Un cartable high-tech pensé par des collégiens de Mayotte

Ce projet innove en combinant technologie et autonomie scolaire. Il encourage aussi l’inclusion et sera présenté au concours national "Science Factor".

Oublier son cahier de maths, ou encore arriver en cours sans le bon classeur. C’est à partir de cette réalité que des élèves du collège Ouvoimoja de Passmaïnty ont imaginé le « sac intelligent » made in Mayotte, un projet conçu par des collégiens à partir d’un problème qu’ils rencontrent au quotidien.

Le principe est simple : chaque cahier et matériel est équipé d’une carte RFID (Radio Frequency Identification, « identification par radiofréquence »). Le lecteur du sac scanne le contenu et le compare à l’emploi du temps du lendemain, si un élément manque, un écran  accompagné d’un buzzer sonore avertit l’élève. Grâce à ce fonctionnement, celui-ci peut préparer son sac plus facilement le soir. Un gain de temps, mais aussi de confiance, qui permet de mieux suivre les cours et d’aborder la journée d’école plus sereinement.

Un projet construit sur une année scolaire

Le projet a été mené dans le cadre de l’option « innovation technologique », avec l’accompagnement de Fahad Askandri, professeur de technologie dans l’établissement et tuteur du projet. L’idée du projet est née simplement, raconte l’enseignant. « Un élève de la classe m’en a parlé. Il avait remarqué que beaucoup de ses camarades oubliaient leurs affaires. Il m’a dit : “Monsieur, ce serait bien qu’on réalise un sac qui aide à préparer son sac.” C’est venu comme ça ». Ils ont ensuite travaillé collectivement, en proposant leurs idées lors d’un brainstorming (ndlr, réunion de réflexion) avant d’en retenir une et de suivre une véritable démarche de projet, comme en classe de technologie.

Fahad Askandri fait participer ses élèves à des concours depuis quelques années.

Recherche de matériel sur le territoire, choix des composants, programmation, tests, bugs à corriger… le projet s’est construit sur une année scolaire, à raison de deux heures par semaine, malgré les contraintes locales, les interruptions de classe ainsi que les difficultés de recherches. « Il y avait peu de documentation, beaucoup de choses nouvelles à comprendre, même pour moi. Il a fallu creuser, tester, recommencer », souligne le tuteur. Au-delà de l’objet, le sac intelligent a surtout été une aventure collective et valorisante pour les élèves. « Au début, des recherches, c’était moins intéressant. Mais quand ils ont commencé à voir que ça se concrétisait, ils étaient beaucoup plus enthousiastes. Ils ont même présenté le projet à leurs parents », raconte Fahad Askandri. Aujourd’hui, alors qu’il touche à sa fin, les participants se disent fiers de leur travail et très investis.

Innovation et inclusion

L’outil existe pour l’instant uniquement sous forme de prototype, financé par le rectorat de Mayotte. Mais il n’a pas vocation à rester figé, les créateurs réfléchissent déjà à des versions adaptées, notamment pour les personnes en situation de handicap. Une version du sac destinée aux élèves malvoyants est d’ailleurs à l’étude. Ce serait un dispositif capable d’indiquer vocalement les éléments manquants. Dans cette optique, des discussions ont été entamées avec la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) afin de présenter le projet et à terme leur permettre de le tester. « Ce sont les élèves qui ont proposé cette idée », précise le tuteur, lui-même malentendant.

Mayotte, rectorat,
Le rectorat encourage l’initiative et le travail des élèves.

Du côté des institutions, le projet est perçu comme un exemple fort de l’innovation à Mayotte. « Ce projet témoigne de la capacité des élèves mahorais à innover et à travailler dans une logique de projet en mode collaboratif. En le menant à bien, les élèves ont développé des compétences clés comme l’autonomie », explique la Direction de Région Académique du Numérique pour l’Éducation (Drane) du rectorat de Mayotte. La structure insiste également sur l’importance de valoriser ces initiatives, notamment sur un territoire où la fracture numérique reste marquée.

 

L’espoir d’aller jusqu’à la commercialisation

Le projet va concourir au « Science Factor », un concours national qui valorise les initiatives scientifiques des jeunes. L’enjeu est important, en effet en cas de sélection comme lauréats, les élèves pourraient bénéficier d’un accompagnement pour concrétiser leur projet, notamment en ce qui concerne la  commercialisation.

Si le projet est lauréat du concours il passera de l’étape prototype à celle de la commercialisation.

« Le but des organisateurs, c’est d’emmener les lauréats à aller plus loin, à structurer un projet et à réfléchir à sa mise sur le marché », explique Fahad Askandri. Sans ce soutien, l’outil pourrait continuer à évoluer dans un cadre scolaire, mais difficilement dépasser le stade de prototype. En revanche, une reconnaissance nationale permettrait aux élèves de poursuivre la création, même à distance, une fois au lycée, et d’envisager un partenariat avec des entreprises locales ou nationales.

Dans l’avenir, l’idée serait de voir cet outil utilisé dans les établissements scolaires de l’île, voire être mis à disposition d’étudiants issus de milieux défavorisés. « Ce n’est pas mon projet, c’est celui des élèves. La parole leur reviendra toujours », conclut le tuteur.

Shanyce MATHIAS ALI.

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