Syndicat des Eaux – Ouverture du procès de la mandature Bavi à Paris ce lundi

C’est le procès d’un système, celui adopté par encore trop d’élus à Mayotte, octroyant de l’argent public à qui bon leur semble sur de gros marchés, permettant toutes les dérives. Moussa Mouhamadi tombera-t-il comme d’autres avant lui ? Cette fois ci, c’est la gestion de l’eau potable et de l’assainissement du Sieam qui est en cause.

Deux jours sans la moindre goutte d’eau au robinet, c’est le quotidien des habitants de Mayotte. Depuis 6 heures ce lundi matin, jusqu’à 17 heures le lendemain, c’est le système D qui prévaut, accroissant considérablement les risques sanitaires sur une île fragile. Et pourtant, il pleut quasiment tous les jours.

En cause, l’insuffisante capacité de stockage de l’eau et de sa potabilisation pour pouvoir en délivrer à une population en constante croissance, près de 4% par an de 2012 à 2017, selon l’Insee.

Moussa Mohamadi Bavi aux côtés de l’ex-ministre Bareigts lors de l’annonce du plan urgence eau en 2017

Les investissements soutenus jusqu’en 2014, marquent le pas avec l’élection de Moussa Mouhamadi, dit « Bavi », à la tête du Syndicat de l’Eau et de l’Assainissement de Mayotte (SIEAM). La section Eau bénéficiaire du temps de son prédécesseur, feu-Maoulida Soula, sort en déficit de plus de 13 millions d’euros dans un rapport de la Chambre régionale des Comptes (CRC) La Réunion-Mayotte de 2018. Y apparaissent des détournements de la commande publique avec fractionnement des marchés, un « saucissonnage » qui permet de rester sous la barre des 90.000 euros au-delà de laquelle appels d’offres et publicité sont obligatoires. Un signalement est fait au Parquet national Financier (PNF) qui lance une enquête.

Des marchés attribués aux amis en échange de cadeaux ou de services, des copinages qui vont coûter cher au SIEAM, devenu Les Eaux de Mayotte (LEMA), dont l’équipe tente depuis de redresser la barre. Lors de leur reprise en main du syndicat mixte en 2020, le versement des salaires même était menacé par une situation catastrophique.

Des entrepreneurs ont déjà plaidé coupable

Les plans urgence Eau se sont succédé depuis sans plus d’efficacité de contrôle de la part de l’Etat. La dévastation qui fait suite au cyclone Chido semble avoir boosté la volonté politique, avec un regain d’espoir de voir émerger une 3ème retenue collinaire ou une 2ème usine de désalinisation d’eau.

Sieam, Bavi, procès, Mayotte
Manifestation populaire en décembre 2023 lors de la grande pénurie d’eau

En attendant, le territoire reste très vulnérable à la pluviométrie et à la capacité des réservoirs. Le procès très attendu de la mandature Bavi devait se tenir l’année dernière, mais Chido en a décidé autrement, en fragilisant notamment la trentaine d’entreprises mises en cause, impliquant le renvoi des audiences. Une partie d’entre elles, ainsi que leurs dirigeants, a déjà été jugée en Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) pour recel de favoritisme, tous condamnés à des amendes et à trois ans d’exclusion des marchés publics avec sursis. Des procès au cours desquels les méthodes de l’équipe dirigeante d’alors étaient révélées.

Le JDM va suivre au cours des dix jours à venir ce procès dépaysé au tribunal judiciaire de Paris.

Anne Perzo-Lafond

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