En musique et autour d’un buffet, ils sont venus en nombre ce vendredi 21 février, pour célébrer et remercier Sophia Hafidhou, cadre supérieure de santé au CHM, qui, après 37 années de carrière, part à la retraite en avril prochain.
Vêtue d’une tenue traditionnelle or et bleue, couverte de colliers à fleurs et d’écharpes personnalisées, Sophia Hafidhou a enchaîné les accolades et les embrassades. A 64 ans, la doyenne du CHM a marqué les esprits de beaucoup de monde, et tous souhaitent la remercier et prendre une photo avec elle. Le sourire sur son visage ne cache pas pour autant ses émotions dans ce véritable bain de foule.

« C’est un mélange de tristesse et de fierté aussi. J’ai le sentiment du devoir accompli, et je suis contente d’avoir apporté ma pierre à l’édifice mais j’ai un pincement au cœur de quitter les collègues avec qui j’ai travaillé pendant toutes ces années, on a construit l’hôpital ensemble », explique Sophia Hafidhou. Après avoir commencé sa carrière le 1er janvier 1988 en tant qu’infirmière à l’hôpital de Dzaoudzi, elle devient infirmière surveillante en 1996 puis cadre supérieure de santé en 2009. Véritable « bibliothèque de l’hôpital », selon ses pairs, elle a su faire sa place dans l’institution et participé à son évolution.
« La maman calme du groupe », un exemple pour sa famille et pour tout le personnel du CHM
« Moi j’ai commencé avec rien, mes parents n’avaient pas de moyens mais ils m’ont quand même permis de faire des études. Je me suis donné au travail pour que ça paie mais surtout pour donner un bon exemple à mes enfants », raconte-t-elle, avec un brin d’émotion dans sa voix.
« Je l’ai connu depuis tout petit, j’ai toujours travaillé avec Sophia, elle m’a accueilli dès le début », relève Aynoudine Salime, directeur des Soins Infirmiers au CHM. « Sophia c’est la maman calme du groupe, c’est elle qui accompagne tout le monde pour arriver aux objectifs. J’ai beaucoup de confiance en elle car elle a cette sagesse, elle fait en sorte que tout le monde s’entendent dans les services ».
« Je pense que le plus important est de savoir travailler avec les gens »
Un rôle de mère que l’intéressée ne nie pas mais qui lui est venue naturellement par sa personnalité, toujours à l’écoute et bienveillante. « A Mayotte, quand on est patient et qu’on parle bien aux gens, très vite on te considère comme une Maman, les gens sont reconnaissants. Je pense que le plus important est de savoir travailler avec les gens. C’est difficile car les humains sont compliqués et il faut savoir gérer toutes les différences. Je pense que de mon côté je n’ai pas trop mal fait les choses », souligne Sophia Hafidhou plein de modestie. A entendre ses collègues, c’est un domaine où elle excelle.
Une femme qui œuvre « dans l’intérêt de l’hôpital et de Mayotte avant tout »
« Le mérite qu’elle a c’est de s’être ouverte à l’ensemble des professionnels de l’hôpital, qu’ils soient cadres ou non », insiste Youssouf Doua, cadre de santé en laboratoire qui a travaillé pendant 20 ans avec Sophie Hafidhou. « Elle avait toujours de l’énergie pour encadrer les gens malgré toutes ces années. Elle fait partie de celles et ceux qui nous donnent des conseils et qui nous donnent de l’espoir pour la suite de l’hôpital. J’hésiterai pas à l’appeler sur son numéro personnel, car il y a cette confiance. Pour moi c’est un modèle et un bon exemple, il n’y en a pas beaucoup à l’hôpital ».

« Malgré qu’elle était politicienne, syndicaliste, militante associative, je n’ai jamais senti en elle de clivage partisan par rapport au fonctionnement de notre hôpital. Elle a toujours mis l’intérêt de l’hôpital et de Mayotte en premier, contrairement à certaine personnalité », ajoute Youssouf Doua.
« Quand on travaille à l’hôpital pour sauver des vies on ne compte pas les heures »
« Je ne pensais pas voir tout ce beau monde ! », confie Jean-Elias Rakotondramasy, 25 ans, dernier fils de Sophia Hafidhou, qui a trois enfants. « Ma mère donne cette image d’une personne aimante dans son travail et dans sa façon d’être et cela m’inspire. Elle m’a toujours appris à travailler dur et à être persévérant », continue le jeune homme.
« On l’a accompagnée, avec nos enfants, à travers toutes les crises de l’hôpital, c’est pas évident »
Toute sa carrière Sophia Hafidhou n’a pas compté les heures, son mari Jean-Louis Rakotondramasy, comptable au CHM depuis 1998, le sait mieux que personne. « Le soir quand elle rentre à la maison, moi et mes enfants on fait la cuisine pour la laisser se reposer. On est fier de son travail pendant 37 ans, on l’a accompagnée, avec nos enfants, à travers toutes les crises de l’hôpital, c’est pas évident. Quand on travaille à l’hôpital pour sauver des vies on ne compte pas, parfois on sort à 1h du matin, on est obligé de travailler, travailler, travailler », appuie Jean-Louis Rakotondramasy. « Oui cette retraite elle l’attendait car elle a beaucoup donné. Mais quand on voit tous les cadres qui arrivent, qui sont Mahorais et Mahoraises, on peut se dire que le relai est assuré ! ».
Le travail continue auprès d’associations à Mayotte et Madagascar
Présidente du club Soroptimist de Mayotte en 2022, qui vient en aide aux femmes dans le besoin, Sophia Hafidhou souhaite continuer à s’engager dans l’associatif à Mayotte mais aussi à Madagascar, dont elle est originaire, « après la retraite de mon mari, je pense qu’on ira s’exiler un peu à Madagascar ».Mais avant de partir, Sophia Hafidhou a souhaité faire passer un message à la jeunesse. « Vous les jeunes qui commencez votre carrière, soyez patients, ne soyez pas cupides, votre chance arrivera. Allez-y doucement, chacun à sa place, et surtout soyez fiers de vous et de ce que vous faites, aimez votre travail et tout cela paiera un jour ».
Victor Diwisch