N’ayant pas les capacités techniques d’entretenir les géants Karihani et Polé, le STM les envoie se faire remorquer chez les Mauriciens. Pourtant, lors de leur commande en 2015, recommandation avait été donnée d’agrandir la cale sèche du chantier. Faute de décision, les futures barges seront adaptées à elle, et non l’inverse.

Au STM, on sèche sur la cale et les nouvelles barges rapetissent

N’ayant pas les capacités techniques d’entretenir les géants Karihani et Polé, le STM les envoie se faire remorquer chez les Mauriciens. Pourtant, lors de leur commande en 2015, recommandation avait été donnée d’agrandir la cale sèche du chantier. Faute de décision, les futures barges seront adaptées à elle, et non l’inverse.

Le départ annoncé des deux fleurons de la flotte du Service technique Maritime (STM) pour un arrêt technique à l’île Maurice, est synonyme d’une perturbation dans la circulation entre Petite et Grande Terre. Les deux barges partiront l’une après l’autre, sur une période cumulée de 4 mois, du 7 mars au 11 juillet 2022. De casse-tête, barger sa voiture va devenir un cauchemar.

Nous avons expliqué qu’il était impossible d’organiser l’arrêt technique de ces deux navires sur place, en raison d’une cale sèche trop étroite pour les accueillir.

Pourtant, l’ancien directeur du STM qui avait lancé l’appel d’offre sur le Polé et le Karihani à l’époque du président Zaïdani, avait expliqué que cette montée en gamme était indissociable d’un agrandissement de la cale sèche, située sur l’arrière du siège du STM en Petite Terre. Les élus avaient cru bon d’attendre le temps de la construction. Seulement, l’affaire avait été rondement menée, sollicitant notamment les fonds européens, et en 2017, les deux navires arrivaient… sans chaussure à leur pied. Direction l’île Maurice donc, pour les arrêts techniques.

Non sans coût puisque le conseil départemental doit débourser plus de 400.000 euros par navire à la société de remorquage qui les convoie jusqu’au chantier, nous rapporte le directeur du STM, Jean-François Urbain. « La cale sèche devait être augmenté, mais c’est un dossier qui a trainé, rien n’est prévu pour l’instant », rapporte-t-il. A coup de 800.000 euros, les pelletées pour agrandir la cale pourraient vite être jugées rentables.

Le Polé, au 1er plan, et le Karihani derrière

Le volcan sous-marin nous offre une cale sèche

Surtout que selon un connaisseur du dossier, l’enfoncement de Petite Terre de 20 cm sous l’effet de la subsidence du phénomène volcan sous-marin, solutionne bien des problèmes, n’ayant plus besoin de prendre sur le lagon, et donc sans contrainte environnementale. Il suffirait d’agrandir de 10 m côté terre en grignotant sur le terrain de la DEAL. Il en a fait part au préfet Colombet et au président Ben Issa Ousseni, « c’est de l’urgence absolu, déclare-t-il, car lorsque ces amphidromes prendront de l’âge, les petites réparations vont se multiplier, faisant grimper leur coût d’exploitation si on est obligé de les remorquer à chaque fois à Maurice. »

Un laisser-aller qui impose de revoir les ambitions à la baisse, puisque dans le cadre du renouvellement de la flotte, ce sont deux amphidromes de taille moyenne, de la taille du George Nahouda, qui ont été commandés, et qui sont actuellement en construction. D’une capacité de 400 passagers, là où le Polé et le Karihani en prenaient 590 chacun. Idem, moins de véhicules seront embarqués. La fautive ? La cale sèche, nous explique notre interlocuteur qui souhaite rester anonyme car toujours actif dans le milieu maritime, « si la cale avait été agrandie, le STM aurait pu acquérir des Polé ou Karihani bis, et non réduire la taille à l’équivalent du Georges Nahouda. Et alors que le trafic ne cesse d’augmenter… On marche sur la tête ! ».

Le passage des Affaires maritimes au STM il y a quelques semaines s’est soldé par une mauvaise note puisque 6 conformités majeures ont été relevées, ce qui pose des problèmes de certification des navires… Retour 10 ans en arrière lorsque les barges et amphidromes naviguaient à coup de dérogations données par les Affaires maritimes.

Il est encore temps d’agir tant que les Polé et Karihani n’ont pas encore pris de l’âge. Sans quoi, les immobilisations pourraient s’enchainer…

Anne Perzo-Lafond

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