Justice des mineurs : le Conseil constitutionnel censure la loi Attal, un retour aux principes fondamentaux

Le Conseil constitutionnel a invalidé plusieurs mesures de la loi Attal, réaffirmant la primauté de l'éducatif sur la répression dans le traitement des mineurs délinquants.

Le 19 juin 2025, le Conseil constitutionnel a rendu une décision majeure concernant la loi Attal. Adoptée en mai 2025 sous l’impulsion de Gabriel Attal, cette réforme visait à renforcer la fermeté de la justice envers les mineurs délinquants.

Elle proposait notamment de supprimer l’atténuation automatique des peines dès 16 ans, d’introduire la comparution immédiate pour les jeunes récidivistes, et d’allonger la durée de la détention provisoire pour certains mineurs. Ce durcissement voulait répondre à une hausse de la délinquance juvénile, notamment visible lors des émeutes de l’été 2023, en mettant l’accent sur la rapidité des jugements et la responsabilisation des parents.

Les mesures censurées : un durcissement jugé inconstitutionnel

Conseil constitutionnel, Mayotte
Le Conseil constitutionnel a invalidé six articles de la loi, jugeant qu’ils contrevenaient aux principes fondateurs de la justice des mineurs.

Dans un jugement unanime, le Conseil constitutionnel a censuré six articles clés de la loi Attal, estimant que certaines dispositions portaient atteinte aux principes fondamentaux de la justice des mineurs, notamment la primauté de l’éducatif sur la répression.

Parmi les mesures invalidées figurent la suppression de l’atténuation automatique des peines, l’extension de la comparution immédiate aux jeunes de 16 ans, ainsi que l’allongement de la durée de la détention provisoire pour les mineurs de moins de 16 ans. Ce durcissement, jugé inconstitutionnel, s’éloignait selon les Sages de la rue Montpensier des principes fondateurs inscrits dans l’ordonnance de 1945, qui privilégie l’éducation et la réinsertion plutôt que la répression pure et simple.

Réactions politiques et sociales : un débat sur l’efficacité des réformes

La décision du Conseil constitutionnel a suscité des réactions contrastées. L’ancien Premier ministre, et actuel président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, Gabriel Attal, a exprimé sa détermination à poursuivre cette réforme, en soulignant la nécessité d’adapter la justice des mineurs aux réalités contemporaines.

À l’inverse, les opposants au texte, notamment au sein de la gauche et des professionnels de la protection judiciaire de la jeunesse, ont salué cette censure, y voyant une victoire de l’éducatif sur la répression.

Mayotte : une situation particulière face à la délinquance juvénile

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Cette décision intervient alors que la délinquance juvénile reste une problématique sensible, particulièrement à Mayotte, où la situation est aggravée par des défis socio-économiques spécifiques.

À Mayotte, la question de la justice des mineurs revêt une dimension particulière. Avec une population majoritairement jeune, où un habitant sur deux a moins de dix-huit ans, et un taux de délinquance élevé, notamment chez les mineurs, les autorités locales se trouvent confrontées à des défis uniques.

La présence de nombreux mineurs étrangers isolés, souvent sans encadrement familial, complique davantage la situation. Les réformes proposées, inspirées de la loi Attal, ont été adaptées pour tenir compte de ces spécificités, mais elles n’ont pas échappé aux critiques concernant leur efficacité et leur conformité aux principes fondamentaux de la justice des mineurs. 

Mathilde Hangard

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