Tapis rouge, DJ, musiciens, chanteuse, invités de marque, partenaires et public survolté : le temps d’un après-midi, le lycée de Coconi a accueilli un défilé de mode qui avait tout d’un grand rendez-vous du territoire.

Pendant plus d’une heure et demie, ce vendredi 6 février, des lycéens ont défilé sur scène comme des professionnels, sous le regard amusé de leurs camarades, téléphones à la main pour immortaliser chaque passage. En coulisse et sur scène, les élèves organisateurs veillaient au bon déroulement de l’événement, soucieux de ne rien laisser au hasard. Grâce aux tenues de créateurs locaux, le défilé avait pour objectif de célébrer le multiculturalisme et la diversité culturelle de Mayotte.
Un podium aux couleurs de la diversité du lycée

Le premier tableau rendait hommage à Anjouan, à travers des tenues inspirées des chiromani. Le second emmenait le public dans les Mascareignes — La Réunion et l’île Maurice — avec une interprétation du maloya, danse ancienne héritée de l’histoire de l’esclavage.
Le voyage se poursuivait ensuite en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso étaient représentés par des tenues élégantes et colorées, ponctuées de motifs linéaires et de colliers de perles, avant que la Somalie ne prenne le relais avec des vêtements amples et lumineux, largement applaudis par le public.

C’est enfin Mayotte et ses influences malgaches qui ont clôturé l’après-midi. Salouvas, maquillages traditionnels dorés et chapeau de Sada ont offert un final riche et symbolique, salué par un public conquis du début à la fin.
Pour les cinq élèves organisateurs — Mina, Yasmina, Raika, Ikram et Abdermane — le défilé vient ponctuer deux années de travail dans le cadre de leur cursus de BTS Développement et Animation des Territoires Ruraux (DATR). « On aime la culture, on aime la mode, on aime l’Afrique, on aime Mayotte ! », s’exclame Mina Ahmed, 24 ans. « Pour un premier projet je suis contente de moi, je suis assez fière de ce qu’on a fait. Cela m’encourage à continuer, et le deuxième projet sera encore mieux ! », ajoute-t-elle, heureuse après le défilé.
« Dans le lycée agricole on est un mélange, il y a des Malgaches, des personnes de l’océan Indien, d’Afrique subsaharienne, et on s’est dit qu’on allait faire une journée durant laquelle on célèbre, on réunit les cultures, les origines et on défend le vivre-ensemble. La devise de notre lycée », continue Mina, d’origine malgache-comorienne.
« Ce sont eux qui vont développer et animer le territoire demain »

Encadré par l’équipe pédagogique, le projet s’inscrit pleinement dans les objectifs du BTS DATR. « La première année était basée sur la théorie. Les élèves ont dû apprendre comment monter une stratégie de communication, comment organiser une animation et rédiger des communiqués de presse. Cette deuxième année, on est passé sur la partie pratique. Budget prévisionnel, recherche de partenaires, négociations, conception du programme et des supports de communication, les élèves ont tout imaginé », raconte Moudjomoi Abasse, professeure en éducation socioculturelle et référente du projet.

« On a eu la chance d’avoir Dahyati Mistoihi, présentatrice et animatrice de grands évènements à travers le territoire. Tout le monde ne peut pas se permettre de la solliciter. Les étudiants ont réussi à l’avoir en partenariat bénévole ! C’est de la négociation commerciale et de la communication ! », souligne l’enseignante.
Un parcours jalonné d’imprévus, fidèle aux réalités du terrain. « C’était difficile parce qu’au début, certains partenaires ont accepté de collaborer avant de se désister. On a dû reprogrammer l’événement et trouver des solutions alternatives », se rappelle Mina, qui envisage de poursuivre en licence professionnelle en gestion de projet. « Ce qui m’a touchée, c’est la présence finale des partenaires, mais aussi le suivi de la professeure, qui nous a portés du début à la fin. Cette première expérience me donne plus d’énergie et de force pour continuer dans ce domaine ».

Au-delà de l’événement en lui-même, l’objectif est surtout de former les professionnels de demain. « On est en train de former des futurs chargés de projets. Ce sont eux qui vont développer et animer le territoire demain », poursuit la professeure. « En deux ans, ils sont employables, même s’ils peuvent aussi décider de continuer à Dembéni en licence générale troisième année ».
Sur le podium, le défilé a également créé des vocations. « J’ai aimé les habits et les répétitions depuis quatre semaines, ça me fait du bien de défiler, c’est ma passion. J’aimerais bien travailler dans la mode », confie Leanne, 17 ans. Une première expérience marquante aussi pour Rodline, 23 ans, originaire de Madagascar, « c’était ma première fois sur un défilé, j’ai bien aimé et ça donne des idées. J’étais surtout contente de représenter nos différents pays ».
Victor Diwisch


