La preuve que l’érosion gagne du terrain sous le poids démographique à Mayotte

Le constat fait chaque année des déversements de sédiments dans le lagon, est quantifié par une nouvelle étude publiée dans la revue Science. Ses auteurs alertent sur les conséquences d’un immobilisme que de nombreuses actions sur place peinent à contrer efficacement

Le phénomène d’érosion n’est pas nouveau à Mayotte où on observe à chaque saison des pluies des nappes de sédiments se déverser dans le lagon, mais il vient d’être précisément quantifié par une étude scientifique publiée dans le magazine Science. Elle constate que la croissance de la population de 80% en 10 ans, notamment liée à une immigration incontrôlée, a aggravé de 3.600 % le taux de déforestation. Notamment en lien avec des pratiques agricoles devenues plus intensives.

L’étude décompose l’évolution de l’érosion en deux vagues : une accélération « phénoménale » de 300% pendant la 1ère vague d’immigration de 2011 à 2015, suivie par une nouvelle augmentation de 190% de 2019 à 2021. Une multiplication par 12 en 10 ans.

A moins d’une action humaine, la végétation ne repousse plus sur les « padza », zone de terre brute

Depuis des années, le programme LESELAM (Lutte contre l’érosion des sols et l’envasement du lagon à Mayotte) dont nous nous sommes fait l’écho régulièrement, pointe la dégradation, et ses représentants tentent d’essaimer les bonnes pratiques en se déplaçant dans les communes. En 2021, ils avaient évalué jusqu’à 10 tonnes à l’hectare de terre partie dans le lagon à Mtsamboro sur les saisons des pluies de 2015 à 2017.

Ils encouragent à bannir les cultures intensives, surtout qu’elles ne sont pas culturellement présente ici. L’association Les Naturalistes très active sur ce sujet, incitait alors à planter de la citronnelle ou du vétiver sur un talus, à effectuer des travaux de terrassement en saison sèche plutôt qu’en saison des pluies, etc.

Diviser par 7 l’impact

Mis à l’honneur dans l’étude, le « jardin mahorais », composé de plantations diversifiées, un peu de manioc, un peu de bananiers, cocotier, etc, permet traditionnellement de nourrir la famille et rejoint les concepts modernes de techniques agro-conservatrices ou de permaculture. Cela permet de fixer le sol.

L’étude constate qu’une monoculture de manioc produit 28 tonnes de sédiments par hectare à l’année, une monoculture de bananes 15 tonnes, alors qu’une parcelle de type jardin mahorais avec paillage n’en produit que 2 à 3, et une forêt un seul. Elle invite au maintien des technique traditionnelles.

Les brûlis trouent le couvert forestier et appauvrissent le sol

Encore faut-il que les brûlis dévastateurs du printemps austral (et on s’en approche fin septembre) cessent. Ils accroissent la déforestation et empêche la terre de se fixer, provoquant l’écoulement des sédiments vers le lagon à la saison des pluies suivante, et l’apparition de « padza » (zone de terre dénudée) sur les hauteurs. Nous avions répercuté 600 interventions pour départs de feu en 2022. La déforestation impacte la fixation de nuages au-dessus des terres, et donc la pluviométrie.

Les sédiments ainsi déversés dans le lagon détruisent les fonds marins, dont les coraux qu’ils asphyxient.

L’étude met en garde sur la poursuite de cette aggravation en expliquant que les prévisions pour 2050 évaluent un accroissement de la population de 74% aux Comores et de 103% à Madagascar. « Il est urgent de prendre des mesures conservatoires pour éviter une crise socio-environnementale et pour préserver les ressources pour les générations futures », pointent ses auteurs.

A.P-L.

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