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samedi 24 février 2024
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Nette amélioration des signalements d’enfants maltraités à Mayotte, reste à se pencher sur leurs familles

Sujet central de nos sociétés, les repères et l’affection donnés par les parents conditionnent le bon développement de l’enfant. Mais dans les départements ultramarins, cette belle harmonie est davantage mise à mal qu’en Hexagone. A l'heure où le Sénat se penche sur le sujet, l'ODPE 976 a musclé ses moyens, pas encore l'Observatoire des familles.

La synthèse d’une table ronde du Sénat sur la parentalité outre-mer organisée par la Délégation sénatoriale aux Outre-mer et la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances était présentée le 9 février dernier. Annick Billon qui préside la seconde livrait un panorama des spécificités des structures familiales en outre-mer sous trois grands traits, essentiellement portés sur les Antilles-Guyane, mais on reconnaitra aisément les problématiques, aggravées à Mayotte. En tout premier lieu, on note la prédominance des familles monoparentales. « Aux Antilles Guyane, une famille sur deux est monoparentale, contre une sur quatre en Hexagone ». Cette monoparentalité n’a pas la même forme qu’en métropole où elle est majoritairement le fait d’un divorce, « aux Antilles-Guyane, deux tiers des enfants ne sont pas reconnus par le père, alors qu’ils ne sont que 10% en métropole ». Nous n’avons pas de statistique pour Mayotte. Ce que l’on sait en revanche, c’est que les familles monoparentales vivent dans une grande précarité sur notre territoire, puisque selon l’INSEE, 94 % d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté, contre 77 % pour les autres habitants de Mayotte.

Annick Billot dressait le tableau d’un outre-mer en difficulté sur la parentalité

La précarité, c’est justement la 2ème caractéristique des structures familiales ultramarines. « Les allocations familiales sont cruciales pour ces familles, notamment de mères seules : 57 à 77% de la population bénéficient d’au moins une prestation familiale dans les 4 DROM historiques, contre 49% en Hexagone ». Là encore, il faut aller chercher des statistiques pour Mayotte du côté de l’INSEE. Ici, les prestations sociales ne sont que marginales, « elle ne représentent que 17 % du revenu moyen des ménages pauvres (contre par exemple 63 % en Guyane). Ainsi, elles ne font baisser que de 2 points le taux de pauvreté, contre 7 points en métropole et 10 points en moyenne dans les autres DOM. »

La majeure partie de la population pauvre, en situation irrégulière, n’est pas éligible aux prestations sociales, « le RSA et les allocations familiales ne sont pas accessibles à la population étrangère non régularisée ou régularisée depuis moins de 15 ans.

On ne connaît toujours pas les symptômes

Troisième caractéristique, les grossesses précoces « induisant un taux élevé d’IVG » : « en outre-mer, environ 10% des femmes sont enceintes avant 20 ans, contre 1% en métropole », indique toujours la présidente de la Délégation à l’égalité des chances. « Les jeunes filles recherchent avant tout un statut, mais cela s’accompagne d’une déscolarisation et d’un défaut de formation professionnelle qui va les suivre. » Pour Mayotte, l’INSEE avait pointé que « 4 % des naissances sont issues de mères mineures : c’est moins qu’en Guyane (6 %) mais bien plus que dans l’Hexagone (0,4 %) ».

Couverture géographique de l’Observatoire de la parentalité océan Indien

Lors des échanges au Sénat, deux Observatoires de la parentalité étaient représentés, celui de La Réunion et celui de l’océan Indien. Et Mayotte dans tout ça ? Car l’enjeu du territoire est notamment dans cette parentalité défaillante, aux causes multiples qu’il faut cerner. Comme le dit le président du CESEM, Abdou Dahalani, « on subit les conséquences sans travailler sur les raisons, et tant qu’il en sera ainsi, nous subirons ».

Des Assises de la parentalité ont été organisées en mai 2022 au CUFR, par les Céméa, et deux observatoires ont été mis sur pied, d’inégale réussite.

Le premier, l’Observatoire des familles, est au cœur du sujet puisqu’il étudie les trajectoires des familles des mineurs placés à Mayotte, et va permettre de connaître la spirale infernale qui amène les mineurs vers la délinquance. Mais son très attendu rapport, réalisé par l’UDAF (Union Départementale des Associations Familiales), a été décevant. Cette étude qui devait permettre de mieux connaître la trajectoire des familles dont les enfants ont été placés ne portait que sur… neuf familles, laissant les acteurs sur leur faim, « Peut-on dire que l’échantillon de neuf familles est représentatif par rapport à l’ensemble de celles concernées par une décision de placement de leurs enfants ? », s’interrogeait Nafissata Mouhoudhoire, directrice adjointe de la DEETS. On attend de l’observatoire qu’il remette l’ouvrage sur le métier. Les politiques publiques en dépendent.

Un accompagnement est mené sur certains villages comme ici à Doujani

Détresse des familles monoparentales de mères seules

Pendant ce temps, l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance de Mayotte (ODPE 976) mis en place en avril 2022, a carburé, porté par le conseil départemental avec copilotage préfectoral. Le vice-président Madi Moussa Velou a aussitôt recruté une responsable, Amina Halidi, qui nous explique la démarche. « Nous avons commencé par nouer des liens avec l’Observatoire national de la protection de l’enfance, qui s’est déplacé sur le territoire, et par participer à la création d’un observatoire ultramarin. Nous travaillons actuellement sur la récolte de données d’informations préoccupantes sur les enfants, et incitons nos 22 partenaires signataires que sont l’Education nationale, la gendarmerie nationale, la PJJ, la préfecture, etc. à jouer le jeu en nous les remontant. Ce n’est pas encore un réflexe par exemple pour un soignant du CHM qui est là pour secourir l’enfant, de signaler ensuite les maltraitances éventuelles. Or, cela nous permet de les rendre visible par des données chiffrées, et de prendre en charge ces mineurs en menant des politiques de parentalité adaptées ». Et d’obtenir des financements adaptés.

La première évaluation des mineurs dits « isolés », puis « en danger », puis « non accompagnés », avait été faite en 2012 par le sociologue David Guyot, qui jugeait qu’ils étaient 3.000. « Je m’entretiens régulièrement avec lui, et il parle d’une méthode à revoir en raison d’émergence de nouveaux processus. Là, je vérifie toutes les extractions de données liées à la protection de l’enfance, et déjà nous pouvons dire que la Cellule de remontée des informations préoccupantes, la CRIP, enregistre majoritairement des mineurs issus de foyers monoparentaux de mères seules », rapporte la jeune femme. Un rapport rassemblant les données sera publié prochainement.

Convention signée en avril 2022 pour l’observatoire départemental de la protection de l’enfance

26% de signalements supplémentaires en 2022

L’objectif de cet Observatoire est de fournir ensuite des avis et des propositions pour mener des politiques de protection de l’enfance qui collent à la réalité. Amani Halidi déplore d’ailleurs un manque de réactivité du côté de l’Observatoire de La Réunion. Notre ODPE 976 s’il a déjà rattrapé son retard, « nous avons été félicité par le national », doit encore progresser, « il nous manque un logiciel métier, et la possibilité de catégoriser les données sur des critères ethniques car 90% des familles à accompagner sont issues de l’immigration. Ce pourquoi j’ai contacté la CNIL, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés. »

Pour en finir avec la pénible mention « hors Mayotte », dans les statistiques nationales, l’ODPE 976 a fait remonter à la DREES (Direction de la Recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) les premières données.

La veille trimestrielle mise en place a permis de récolter ses premiers fruits, avec une hausse considérable des signalements : « 2.347 informations préoccupantes sur un enfant ont été entrées à la CRIP pour 2022, contre 1.864 en 2021, dont une hausse de 114% de la part du CHM. »

Un ODPE 976 qui a donc pris ses marques et qui attend en amont de connaître les causes de la détresse de ces familles qui perdent pied avec leurs enfants, infos que doit livrer l’observatoire des familles. Pour que la politique menée ne marche plus sur une jambe.

Anne Perzo-Lafond

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