À N’Gouja, un refuge pour la biodiversité comme vitrine écologique

Premier site labellisé May’Refuge LPO à Mayotte, le Jardin Maoré concrétise un travail engagé depuis 2024 avec le GEPOMAY. Au-delà de la protection de la faune, le projet entend sensibiliser le public et préfigurer un réseau de refuges pour "reverdir" l’île.

Ce vendredi 20 février 2026, le Jardin Maoré est devenu le premier May’Refuge de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) à Mayotte. Une labellisation qui s’appuie sur des inventaires naturalistes, des engagements concrets et une volonté affirmée de faire de ce site touristique une vitrine de la protection de la biodiversité, en partenariat avec le GEPOMAY.

Un travail de fond engagé depuis 2024

La labellisation du Jardin Maoré est l’aboutissement d’un travail entamé il y a plus d’un an. « Depuis 2024, on travaille avec le Jardin Maoré. On a réalisé des inventaires sur le site de l’hôtel et on a réalisé une fiche d’opportunités dont la trame a été créée par la ligue pour la protection des oiseaux pour savoir si le site pourrait devenir un May’Refuge LPO », explique Emilien Dautrey, directeur du GEPOMAY.

Ces inventaires ont permis d’évaluer le potentiel écologique du site et d’identifier les actions à mettre en place. L’association a également accompagné l’établissement par l’installation de panneaux pédagogiques consacrés aux oiseaux. « Aujourd’hui, l’hôtel a pleinement franchi un pas pour devenir le premier May’Refuge LPO à Mayotte », souligne l’expert.

Protéger la nature et sensibiliser le public

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Gestion des déchets verts, absence de produits nocifs et limitation des pollutions font partie des quinze engagements imposés par la charte des May’Refuge LPO.

Pour le GEPOMAY, ces refuges ne se limitent pas à la protection stricte de la biodiversité. « Ces refuges ou les May’Refuge LPO sont à la fois des endroits où l’on protège la biodiversité, mais c’est aussi une vitrine pour sensibiliser le public à la protection de la nature au sens large », explique Emilien Dautrey.

Le choix du Jardin Maoré s’est imposé naturellement. « Cela correspondait à leurs valeurs comme écolodge et au travail qu’ils mènent depuis plusieurs années pour l’environnement ». 

La sensibilisation est déjà à l’œuvre sur le site. Des panneaux pédagogiques présentent les espèces présentes, notamment à l’entrée de l’hôtel sur le chemin des escaliers qui mènent à la plage. « Ils sont déjà dans la démarche », précise le directeur du GEPOMAY.

Le label repose sur le respect de quinze gestes favorables à la biodiversité. Si certains étaient déjà appliqués par l’hôtel, d’autres actions ont été proposées pour renforcer l’accueil de la faune et de la flore.

Un site « sans chasse »

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Un Souimanga de Mayotte observé au Jardin Maoré. Le site abrite une avifaune variée, mêlant espèces forestières et oiseaux marins (photographie/DR)

Le site abrite une faune variée. « Le courol vouroudriou est très souvent entendu au Jardin Maoré, très caractéristique notamment à son chant », détaille Emilien Dautrey. S’y ajoutent des oiseaux marins comme les sternes, visibles à marée basse, des pailles-en-queue, des bulbuls, des souimangas et des zostérops de Mayotte, ainsi que la couleuvre de Mayotte, « rappelons-le, inoffensive ». 

Le label implique aussi des engagements réglementaires et environnementaux. Le site est sans chasse, une mesure facilitée par le cadre légal local, la chasse terrestre étant interdite à Mayotte, à l’exception du tangue sur une période très encadrée. La réduction des pollutions fait également partie des priorités : absence de produits nocifs, gestion stricte des déchets, compostage des déchets verts dans des bacs fermés pour éviter la prolifération des rongeurs.

La gestion de l’eau figure également parmi les enjeux clés. « À l’heure actuelle à Mayotte, c’est indispensable de récupérer l’eau, car on est en crise de l’eau, mais il faut aussi protéger l’eau récupérée des moustiques », insiste Emilien Dautrey.

Après Chido, restaurer les corridors écologiques

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Après le passage du cyclone Chido, certains corridors écologiques ont été fragmentés. Le développement d’un réseau de May’Refuge vise à recréer des continuités entre jardins, villes et espaces naturels.

Au-delà du seul cas du Jardin Maoré, le GEPOMAY entend faire de cette inauguration un point de départ. « C’est le premier d’une longue série de May’Refuge LPO », souligne son directeur, en rappelant le contexte particulier dans lequel s’inscrit la démarche. Le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, a accentué la fragilisation des milieux naturels, entraînant une perte importante de la biodiversité et une rupture de certains corridors écologiques. « Des jardins se retrouvent aujourd’hui isolés des forêts », observe-t-il.

L’enjeu, désormais, est de penser la reconstruction à l’échelle du vivant. Cela passe par la création d’îlots de verdure, notamment en milieu urbain, la replantation des villes et la restauration de continuités écologiques permettant à la faune de circuler entre jardins, forêts et espaces d’agroforesterie. La question des sols est également centrale : les rendre plus perméables pour limiter le ruissellement et éviter que les eaux de pluie ne se déversent directement dans le lagon.

À travers le développement d’un réseau de May’Refuge LPO, le GEPOMAY défend une approche à la fois écologique et pédagogique. L’objectif est double : reverdir durablement Mayotte et encourager habitants, collectivités et acteurs privés à s’approprier ces pratiques à leur échelle. « Ce sont des actions concrètes, mais aussi de la sensibilisation, pour que chacun puisse faire sa part, y compris dans son propre jardin ou sur son propre terrain », insiste le directeur du GEPOMAY. Une stratégie de long terme, pensée comme un levier pour reconstruire l’île sans tourner le dos à ses fondements naturels.

Mathilde Hangard

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