plusieurs résolutions de l’Organisation des Nations unies.

L’accord en discussion vise donc à clore un litige colonial ancien, mais il laisse subsister de nombreuses questions : le droit au retour des Chagossiens, les modalités de la souveraineté mauricienne et surtout l’avenir de la base de Diego Garcia, pivot stratégique majeur dans l’équilibre militaire de l’océan Indien.

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