Procès Sieam – « J’ai été élu à la présidence par accident ! »

Dans cette deuxième partie d’audience de la mandature Bavi, il s’agissait de pointer les responsabilités dans un système où les pouvoirs sont dénoncés somme hypercentralisés dans les mains du président. Planaient les ombres de son ancien DGS et de Vinci…

Après la longue présentation des délits reprochés à l’équipe de Moussa Mouhamadi, « Bavi », il s’agissait ce lundi de déterminer les responsabilités de saucissonnage de marchés. En particulier celle du président du Syndicat intercommunal de l’eau et de l’assainissement (Sieam) lui-même, après que la lecture du rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) Réunion-Mayotte de 2019 par le président d’audience, ait rappelé une « centralisation des pouvoirs » dans ses mains.

En quelque sorte, le juge cherchait à comprendre le péché originel, et ce qui a amené ce jeune LR investi dans la politique et salarié de la CCI, à être élu à la présidence du Sieam. « C’est bien le conseil municipal de Boueni dont le maire est le Directeur financier du syndicat des Eaux à l’époque, qui délibère pour que vous soyez délégué au comité syndical du Sieam ? », s’enquiert le juge.

Moussa/Vitta Mouhamadi acquiesce, mais soutient, « sans l’appui du maire Mouslim Abdourahaman ». Puis, il a été élu président, et nommé au bureau syndical, et membre de la commission d’appel d’offre. Mais en réalité, peu ont la délégation de signature. « Selon la CRC, même votre DGS ne l’avait pas ! », s’étonne le juge, contredit par Bavi qui affirme le contraire. Et poursuit, « je m’étonne de l’absence de Michel Jousset (le DGS, ndlr), alors qu’il m’a suivi dans ma mandature ».

Le politique reprend le dessus

Le tribunal de Paris où se tient l’audience

Au sein des collectivités, la place prépondérante du DGS n’échappe à personne. L’ancien élu l’affirme, « tout était validé par le DGS que j’appréciais beaucoup ». Le président semble plus nuancé, « nous livrerons son témoignage écrit plus tard. » Une déclaration que l’ancien président saisit au vol, « je me doute qu’il m’en veut car j’ai été obligé de le virer contre mon gré, à la demande de la préfecture qui a même payé ses indemnités de départ ! ».

Et de revenir sur cette période trouble où le DGS ne cautionnait pas les méthodes du syndicat, mais pour laquelle Bavi a une autre explication : on a voulu l’évincer. « Jusqu’en 2017, tout se passait bien, se défend-il, mais j’ai touché un point sensible en voulant renégocier une Délégation de service public incohérente qui n’octroie que 20% des recettes au syndicat des Eaux. On m’en a voulu, ma femme est partie, je n’ai plus de famille. Les vrais responsables de l’eau à Mayotte, il faut les trouver, et j’invite le PNF à enquêter dessus ! Le dernier investissement, c’est l’usine de dessalement de Petite Terre, j’étais gamin, et depuis plus rien ».

L’ancien élu évoque le contrat d’affermage entre le Syndicat des eaux et Vinci/SMAE, cette dernière y étant largement bénéficiaire. Avant lui, Maoulida Soula qui présidait le syndicat souhaitait déjà une renégociation de l’avenant au contrat. Mais son décès, ainsi que la crise de l’eau en 2017, repoussera l’échéance, incitant Bavi à vouloir rompre la DSP en 2019, si Vinci ne consentait pas à partager équitablement les bénéfices. L’échec de l’extension de l’usine de dessalement par Vinci ayant alimenté les tensions. Sur ce chapitre, la DSP se termine fin 2027 selon nos informations, avec une volonté de renégociation de la part du syndicat désormais LEMA, Les eaux de Mayotte, nous y reviendrons.

Une « machine à signer »

En 2016, Bavi entouré de son DGS Michel Jousset et de son directeur de cabinet Camille Abdulahi

Une diversion de Bavi que permet le président d’audience, qui le ramène ensuite sur le domaine de la gestion administrative et financière du Sieam, « Nous sommes d’accord qu’on ne peut vous imputer toutes les difficultés actuelles en matière d’eau potable, mais pour la multiplication des bons de commande, le saucissonnage des marchés, nous attendons des explications ».

Là, Bavi ne se souvient de rien, n’y est pour rien, incriminant tantôt son directeur technique, « c’est lui qui décidait de réaliser les travaux », tantôt son DGS, « toutes les décisions ont été prises avec lui », tantôt la préfecture, « je n’étais qu’une machine à signer ! ». Et s’étonne en se tournant vers les « petits entrepreneurs mahorais », comme il les appelle, « où sont les grandes entreprises qui ont bénéficié des mêmes méthodes ? Elles ne sont pas citées au tribunal ? ». Entendu lors de l’enquête, un chef d’entreprise mahorais expliquera, « à chaque fois que je proposais au Sieam un devis de plus de 90.000 euros pour un chantier, barre au-delà de laquelle une mise en concurrence était nécessaire, il était refusé, on me demandait de ne pas dépasser cette somme. »

La multiplicité des bons de commande à un mois d’intervalle, pour la réhabilitation de la piste menant au forage de Dapani ? « Je ne vais pas sur le terrain pour vérifier, je ne me souviens pas d’un mois sur l’autre ce qui a été signé », répond Bavi qui se détache de toute responsabilité. « Je n’avais aucune compétence en marché public, je ne suis pas ce monde-là, j’ai été élu par accident ! », indique celui qui avait dénoncé quelques minutes auparavant son éviction du syndicat des eaux lors de sa candidature à sa réélection en 2020, « j’ai été dégagé du Sieam avec une élection bidouillée car seulement 20 sur les 34 élus ont voté ». L’élection a pourtant été validée par le tribunal administratif. Pas réélu par accident Bavi ?!

Anne Perzo-Lafond

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