Médecins, sages-femmes, infirmiers spécialisés… à Mayotte, trouver des soignants relève d’un défi structurel. Pour la première fois, l’ARS et le Centre hospitalier de Mayotte choisissent de raconter le quotidien de ceux qui exercent sur l’île, à travers des portraits vidéo authentiques. L’objectif : montrer le sens et la richesse de l’expérience professionnelle tout en favorisant l’installation durable de nouveaux talents.
Mayotte, toujours en quête de soignants

L’ARS Mayotte le rappelle : « Les spécificités et les complexités du territoire contribuent à des difficultés structurelles d’attractivité, faisant de Mayotte le plus grand désert médical de France, avec un turn-over important des professionnels de santé ». Cette situation concerne l’ensemble des professions : médecins généralistes et spécialistes, sages-femmes, infirmiers spécialisés, mais également psychologues, psychomotriciens, orthophonistes ou dentistes.
Face à ces enjeux, l’ARS et le Centre hospitalier de Mayotte (CHM) affirment être « engagés dans une démarche volontariste visant à renforcer durablement l’attractivité en santé du territoire, à travers des actions concrètes de recrutement, d’accompagnement et de valorisation des professionnels ». L’objectif n’est pas seulement de recruter, mais aussi de retenir ceux qui ont choisi de rester, malgré les conditions parfois difficiles de l’exercice insulaire.
Une campagne de portraits authentiques pour valoriser les professionnels

La campagne « Mayotte, à cœur battant » a choisi de montrer l’île à travers ceux qui y travaillent au quotidien. Douze professionnels de santé, médecins, sages-femmes, infirmiers et libéraux, ont accepté de se prêter au jeu de cette mise en lumière. Parmi eux figurent des praticiens du CHM, tels que le Dr Vincent Gilles, le Dr Hugo Michalak, Pauline Eschapasse ou encore Sonitta Carpentier, mais aussi des libéraux comme Juline Laroza et le Dr Mohamadi Elhad.
L’ARS souligne que « les professionnels de santé ont été particulièrement moteurs : certaines personnes ont été sollicitées et toutes ont accepté, d’autres se sont proposées d’elles-mêmes, témoignant d’une forte adhésion à la démarche et d’un réel attachement au territoire ».
Pendant une semaine, du 25 octobre au 2 novembre dernier, une agence mandatée par l’ARS a suivi ces soignants dans leur travail quotidien et, pour certains, dans leur vie personnelle. Les caméras ont capté des gestes de soins, des interventions d’urgence, des consultations, mais aussi les moments de partage et de dialogue avec les patients. L’objectif était clair : donner à voir l’humain derrière la blouse blanche, et faire ressentir aux futurs candidats la richesse et le sens de l’exercice à Mayotte.
Ces portraits ont donné naissance à plusieurs contenus : un film d’une vingtaine de minutes condensant les témoignages des participants, présenté lors d’une avant-première au CHM le 15 janvier dernier, mais également une vidéo sur la task force (groupe de travail) recrutement expliquant les modalités concrètes d’installation sur l’île, ainsi qu’un spot publicitaire diffusé sur les réseaux sociaux et dans les avions long-courriers d’Air Austral.
Selon l’ARS, ce choix de mise en avant des professionnels « constitue une première à Mayotte, tant par le choix assumé de valoriser des professionnels réellement impliqués sur le territoire, que par la place centrale donnée à leur parole, authentique et incarnée ».
Priorité donnée aux médecins, sages-femmes et infirmiers spécialisés

Au-delà de la valorisation, la campagne vise un objectif concret : recruter des professionnels dans les postes les plus en tension. L’ARS précise que la priorité est donnée aux médecins généralistes et spécialistes, aux sages-femmes et aux infirmiers spécialisés, tout en laissant la porte ouverte à d’autres profils. Pour faciliter la démarche, un outil de recrutement en ligne intègre un chatbot (dialogueur) permettant aux candidats d’obtenir des informations, d’être orientés vers la task force du CHM ou vers la conciergerie dédiée aux professionnels de santé de ville.
Cette stratégie produit déjà des résultats. D’après l’autorité sanitaire, « en ce début d’année 2026, le CHM peut se passer de la réserve sanitaire s’agissant des postes de sages-femmes, le nombre de professionnelles redevenant progressivement suffisant pour faire face aux besoins. Une première depuis plusieurs années ». La campagne permet ainsi de transformer la visibilité et la valorisation des métiers en un levier pour stabiliser les effectifs sur le territoire.
Un exercice exigeant mais riche de sens
Exercer en tant que professionnel de santé à Mayotte demeure un défi de taille. Insularité, infrastructures restreintes, contextes sociaux et économiques complexes, diversité culturelle et linguistique… autant d’obstacles auxquels les soignants doivent faire face au quotidien. Pourtant, la campagne met en avant les atouts du territoire : « Porter un message humain, en rupture avec les discours institutionnels classiques, et positionner Mayotte comme un territoire exigeant mais profondément formateur et porteur de sens », résume l’ARS.
Les portraits mettent en avant la diversité des missions, la responsabilité immédiate de chaque décision médicale et le sentiment de contribuer directement à la santé de la population. Pour l’ARS et le CHM, c’est précisément ce mélange de défis et de richesse professionnelle qui doit séduire les futurs candidats.
Mathilde Hangard



