Jumelage Mayotte-Comores : « trahison », ou réaffirmation diplomatique d’une Mayotte française?

Ce lundi 1er août, le Collectif des Citoyens de Mayotte scellait symboliquement les portes de la mairie de Mamoudzou pour protester contre le jumelage prévu entre le chef-lieu et les villes de Tsidjé (Grand-Comores) et Mutsamudu (Anjouan). Une initiative qui divise : là où le Collectif évoque une "trahison", le premier édile de Mamoudzou y voit une réaffirmation officielle de l'identité française de l'île au lagon.

En cette matinée du 1er août, point de chaînes ni de cadenas, mais bien un ruban pour condamner symboliquement les portes de l’hôtel de ville de Mamoudzou. Une initiative portée par le Collectif des Citoyens de Mayotte, à la suite de l’annonce du jumelage du chef-lieu avec deux municipalités comoriennes.

Une « trahison du combat des anciens  » ?

Un  » projet qui tombe du ciel » déclare Safina, membre bien connu du collectif, présente sur les lieux pour protester contre le jumelage. Et si pour la militante, « il ne s’agit pas de dénoncer un projet de jumelage avec le Togo ou le Madagascar », ou toute autre destination parmi les nombreux jumelages entrepris par la nouvelle municipalité, l’officialisation de la coopération régionale avec deux villes comoriennes pose largement problème.

La signature du jumelage © mairie de Mutsamudu

« S’agissant des Comores (…) c’est le pays qui n’a jamais voulu reconnaître notre souveraineté, Mayotte française » déclare Safina avec fougue. Sans surprise au regard des positions généralement musclées du Collectif, des termes forts sont au rendez-vous : l’on évoque ainsi des « ennemis », une « trahison du combat des anciens » dans cet acte de jumelage, et les nombreuses divergences diplomatiques sont remises à l’ordre du jour : immigration clandestine, polémiques autour des Jeux des Îles, etc.

Réaffirmer Mayotte française par la coopération régionale

Le projet divise, et les divergences s’affichent au gré de la lecture des ambitions municipales. Selon Ambdilwahedou Soumaila, pour qui la multiplication des jumelages se traduit par une volonté politique de faire de Mamoudzou « une ville monde, une ville ouverte aux autres », le Collectif et la mairie « disent la même chose mais chacun à sa façon ».
Ainsi pour le premier édile, cette officialisation de la coopération régionale est une façon de réaffirmer une Mayotte française : « vous n’entendrez jamais dire que Mayotte n’est pas française après ça ». Le maire du chef-lieu évoque un « acte de reconnaissance », et pour preuve, il affirme que la démarche de jumelage a été attaquée par la diaspora comorienne. « faire valoir la place de Mayotte dans l’Océan Indien » semble s’afficher comme une priorité pour le jeune maire, et il compte bien composer avec tous les partenaires, de la classe politique aux collectifs.

Un « grand pas en avant » ? 

Une cérémonie remarquée © mairie de Mutsamudu

Ainsi, après de longs échanges considérés comme  » positifs » et « constructifs » de parts et d’autres, la mairie a pu être réouverte en début d’après-midi. Une prochaine réunion a été programmée, laquelle réunira également les parlementaires. D’ici là, le jumelage a été suspendu.
Si la municipalité de Mutsamudu (Anjouan) qualifie le jumelage de « grand pas en avant » avec des « perspectives réelles pour des échanges fructueux et d’opportunités de coopération dans des domaines multiples », la coopération régionale, pourtant grandement nécessaire dans l’Océan Indien, ne se fera pas si aisément. Les stigmates du passé ne sont jamais bien lointains, et il semblerait que les propos d’Hérodote, aussi appelé le père de l’histoire, soient toujours autant d’actualité : « ce sont les événements qui commandent aux hommes et non les hommes aux événements ».

Mathieu Janvier

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