Les faits remontent à juin 2024 à Koungou, une jeune fille mineure s’est présentée au commissariat de Kaweni, dans le chef lieu, pour dénoncer une agression sexuelle commise en réunion. La victime alors âgée entre 15 et 16 ans, expliquait qu’en se rendant à un petit commerce dans son quartier le soir, elle avait été surprise par plusieurs individus, l’un d’eux va mettre sa main sur sa bouche. « Je me souviens juste qu’on m’a allongée par terre et que quelqu’un s’est frotté à moi », a-t-elle déclaré lors de son audition.
Rentrée chez elle, la victime va immédiatement raconter les faits à sa mère, qui va l’accompagner au Centre Hospitalier de Mayotte, où les médecins vont relever une forte anxiété. Si la jeune fille a parfois tenu des discours différents au début, les experts expliquent cela par son jeune âge et son absence totale d’expérience intime. Elle va quand même finir par désigner clairement Saidou H. L’adolescente l’a reconnu car elle avait déjà refusé ses avances par le passé. Quelques jours plus tard, l’accusé la recroise, lui agrippe le poignet et brandit un couteau, en disant que ses amis le sauraient si elle le dénonçait et qu’il était arrêté.
Le prévenu se rétracte
Présenté devant le magistrat en juillet 2024, l’homme change de visage selon l’interlocuteur. En garde à vue et devant les psychiatres, il avoue tout. Il explique avoir demandé à ses amis de l’aider parce qu’il était « vexé » d’avoir été repoussé. Le prévenu confie aussi que sa consommation de cannabis et d’alcool augmente énormément sa libido et le rend violent. Mais une fois à la barre du tribunal, le jeune homme adopte un ton nonchalant et nie tout. « Moi je n’ai rien fait, ce sont juste des accusations », affirme-t-il, allant jusqu’à dire que la victime ment parce qu’elle n’aime pas « son visage ».

Face à lui, la présidente du tribunal et les assesseurs ne cachent pas leur étonnement. En effet, même son propre frère le décrit comme un homme « ingérable » lorsqu’il est sous l’influence de produits illicites. « Je ne fume pas, mon frère il ment, il ne m’aime pas », a-t-il confié pour se justifier.
L’expertise psychiatrique a été claire, le prévenu ne souffre d’aucune pathologie. Les médecins notent une « appréhension du réel complète », précisant que s’il consomme trop d’alcool et de « bangué », il était parfaitement conscient de ses actes.
Malgré l’absence de preuves matérielles, la jeune fille s’étant douchée après l’agression le juge a estimé que le récit de l’adolescente était assez constant et crédible pour que la justice s’en saisisse, d’autant plus que des témoins confirment que l’accusé lui faisait souvent des avances déjà avant les faits.
Une fixation inquiétante
Lors de sa prise de parole, le procureur a dénoncé le comportement de Saidou H., décrivant un homme « très inquiétant » ayant développé une fixation malsaine sur la victime. Pour lui, les faits sont parfaitement caractérisés par la « suite logique » des déclarations de l’adolescente et les aveux spontanés que l’accusé avait livrés aux psychiatres. « On ne peut pas commettre un tel acte puis reprendre sa vie comme si de rien n’était », a martelé le procureur.
Face à la dangerosité du profil, il a requis une peine de six ans d’emprisonnement avec maintien en détention. Il a également demandé que le prévenu soit inscrit au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS) et qu’il soit soumis à un suivi socio-judiciaire de trois ans. « Il se considère comme accro et agit sous emprise, il faut une obligation de travail et de soins », a-t-il prévenu, craignant un acte de vengeance.
Le verdict : 5 ans de prison
De son côté, Saidou H. est resté sur sa position, se plaignant de son sort. « Ces peines de prison, quand j’entends ça, ça me fait mal alors que je n’ai pas fait ça. Je veux sortir pour chercher une meilleure vie ». Une défense qui n’a pas pesé lourd face à la gravité des faits et à un casier judiciaire déjà entaché par des vols.

Après délibération, le tribunal correctionnel de Mamoudzou a reconnu coupable le prévenu des faits reprochés. Il a été condamné à 5 ans de prison ferme avec maintien en détention et devra se soumettre à des soins. Il a également l’interdiction totale de rentrer en contact avec la victime. Enfin, une peine d’interdiction du territoire français pendant 5 ans a été prononcée.
Shanyce MATHIAS ALI.



