Samedi 3 janvier, à 8 h 13, Mayotte s’est réveillée sans courant. Six heures plus tard, l’électricité était rétablie, mais le quotidien de l’île avait été perturbé : magasins et entreprises plongés dans l’obscurité, téléphonie mobile et distribution d’eau affectées. Ces incidents, qui se répètent depuis fin décembre, révèlent un réseau électrique fragile, dépendant de seulement deux centrales et sans interconnexion extérieure.
Des coupures qui paralysent l’île

La panne n’a pas été qu’un simple désagrément. Certains commerces ont fermé leurs portes, les bureaux ont été plongés dans le noir, et certains habitants ont dû improviser pour cuisiner ou pour se rafraîchir. Seules les structures équipées de groupes électrogènes, comme les hôpitaux et quelques grandes enseignes, ont pu continuer à fonctionner.
Cette dernière coupure faisait suite à un précédent incident survenu le 23 décembre, provoqué par un défaut sur un transformateur de la centrale de Longoni. Depuis cette date, les coupures se sont multipliées, parfois nocturnes, parfois sans préavis. Pour les Mahorais, ces incidents ne sont plus de simples désagréments : l’électricité est devenue une variable instable du quotidien. « La reprise du courant a été compliquée », explique un salarié d’Électricité de Mayotte (EDM) sous couvert d’anonymat. « Passer plusieurs heures sans électricité, ce n’est jamais facile. Il y a eu des défauts, certains graves, qui ont impacté à la fois la production et le réseau ».
Deux centrales, zéro marge

La fragilité de Mayotte tient à sa spécificité insulaire. L’île produit seule son électricité et ne bénéficie d’aucune interconnexion avec un autre territoire. Le réseau repose sur seulement deux centrales. « Si on en perd une, l’autre peut se retrouver en difficulté », souligne le même salarié. Même un incident modeste peut provoquer un black-out généralisé.
« En métropole, ça n’aurait pas duré aussi longtemps. L’Hexagone dispose de plus de centrales, réparties sur l’ensemble du territoire, et le réseau est plus dense. Ici, on n’a pas la même puissance, ni le même réseau. Chaque panne prend forcément plus de temps à être résolue ».
Depuis le cyclone Chido, les équipes ont priorisé la réalimentation de la population. « Mais toute la partie liée à la sécurité des installations reste à surveiller », précise le salarié d’EDM. Poteaux fragiles, branchements sensibles, respect des normes : le réseau reste sous tension et nécessite une vigilance constante.
Habitants et professionnels pris en étau
Pour les Mahorais, les conséquences sont concrètes : congélateurs vidés, appareils endommagés, eau coupée, nuits chaudes sans ventilation et perturbations dans les activités quotidiennes. Les professionnels, eux, subissent pertes économiques et interruptions de services. Certains envisagent même des groupes électrogènes individuels pour se prémunir des pannes.
« Si on devait respecter les standards métropolitains, on mettrait trop de temps pour réalimenter tout le monde », ajoute le salarié. Ces incidents révèlent aussi la nécessité d’investissements structurels et d’une maintenance renforcée. Le défaut ayant provoqué les dernières coupures a été identifié et devait être corrigé dans les jours suivants, mais la marge de manœuvre du réseau reste limitée.
Un réseau à bout de souffle

La technique derrière les coupures est implacable. Le réseau combine production thermique, lignes locales et postes de répartition, chacun devant fonctionner en coordination pour éviter un black-out.
La redondance est quasi inexistante. La chute d’un transformateur ou la défaillance d’une ligne suffit à provoquer un black-out complet. La maintenance préventive est complexe. Certaines interventions nécessitent l’arrêt total du réseau, et la gestion des pointes de consommation, lors des soirées ou des périodes de forte chaleur comme à cette saison des pluies, met le système sous pression et peut déclencher des déséquilibres immédiats.
En dix jours seulement, deux black-out ont rappelé à la population de Mayotte que l’électricité n’est pas un service acquis. Chaque coupure constitue un rappel brutal de la vulnérabilité du réseau, dépendant à la fois d’infrastructures limitées et de décisions techniques complexes, plus d’un an après le passage du cyclone Chido.
Mathilde Hangard



