Une opération innovante de relogement-témoin est mise en place par la mairie de Koungou. Si tout se passe bien, ce sont 40 familles qui seront prises en charge, en attendant que leur quartier insalubre de Talus 2 soit démoli et reconstruit. Il en restera 35 autres auxquelles des solutions seront proposées assure la préfecture.

Habitat insalubre : petit à petit, les délogés font leur nid

Une opération innovante de relogement-témoin est mise en place par la mairie de Koungou. Si tout se passe bien, ce sont 40 familles qui seront prises en charge, en attendant que leur quartier insalubre de Talus 2 soit démoli et reconstruit. Il en restera 35 autres auxquelles des solutions seront proposées assure la préfecture.

« Carobole nous a servi d’expérience, nous nous sommes améliorés depuis », commente Vanille Guichard, Chef de projet à la mairie de Koungou et qui manage cette opération pilote, une grande première : « Nous menons un test en relogeant provisoirement une dizaine de familles à proximité de leur quartier insalubre qui doit être démoli, et en attendant sa reconstruction ».

Le quartier Carobole dont parle la jeune femme avait été démoli en septembre 2021, provoquant de graves émeutes allant jusqu’à l’incendie de la mairie. L’opération était pourtant une esquisse de la nouvelle politique en gestion de la RHI, qui voyait la première enquête sociale menée auprès des habitants. C’était à la suite de la catastrophe du délogement du quartier Jamaïque qui avait engendré des violences inouïes sur plusieurs jours à Koungou.

Mais la démarche n’était encore que partielle, rapporte la Chef de projet : « Le nombre de relogement était insuffisant vu le peu de place que nous avions, ce qui imposait d’utiliser les logements d’urgence de l’Etat mis à disposition des femmes violentées, et le nouveau logement était parfois très éloigné de l’école, avec un risque de rupture de scolarité pour les enfants. »

Peu à peu, préfecture et mairie se mettent en règle avec la loi Elan, en organisant le relogement des personnes vivant dans de l’habitat insalubre, généralement en deux temps, une ‘opération tiroir’ de relogement provisoire, et la construction d’habitat à étages en lieu et place de l’habitat en tôle. « C’est un chantier éclair que nous menons. Une dizaine de famille vont être relogées dans du modulaire en attendant qu’elles intègrent leurs nouveaux logements dans 3 ou 4 ans ».

Une partie du logement en modulaire en cours d’aménagement

Des modulaires modulables

Dix familles sur les 75 que compte le quartier Talus 2, « c’est une opération pilote, pour voir si en moins de 3 mois, la coordination entre la commune, l’Etat et les entreprises fonctionne. » La succession de phases sera observée de prés : le terrassement, la mise en place des réseaux, les fondations, la construction des logements, la gestion locative et l’accompagnement social : « C’est un vrai suivi des ménages qui est mené. Si cela fonctionne, on déploiera à plus grande échelle, celle du territoire, avec un autre portage, car la commune seule n’en a pas les moyens. » Déjà, un 2ème marché est en cours, « il vise 30 ménages cette fois. »

Sur place, quelques familles ont fait le déplacement à l’invitation de la mairie. Elles voient le changement d’un œil méfiant, habitantes de Talus 2 depuis 2005, 2009 ou depuis plus longtemps, 1992. « Ça a l’air petit, on va être serrés, craint l’une ». Psylvia Dewas, pour la préfecture où elle est experte de haut niveau en charge de la lutte contre l’habitat insalubre, explique que le nombre de modules s’adapte à la taille de la famille : « Nous les allouons en fonctions de l’enquête sociale deux pour une famille de cinq et trois pour neuf. »

Les travaux devraient démarrer au 1er trimestre 2023, « ça peut évoluer en fonction des recours puisque nous sommes toujours attaqués. ». L’arrêté préfectoral a été signé vendredi dernier. La dernière affaire en date portée à la barre du tribunal administratif pour contester la démolition de l’habitat illégal était celle de Doujani, et avait mis au jour des imprécisions du côté de la préfecture.

Un relogement à proximité

Pose du 1er modulaire à proximité de la route à Majikavo Dubaï

Sur un petit territoire comme Mayotte, difficile en effet d’être dans les clous, et de dégager des terrains pour reloger en attendant, comme c’est le cas pour cette opération à Hamachaka qui se niche au sein de Majikavo Koropa, et où s’élève ce lundi, une longue grues de manutention des modulaires. Les familles étaient donc conviées à une première visite, alors que les premiers étaient posés. « Elles pourront revenir autant qu’elles le veulent », rassure Vanille Guichard.

Elles ont un mois pour évacuer leurs cases en tôle de Talus 2 qu’elles avaient construites sur ce terrain du conseil départemental. Qui a délibéré pour le rétrocéder à la mairie, « mais n’a pas encore transmis l’acte de transfert », se lamente-t-on à la mairie.

« Après quand on nous dira de partir de Hamachaka, on va aller où ?! », nous interroge Halifa qui peine à toucher concrètement du doigt ces deux déménagements successifs. Une fois rassuré, lui et sa femme se disent satisfaits, « c’est bien car nos enfants sont soit au collège de Majikavo, soit à la maternelle de Koungou ».

Sur place, Julland Khaldi, PDG de HSPC, Habitat Social à Prix Coutant, est venu pour expliquer aux familles comment va être géré leur hébergement, une nouvelle vie : « Les modules seront sur deux étages, avec des sanitaires communs pour le rez-de-chaussée et pareil pour l’étage. Une cuisine commune est également prévue ainsi qu’un espace culturel. » Même si le partage des espaces est commun à Mayotte, c’est une nouvelle organisation qui les attend.

Julland Khaldi détaille la procédure aux familles

Les familles auront théoriquement un loyer à débourser, « environ 150 euros pas mois », les dossiers sont en cours d’instruction à la DEETS (Direction du Travail), et ceux qui n’ont pas de travail, « seront accompagnés pour en trouver un ».

Vanille Guichard explique que c’est une solution provisoire de 3 ou 4 ans, « ceux qui trouvent une meilleure solution avant peuvent partir à tout moment ».

En cumulant les deux opérations, ce sont une quarantaine de familles qui seront hébergées, pour les 35 restantes, une solution est également proposée, « du côté de l’Etat nous avons des solutions de relogement », assure Psylvia Dewas.

Anne Perzo-Lafond

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