« J’avais l’habitude de me rendre à cette mosquée, mais c’est surtout mon père qui venait souvent ici », remarque Mohamed Ben Ali Mahamoud, un brin nostalgique, en contemplant les gravats du minaret de la Grande Mosquée du Vendredi, éparpillés au sol après sa destruction, hier, le 30 décembre.
« Ça fait mal au cœur »

Il y a plus d’un an, le 14 décembre 2024, le cyclone Chido avait frappé de plein fouet la mosquée, pleinement exposée aux vents par sa proximité avec le littoral. La toiture avait été emportée, les murs du premier étage s’étaient effondrés, et le minaret, déjà marqué par le temps, s’était fragilisé encore davantage. Un morceau de tôle arraché par le vent s’était enfoncé profondément dans sa structure, laissant une plaie béante. Témoin de la force dévastatrice des rafales, cette ultime cicatrice avait infligé le coup de grâce et entériné la décision de démolir l’ensemble de l’édifice.
Un appel aux dons avait alors été lancé par l’association de gestion de la mosquée pour réunir les fonds nécessaires à sa reconstruction. Ce mercredi, Mohamed, 24 ans, est venu apporter sa contribution financière. « C’est normal de participer à l’effort, on est nombreux à le faire. Dans notre religion, c’est un moyen de s’affranchir des échecs dans nos projets de vie », explique-t-il aux côtés de Binti Mariam Omari, tenante d’une petite épicerie juste à côté de la mosquée. Née à M’tsapéré, cette dernière a toujours vécu à côté du monument, en plus d’avoir participé à la collecte de dons, son magasin sert de lieu de collecte.

« Beaucoup de monde participe, à Mayotte et de la métropole », insiste-t-elle, désireuse de montrer la place importante de la mosquée dans la vie quotidienne de M’tsapéré. « Malheureusement on n’avait pas le choix de la détruire ».
« Ça fait mal au cœur », confie une autre habitante, lunettes sur le nez, assise à côté d’elle, « Depuis que je suis née, elle était là. Aujourd’hui, elle n’est plus ».
Une reconstruction plus grande déjà prévue depuis plusieurs années
« Je ne peux pas dater précisément son année de construction, mais je me souviens d’elle depuis mon adolescence, elle a plus de 60 ans. La dernière rénovation date d’il y a 30 ans, et nous avons construit une extension il y a 6 ans, la seule partie qui a résisté au cyclone », explique Abdillah Ahmed Soilihi, président de l’association de la gestion de la mosquée. « Après plusieurs discussions avec le Comité de culte de M’tsapéré, nous avons décidé de détruire la totalité de l’édifice, il a beaucoup souffert et le minaret menaçait de s’effondrer ».
La Grande Mosquée de M’tsapéré était le lieu de rassemblement principal pour la Sala ya Ijumaa, la prière du vendredi, réunissant l’ensemble des habitants du village. Depuis le passage du cyclone, le comité du culte de M’tsapéré a orienté les fidèles vers d’autres mosquées pour accomplir cette prière, notamment à Doujani, Cavani ou Mandzarsoa. Si les prières se poursuivent ailleurs, il est difficile de remplacer le rassemblement unique et le lien communautaire que la Grande Mosquée offrait chaque vendredi.

« Cette mosquée était un lieu très important puisqu’elle accueillait toutes les réunions et de nombreux événements. Elle appartenait à tous les habitants du village, et ces derniers ont sans doute eu le cœur serré de la voir à terre. Moi-même, je n’ai pas pu assister au moment crucial, je ne voulais pas voir ça », raconte Abdillah, dont le père s’occupait déjà de la mosquée. Au lendemain de la chute du minaret, il reçoit encore des messages d’habitants qui peinent à comprendre la décision. « Même avant le cyclone, nous avions décidé d’enlever les deux tiers du bâtiment pour reconstruire plus grand. La population a augmenté et, lors des événements, nous étions souvent obligés de demander à la mairie de fermer la rue adjacente ou d’installer des chapiteaux, c’était trop petit ».
Rendre la mosquée « utilisable » dans un an

Après l’émotion de la destruction, Abdillah souhaite désormais se tourner vers l’avenir de la mosquée. « Il y a trois semaines, nous avons obtenu le récépissé de dépôt de la demande de permis de construire, et nous espérons pouvoir bientôt commencer les demandes de subventions auprès des entreprises, des particuliers, de Mayotte et même de l’extérieur », explique-t-il. Il l’assure, « le minaret sera plus haut, mais identique ! », la première exigence qu’il a transmise à l’architecte.
Le chantier de reconstruction complète devrait durer au moins cinq ans, pour un coût estimé à 4,5 millions d’euros. Mais l’objectif est de rendre la mosquée « utilisable » d’ici un an, afin que les habitants de M’tsapéré puissent à nouveau se retrouver tous ensemble dans la Grande Mosquée.
Victor Diwisch



