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samedi 13 avril 2024
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Assises – Meurtre de Christophe Brousset : les ingrédients de la spirale macabre

L’affaire avait braqué définitivement les projecteurs sur le quartier de Kawéni lorsqu’en 2016, Christophe Brousset trouvait la mort devant le dojo de judo où s’entrainait son fils. Cible de trois jeunes qui visaient la sacoche qu’il portait en bandoulière. Trois profils familiaux différents, qui se rejoignent sur une défaillance paternelle.

Accoudé à la porte passager avant, Christophe Brousset faisait une pose pour fumer une cigarette ce 15 avril 2016 à proximité du collège K1 à Kawéni, alors que sa compagne était dans la voiture. L’enquête révèlera la succession de faits qui a amené au drame après l’interpellation des trois auteurs des faits. Kamal* commençait par donner un coup de pied à celui qui exerçait comme restaurateur à Mayotte, puis alors que ce dernier commence à se défendre face à l’agressivité de ses assaillants, un coup de couteau de cuisine lui est porté, sans que la manifestation de la vérité sur son auteur n’ait pu se faire lors du procès d’assises. Lors de l’enquête Iman*. était pointé du doigt par ses comparses.

A l’époque, la mobilisation des habitants de Kawéni désignant rapidement Ibou et Karim A. comme les auteurs, avait permis leur interpellation. Quant à Kamal*, 13 ans, c’est son père qui l’amenait au commissariat. Une page s’est tournée à Kawéni depuis les faits. Une grande marche blanche y avait été organisée notamment par les associations de quartier qui essayaient de sortir ces jeunes de leur engrenage. Des prises de paroles de plusieurs parents avaient mis en évidence leur difficulté à encadrer leurs enfants.

Squats, consommation d’alcool et de bangué étaient le quotidien de ces jeunes, tous nés à Mayotte, qui s’isolaient de la société et de leur famille par leur propre comportement. Nous nous sommes penchés sur leurs histoires en interrogeant les avocats de la défense, pour comprendre comment on en arrive à la mort d’un homme, d’un père.

Le bâtonnier Me Yanis Souhaili satisafait du jugement en tant que défenseur de la famille de Christophe Brousset avec Me Mattoir

L’alcool comme fuite

Au moment des faits, Kamal avait 16 ans, et déjà 4 condamnations sur son casier judiciaire, « il a commencé les bêtises à 11 ans », nous rapporte Me Ahmed Idriss. Son enfance il la passe dans une case en tôle de trois pièces sur les hauteurs de Kawéni avec sa mère et ses 7 frères et sœurs de trois pères différents. Il est le plus souvent à l’extérieur avec des bandes, sa mère le corrige entre deux bêtises au moyen de châtiments corporels. Entre deux expulsions, son père revient mais ne voit pas d’un mauvais œil ses errances. « Cela lui arrive de consommer de l’alcool, du bangue, ce qui l’amène à être plusieurs fois détenu et placé en foyer Dago Tama », complète Me Ahmed Idriss qui a tant bien que mal tenté de défendre son client en évoquant cette enfance difficile. Il était condamné après les faits dans une autre affaire à 5 ans de prison.

Le jeune Kader* âgé de 13 ans lors du drame, s’avérait non lecteur, non scripteur. Il était pris en charge par la Protection judiciaire de la jeunesse qui lui avait interdit de se rendre à Kawéni, il n’aurait donc pas du se trouver dans ce quartier. Il aurait été témoin de violences perpétrées par son père contre sa mère. Son comportement s’était dégradé au collège avec un absentéisme croissant, et des fréquentations qui l’amenait à se marginaliser. Il fuguait également du logement maternel, et commençait à tremper dans des histoires de vol en réunion pour se procurer de l’alcool ou du bangue. Placé à l’EPEI de La Réunion, son comportement violent incitait les éducateurs à l’envoyer dans un centre éducatif fermé

« Soulagée pour Mayotte »

La Cour aura mis trois heures pour délibérer sur le sort des deux principaux auteurs

Le troisième accusé, Iman était défendu par Me Andjilani. Il avait 17 ans lorsqu’il s’en est pris au père de famille, et 4 condamnations pour vol aggravé à son actif, dont trois avec de la prison ferme. Outre ses consommations d’alcool et de bangue, lui prenait également de la chimique. Impulsif et colérique, il s’avérait être très attaché à sa mère qui avait été expulsé en laissant son enfant sur le territoire. A 9 ans, il apprenait à se débrouiller pour survivre, et peu de temps après commence à consommer de la chimique. Son père est malgré tout à Mayotte, puisque le jeune repart vivre chez lui, qui n’hésite pas à le battre pour l’empêcher de sortir faire des bêtises. Au retour de sa mère, l’appel de la rue et des bandes avait déjà pris le dessus. On connaît la suite. Il était placé en détention provisoire après les faits d’avril 2016, puis placé sous contrôle judiciaire. Mais en août 2018, il n’émargeait plus au commissariat de police. Un mandat d’amener était émis. Trop tard, car il est accusé sur cette période d’être l’auteur d’un viol au Barfly, et doit prochainement comparaitre pour cela dans un nouveau procès d’assises.

Avec un père déficient ou absent comme point commun, les éléments d’une spirale infernale qui ont amené ces trois là à la barre sont là, qui, indépendamment du cadre familial flottant, n’ont malgré tout pas profité des occasions que leur ont offert les associations, la PJJ et la société, englués qu’ils étaient dans les consommations de substances d’évasion du quotidien.

Echanges entre élus au lendemain des faits pour endiguer la violence à Kawéni

Ces histoires individuelles ont été évoquées lors des trois jours de procès qui s’est tenu en présence de l’ancienne femme de Christophe Brousset et de son fils. « Ce fut très dur », nous confie-t-elle, soutenue par ses avocats, Me Yanis Souhaili et Me Kassurati Mattoir. Avec un immense soulagement lors du verdict, « je ne pensais pas qu’ils seraient condamnés à 20 ans. Je suis soulagée avant tout pour Mayotte, car ils vont arrêter de nuire », nous expliquait-elle. Les jurés ont donc suivi les réquisitions de l’avocat général qui demandait 20 ans de réclusion criminelle et l’exclusion de l’excuse de minorité pour les deux auteurs qui risquait d’amoindrir la peine.

La défense des intérêts civils amenait les avocats à demander des dédommagements pécuniaires pour la famille proche, notamment sa compagne présente sur les lieux du drame, et à ce titre, les prévenus devront rembourser les sommes versées par le Fonds de garantie, « ils devront travailler en prison pour cela », nous indiquait l’avocat et bâtonnier Yanis Souhaili.

Anne Perzo-Lafond

* Prénoms d’emprunt

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