Mayotte : le SDIS encore fragilisé, malgré un déficit réduit

La chambre régionale des comptes constate une amélioration, mais juge que « les mesures prises par le SDIS de Mayotte doivent être poursuivies » pour rétablir l’équilibre budgétaire de la structure.

Le 17 juillet 2025, la chambre régionale des comptes (CRC) de Mayotte a publié un nouvel avis budgétaire sur le service départemental d’incendie et de secours (SDIS). Saisie par le préfet du département en application du code général des collectivités territoriales, la juridiction financière constate un repli du déficit budgétaire en 2024, tout en soulignant que le budget 2025 reste déséquilibré. Le SDIS, affecté par les conséquences des cyclones Chido et Dikeledi, respectivement survenus le 14 décembre 2024 et le 12 janvier 2025, doit encore renforcer ses efforts pour parvenir à l’équilibre dès l’année prochaine.

Un déficit réduit, pourtant encore au-dessus du seuil réglementaire

Dans son précédent avis du 6 juin 2024, la chambre avait arrêté le déficit du SDIS de Mayotte à 4,27 millions d’euros, soit 16,8 % des recettes de fonctionnement. En 2024, la situation s’améliore : le déficit tombe à 2,19 millions d’euros, soit 7,3 %, grâce à un excédent de fonctionnement de 2.016.025 euros, contrebalancé par un déficit d’investissement de 1.312.163 euros.

Le résultat comptable reste négatif à hauteur de 703.862 euros, mais les résultats cumulés permettent un excédent global de 1.886.698 euros, selon le compte de gestion 2024. Pour la chambre, « les résultats de clôture de l’exercice 2024 tels qu’adoptés dans le compte administratif le 11 avril 2025 ont été correctement reportés au budget primitif 2025 ».

Chido met sous pression un budget déjà contraint

Mayotte, siège SDIS,
Les cyclones ont fortement endommagé les bâtiments du centre Kinga de Kawéni, abritant notamment, le siège du SDIS.

Le budget primitif 2025, adopté le 11 avril dernier, présente un déséquilibre en fonctionnement de 1.312.708 euros, que la chambre relie directement aux conséquences des cyclones. Elle précise : « le budget du SDIS a été affecté par le passage du cyclone Chido et de la tempête Dikeledi », estimant à 1.274.116 euros les surcoûts de fonctionnement liés.

Plusieurs postes budgétaires sont jugés sous-évalués. Les « charges à caractère général » doivent être augmentées de 509.110 euros, les « charges de personnel » de 543.716 euros, et les « autres charges de gestion » de 205.140 euros, en raison notamment « des préjudices matériels subis » par les agents et « des intérêts moratoires » dus par le SDIS.

En section d’investissement, la chambre note que les travaux d’urgence, notamment sur « l’école régionale de la sécurité civile de Kahani », nécessitent un abondement de 3.000.000 d’euros. Elle recommande également d’ajuster les crédits pour les immobilisations en cours et de solliciter un appui renforcé du Département.

Une trajectoire budgétaire viable conditionnée à la rigueur

Malgré les déséquilibres constatés, la chambre affirme que « les mesures de redressement prises par le SDIS de Mayotte sont suffisantes au titre de l’année 2025 ». Elle invite toutefois l’établissement à « poursuivre le plan de redressement jusqu’à la résorption complète du déficit de son budget ».

Elle rappelle que les prévisions actualisées permettraient « d’équilibrer l’ensemble du budget, tant en fonctionnement qu’en investissement, dès la clôture de l’exercice 2026 », à condition de respecter strictement le plan. Elle recommande aussi de « limiter l’augmentation annuelle des charges à caractère de gestion à 2 % » et d’anticiper le coût de fonctionnement de l’école régionale, estimé à 1.327.200 euros hors personnel.

Enfin, la CRC souligne que si les efforts se poursuivent sans affecter les capacités d’intervention opérationnelles du SDIS, la collectivité pourrait espérer sortir durablement de sa situation déficitaire.

Mathilde Hangard

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