L'édito de BIM

L'édito de BIM traite de l'actualité, souvent trop sérieuse, de manière décalée en essayant de mettre une lumière nouvelle sur des faits de société ou des personnages publics.

La faim et les moyens

La langue française est riche en possibilité d’interprétation. Une intonation, une lettre, un choix de mots et c’est toute une phrase qui perd son sens. Lorsqu’on dit que la fin justifie les moyens, il suffit de remplacer le premier mot par un autre ayant la même phonétique et d’attribuer un autre sens au deuxième mot pour que se dégage un concept très différent.

Alors que dans son sens initial, cette phrase signifie qu’on déploie les moyens nécessaires pour l’obtention d’une chose dont on a clairement défini les contours, la seconde laisse entendre que l’appétit est suffisant pour l’éclosion de personnes sans envergure. La faim justifie les moyens, les gens sans envergure. Tout un programme…

Force est de constater que cette distorsion syntaxique et sémantique vient à point nommé pour faire un constat sociétal. La fin n’a plus beaucoup d’importance dans nos sociétés gavées à la dette et à la consommation. Ce type de société n’a plus de but à atteindre. Il est possible de tout avoir, sans pour autant s’en donner les moyens. L’appétit suffit. La consommation suit. La vie s’écoule, puis elle s’éteint, sans avoir laissé la moindre trace qui prouve qu’elle ait existé. C’est l’existence vaine des sociétés qui se meurent.

Nous pouvons mesurer l’aboutissement des sociétés par ses créations, qu’elles soient technologiques ou artistiques. Les dernières permettant vraisemblablement l’éclosion des premières. Elles préparent à une réflexion et donc à une maturité qui permet la manipulation de technologie potentiellement dangereuse. On peut résumer l’aboutissement en sciences humaines en un seul mot : la sagesse. Sagesse permettant de ne pas nuire à l’humanité lorsqu’elle a les moyens de sa propre destruction. Ce concept de sagesse n’est pas nouveau, car il a été le creuset des philosophes grecs, bien avant Nikos Aliagas ou même Rastapopoulos. 

Cette sagesse s’acquiert tout au long d’une vie. Par la lecture, la musique et l’art en général. La littérature et la philosophie développent et analysent des concepts nécessaires à la compréhension de l’humanité et des sociétés qui la composent. Elles donnent les bases à l’humanité pour que son existence perdure. La musique, et l’art en général, développent une certaine acuité pour le Beau, concept nécessaire pour un environnement épanouissant.

Le simple constat des productions artistiques actuelles donne une idée assez crépusculaire de la sagesse des générations à venir. La littérature a été remplacée par une production livresque de bazar, pour ceux qui ouvrent encore un livre. La musique a été remplacée par une uniformisation d’un bruit abrutissant et souvent assourdissant. Le volume sonore ne permettant pas d’ouïr les nuances d’une musique dont elles sont de toute façon absentes. Au revoir Mozart, Wagner ou Beethoven. Bye bye Hugo, Spinoza ou Céline. « Ouais z’y va, moi j’connais quand même la chevauchée des vaches qui rient ! faut pas m’prendre pour un demeuré. »

Les sociétés sur le déclin n’ont plus aucune ambition pour le développement humain de leur peuple. Le déclin est masqué par la technologie. Celle qui va tous nous sauver de cet abrutissement nécessaire au somnambulisme qui lui est nécessaire pour guider tout un peuple vers un destin funeste. Mais un abruti avec IPhone dernier cri et des écouteurs pour un lavage de cerveau à coup de décibels sur peu de notes, reste un abruti.

Attention, un homme abruti en vaut deux. Cette maxime se vérifie à chaque vote de nos chers députés pour légitimer la lente agonie de la représentation nationale sur ses bancs.

 

“Le propre de la médiocrité est de se croire supérieur.”

François de La Rochefoucauld

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