Huit ans après le début de la crise sismo-volcanique à Mayotte, l’activité se poursuit sous l’océan Indien. Le volcan sous-marin Fani Maoré ne montre plus de signes éruptifs directs, mais les séismes et les émissions de gaz persistent. Les scientifiques continuent de surveiller la situation en permanence et de plaider en faveur d’une prévention des risques. Du côté des autorités, en revanche, la communication sur les risques majeurs s’est considérablement raréfiée, notamment depuis le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024.
252 séismes enregistrés en un mois

Selon le bulletin mensuel du Réseau de surveillance volcanologique et sismologique de Mayotte (REVOSIMA), 252 séismes ont été détectés entre le 1er et le 31 janvier 2026. Ce chiffre est inférieur à celui du mois de décembre 2025, durant lequel 396 séismes avaient été recensés, mais il confirme la persistance de l’activité sismique entamée en mai 2018.
Les événements enregistrés sont majoritairement de faible magnitude. Ils se répartissent entre séismes dits volcano-tectoniques, longue période et très longue période, des signaux généralement associés à des mouvements de fluides magmatiques ou hydrothermaux en profondeur. L’activité sismique reste concentrée à 5–15 kilomètres à l’Est de Petite-Terre, à des profondeurs comprises entre 20 et 50 kilomètres.
Découvert en 2019, le volcan sous-marin Fani Maoré s’est édifié à environ 50 kilomètres à l’est de Mayotte, sur un plancher océanique situé à 3.500 mètres de profondeur. D’une hauteur estimée à plus de 800 mètres, il a produit, selon les estimations scientifiques, environ 6,55 km³ de lave depuis le début de son activité. Aucune évolution morphologique ou nouvelle coulée n’a été observée depuis début 2021. Pour autant, le REVOSIMA rappelle qu’aucune hypothèse n’est écartée quant à l’évolution future du phénomène.
Une surveillance scientifique maintenue 24 h/ 24
Malgré l’absence d’éruption active, la surveillance se poursuit. « Le REVOSIMA dispose aujourd’hui d’un dispositif opérationnel H24 », explique Aline Peltier, volcanologue à l’Institut de physique du globe de Paris et directrice de l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise.

À terre, le réseau comprend neuf stations sismologiques, cinq stations GNSS, chargées de mesurer les déplacements de l’île, ainsi qu’une station de mesure des gaz dans le sol. En mer, un planeur sous-marin autonome, appelé « glider », permet de suivre les émissions de gaz dans la zone du Fer à Cheval, une structure volcanique située à l’aplomb de l’essaim sismique principal. Le cyclone Chido, qui a frappé Mayotte le 14 décembre 2024, a endommagé plusieurs équipements. Depuis, la majorité des stations ont été réparées. Au 9 février 2026, seules deux stations GNSS appartenant à des partenaires du REVOSIMA et une plateforme installée sur le lac Dziani, en Petite-Terre, ne sont pas encore opérationnelles, affirme la volcanologue.
Selon la scientifique, les dernières campagnes scientifiques récentes n’ont pas mis en évidence de nouveaux sites majeurs d’émission de fluides en dehors de la zone du Fer à Cheval. Les émissions de gaz y restent cependant actives et font l’objet d’un suivi régulier.
Un silence institutionnel sur la préparation aux risques

Après avoir fait l’objet d’une communication officielle, notamment en 2022, dans le cadre de la campagne « #OnSeraPrêts » relayée par la préfecture de Mayotte, le volcan Fani Maoré semble avoir disparu du discours public. Si la surveillance scientifique se poursuit, la communication institutionnelle sur les risques sismiques et de tsunami s’est progressivement estompée.
En juillet 2025, les scientifiques du BRGM et du REVOSIMA rappelaient pourtant que « le risque d’un tsunami à Mayotte n’est pas à exclure ». Depuis, aucune prise de parole publique d’ampleur n’a été enregistrée. Les outils de prévention existent : un site internet de la préfecture détaille les consignes à suivre en cas de séisme ou de tsunami. Mais les documents mis à disposition datent pour l’essentiel de 2021 à 2023, sans actualisation récente ni campagne visible de sensibilisation de la population. Aucun exercice de préparation à une crise sismique ou cyclonique n’a, par ailleurs, été annoncé, y compris après le cyclone Chido. Ce qui est d’autant plus surprenant que lors de la venue de la ministre des Outre-mer à Mayotte en décembre dernier, Naïma Moutchou avait annoncé qu’elle demanderait au préfet de mettre en place une campagne de prévention afin de préparer la population à ces risques justement.

Interrogée sur l’état de préparation du territoire, notamment sur le nombre et l’opérationnalité des alarmes tsunami, ainsi que sur l’éventuelle organisation d’exercices, la préfecture n’a apporté à ce jour aucune réponse à nos questions.
Dans le même temps, l’attention collective reste majoritairement concentrée sur le risque cyclonique. Or, les scientifiques rappellent que la menace principale pour Mayotte demeure celle d’un séisme majeur et, potentiellement, d’un tsunami, compte tenu de la configuration géologique de l’île et de la proximité de zones sismiques actives. À mesure que les crises naturelles se succèdent, la question de la préparation concrète de la population face à ces risques persistants reste, elle, sans réponse.
Mathilde Hangard


