Mayotte : et si les barrages revenaient ? Le sondage qui rallume la peur d’un nouveau blocage de l’île

Un simple post Facebook relance l’idée d’une nouvelle paralysie sociale, vingt-deux mois après les barrages des Forces vives.

À Mayotte, il suffit de peu pour réveiller les vieux fantômes. Une nuit de violences à Mangajou, un sondage lancé sur Facebook, et voilà l’île replongée dans un débat qu’elle croyait avoir laissé derrière elle : doit-on reprendre les barrages pour dénoncer l’insécurité ? En ce 19 novembre 2025, les Mahorais oscillent entre colère sourde et fatigue collective, hantés par les semaines étouffantes de janvier et février 2024 où les Forces vives avaient paralysé l’île.

« Pour ou contre la reprise des barrages ? » : un sondage qui met le feu aux poudres

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Sondage publié sur le site Infos Routes à Mayotte, mardi 18 novembre 2025.

Mardi 18 novembre, sur la page Infos Routes Mayotte, un utilisateur publie un sondage à la hussarde : « Êtes-vous pour ou contre la reprise des barrages dans toutes les communes de Mayotte ? ». Il demande de voter « massivement ».

L’effet est instantané. Plus de 1.000 commentaires en quelques heures. Une avalanche. Comme si le simple mot « barrage » faisait remonter d’un coup les nerfs à fleur de peau. Le résultat est sans appel : 78 % sont contre, 22 % pour. Mais derrière les chiffres, ce sont les voix qui frappent. Les opposants rappellent : « Laissez les gens circuler librement » ; « Le stress de la route est déjà un barrage. Vous en voulez un deuxième ? » ; « On a tout bloqué en 2024… et pour quoi ? Rien n’a changé ». Certains y mettent de l’ironie, d’autres de la lassitude pure en citant Albert Einstein : « La folie, c’est de faire la même chose et d’espérer un résultat différent ». 

À l’inverse, les partisans veulent frapper fort, sans détour. « Bloquer le port, l’aéroport, la préfecture ! », peut-on lire. Ou encore : « On n’est pas prêts à tout dire ici… mais il faut s’organiser ». Sous les mots, un constat : l’île semble à nouveau au bord de la rupture, mais son traumatisme collectif est encore plus grand que sa colère.

L’ombre des barrages de 2024 : des semaines d’asphyxie qui ont marqué une génération

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Barrage des Forces vives à Tsararano, le vendredi 26 janvier 2024.

Difficile d’oublier les mois de janvier et février 2024. Difficile d’oublier ces routes coupées du matin au soir, ces axes filtrés, d’autres totalement bouchés, les obstacles sous la pluie ou le soleil brûlant. À l’époque, les Forces vives, rejoints par des habitants de l’île, avaient mis l’île en arrêt complet pour réclamer sécurité, justice, fermeté.

Les scènes avaient marqué les esprits : le port paralysé, les écoles désertées, des villages coupés du monde, des automobilistes hagards, l’économie à genoux. D’autres barrages s’étaient mêlés à ceux, plus violents, dressés par des bandes de jeunes.

Les reportages se succédaient, les chaînes nationales débarquaient, les ministres promettaient des actes. Mais surtout, les habitants vivaient au rythme d’une île bloquée, tendue, parfois à bout de nerfs. Alors, quand un sondage pose, même naïvement, la question d’un retour aux barrages en fin d’année 2025, les réactions s’embrasent. Pour les Mahorais, 2024 n’est pas si loin : il est gravé dans les corps, dans les trajets impossibles, dans les enfants qui n’allaient plus en classe, dans les nuits d’insomnie à écouter des nouvelles des routes coupées.

Mangajou rallume la mèche : une nuit de violences, et soudain la question revient

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Quatre véhicules ont été incendiés à Mangajou après une nuit de violences, dimanche 17 au lundi 18 novembre 2025 (illustration)

La veille du sondage, le village de Mangajou s’était réveillé secoué : 4 véhicules incendiés, agressions, affrontements. Les habitants ont dressé les premiers barrages « maison » pour protester. La scène rappelle celle qui, en 2024, avait amorcé la grande vague de blocages.

Dès lors, la question flotte dans l’air : Mayotte va-t-elle replonger dans un bras de fer routier ? Certains pensent que les barrages sont le seul moyen de forcer l’État à agir.
D’autres, majoritaires, craignent un retour à l’enfer : l’île figée, les violences opportunistes, une économie étouffée, des trajets impossibles ne serait-ce que pour se soigner, autant de vies de nouveau suspendues.

En ce 20 novembre 2025, rien ne dit que les barrages reviendront. Mais une chose est sûre : ils hantent encore les mémoires et les nerfs.

Mathilde Hangard

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