Les chauffeurs de taxi alertent sur un possible durcissement du mouvement

Depuis l’aube, vendredi dernier, une vingtaine de taxis ont ralenti la circulation entre Passamaïnty et le rond-point Zakia Madi, faute d’avancées sur leur demande d’accès aux voies réservées au Caribus. Un sujet sur lequel Mohamed Hamissi avait alerté dès le départ.

Comme la veille, l’opération escargot a commencé dès 5 heures du matin. Les taxis sont partis de Passamaïnty pour rejoindre la route nationale. Les véhicules ont roulé ensemble, lentement, en effectuant plusieurs allers-retours, warnings allumés, ralentissant automobilistes et chauffeurs de bus.

Les conducteurs pris dans le mouvement sont contraints de subir, avançant au pas ou restant bloqués sans réelle alternative. La police aussi était présente sur les lieux, encadrant le cortège pour assurer la sécurité, prévenir les débordements et gérer la circulation, tout en menant le convoi.

Un mouvement qui se répète

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Une grève avait déjà eu lieu l’année dernière pour les même motifs.

Pourtant, ce mouvement de colère n’est pas nouveau, en effet, en mai et en juin 2025, les chauffeurs de taxi s’étaient déjà mobilisés de la même manière. Leur revendication est toujours la même : pouvoir circuler sur les voies réservées aux bus de la Communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (CADEMA) et du futur réseau Caribus, sur certains axes particulièrement encombrés. Un sujet sur lequel certains avaient appelé à réfléchir en amont, comme Mohamed Hamissi, notamment en associant les taxis, une enquête avait d’ailleurs été menée sur la place des taxis en 2019.

Jusqu’ici, la collectivité a toujours refusé de leur autoriser la circulation sur la voie des bus, invoquant le risque d’engorger ces voies et de nuire à l’efficacité du transport en commun.

Après plusieurs rotations, les taxis ont fini par s’arrêter sur le parking réservé aux départs vers le nord. Une réunion s’est tenue ensuite sur le front de mer de Mamoudzou, pendant environ une heure, menée par Adinani Zoubert, aussi connu sous le nom de Sergent, porte-parole du mouvement syndical des artisans taxis de Mayotte. Sur place,  le climat est tendu et chez les chauffeurs, un sentiment de menace se fait sentir.

Des usagers éprouvés par l’attente

Sur le parking, les passagers patientent, visiblement fatigués. En plein ramadan l’attente sous le soleil devient difficile, certains s’impatientent tandis que d’autres prennent leur mal en patience. « On comprend leurs revendications, mais pour nous aussi c’est compliqué. C’est le ramadan, on attend sous le soleil, il fait chaud  », confie Naïma, rappelant que les taxis sont là depuis longtemps et ne peuvent pas être mis de côté. « Les élus doivent trouver un arrangement avec les taxis car c’est la population qui va souffrir », ajoute la jeune femme.

Les usagers sont les premiers impactés par cette mobilisation.

Exaspéré par le temps d’attente, un autre usager souffle : « Ils nous disent de patienter dans les voitures avec les portes ouvertes, mais ça fait longtemps quand même  ». Même certains automobilistes bloqués par le convoi se montrent compréhensifs. « On ne peut pas trop en vouloir à ceux qui militent pour leurs droits et la reconnaissance de leur métier. Il y aurait peut-être d’autres manières de faire, mais celle-là est la plus marquante », raconte un habitant de Passamaïnty. Il ajoute que ce type d’action pourrait faire réagir les autorités et les forcer à proposer une solution qui conviendrait aux deux parties.

« Nous, on veut juste pouvoir traverser »

Adinani Zoubert, porte-parole du mouvement insiste sur le fond de la revendication. « Les bus ne suffisent pas, nous aussi les taxis on est là. Et puis ça permettrait de limiter les embouteillages. Les gens payent le taxi pour aller plus vite ». Il explique que leur seule demande est de pouvoir gagner du temps en traversant la voie réserver au bus, sans s’arrêter sur la route pour récupérer des passagers. « Personne ne va payer pour rester coincer et arriver en retard, ils vont privilégiés le bus qui est rapide et gratuit ».

Concernant les échanges avec les autorités, « Sergent » se montre critique. Il raconte avoir eu un contact avec la direction générale des services de la CADEMA. « Il m’a dit qu’on devait parler… j’ai refusé. Car si c’est seulement entre les taxis et la CADEMA, ça ne sert à rien, on l’a déjà fait et cela n’a rien donné ». Le porte-parole insiste sur la nécessité d’avoir des interlocuteurs en capacités de prendre des décisions, citant l’Assemblée de Mayotte, la Préfecture ou encore la mairie de Mamoudzou.

Les chauffeurs grévistes peuvent aussi compter sur le soutien de confrères d’autres secteurs de l’île.

La mobilisation trouve également un écho auprès de chauffeurs qui ne participent pas directement à la grève, mais qui apportent leur soutien. En effet, les taximen peuvent ainsi compter sur leurs confrères de Petite-Terre. « Ils se battent pour leurs droits, c’est tout à fait normal. On se doit de les soutenir, aujourd’hui c’est eux, demain ça pourrait être nous  », nous indique un taximan de Labattoir.

À ce stade, aucune avancée concrète n’a été annoncée, les chauffeurs espèrent toujours un compromis et une amélioration du trafic sur l’île. En attendant, ils préviennent : la mobilisation pourrait se poursuivre et s’intensifier dès ce lundi.

Shanyce MATHIAS ALI.

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