Construction d’un catamaran de croisière à Mayotte

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Franck Meidinger

Depuis 1995, Franck Meidinger a quitté sa Bretagne natale pour un infini tour du monde. A Mayotte, le marin met sa formation d’ingénieur à profit pour construire un catamaran avec ses élèves dans le lycée où il enseigne.

Barbe grisonnante, poignée de main ferme, Franck Meidinger, marin, un peu artiste n’est pas un vieux loup de mer solitaire. Concepteur, navigateur, réparateur de ses bateaux et de ceux des autres, ce diplômé de l’école nationale supérieure de mécanique de Nantes, aujourd’hui École centrale, sait que la mer se conçoit, s’envisage d’abord à terre. Son adage : « penser le bateau, le réaliser et naviguer dessus. »

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Franck dos au mouillage de Dzaoudzi

L’ingénieur n’a eu de cesse de mettre à profit ses connaissances au service de la construction navale. Pour lui et pour les autres. Et quand il ne travaille pas pour lui, il ne travaille pas pour n’importe qui.

En 1985, il participe à la construction de Poulain, le célèbre trimaran d’Olivier de Kersauzon, conçu pour son tour du monde en solitaire. Dans les années 80, il fabrique des mini transats, petit bateau de course mythique, entre Brest et Isigny-sur-Mer, dans le Calvados.

Plus récemment, Franck a pu poser ses pieds, il ne porte pas de chaussures « bateau », sur le monocoque d’une autre icône de la voile, moins bourrue que le marin breton, mais tout aussi talentueuse, la navigatrice Elen Mac Arthur et son King Fisher. C’était en 2000 à Oakland. Franck s’est chargé de refaire les ballasts du bateau. Quelque mois plus tard, la jeune Anglaise toute timide terminera, avec la manière, deuxième du Vendée Globe 200-2001 à seulement 24 ans !

Vue finale 3D du bateau fini

La motivation de Franck tient en trois mots : conception, construction, navigation. « J’ai surtout envie d’essayer de nouvelles idées pour le bateau, finalement la destination, je m’en fous un peu », reconnait le président de l’association des Croiseurs hauturiers de Mayotte (ACHM), sur Petite-Terre.

Pour le commun des mortels, arriver à Mayotte rime avec atterrir sur la piste de Pamandzi. Après dix ans dans le Pacifique, c’est l’Asie du Sud Est, les Chagos, posés au milieu de l’océan Indien, Franck jette l’ancre, à Mayotte, d’un bateau construit de ses mains en 1994, Pier Lan. Un nom breton ? Gaélique ?  » Pas du tout, ça ne signifie rien, mais ça ne sonne bien ! », s’amuse le marin musicien.

Son tour du monde débutera en 1995 avec femme et enfants. Il n’est pas encore achevé, le marin va juste changer de monture.

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Coque bâbord réalisée avec les élèves

Sa riche expérience sur des bateaux de course, en fait un touche-à-tout talentueux. Depuis 2010, l’ingénieur, professeur contractuel dans un lycée à vocation nautique de l’île, a initié la construction d’un catamaran de croisière de 12 mètres. Les éléments sont préfabriqués sous vide en éléments séparés, en sandwich polystyrène et contreplaqué . La technique de construction permet une grande diversité de fabrication avec un outillage réduit. Le chantier naval d’Arzal, dans le Morbihan, s’est d’ailleurs intéressé de près à cette technique pour sa rapidité de construction et la diversité des modèles produits.

Preuve de l’intérêt d’un tel support pédagogique, plusieurs de ses élèves ont décidé de continuer l’aventure dans le BTS de construction navale de Saint-Nazaire. Pour les autres, dans les prochains mois, ils pourront se dire, voyant ce catamaran naviguer sur le lagon:  » j’y suis pour quelque chose ».

A.L. et B.M.

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