L'édito de BIM

L'édito de BIM traite de l'actualité, souvent trop sérieuse, de manière décalée en essayant de mettre une lumière nouvelle sur des faits de société ou des personnages publics.

La maîtresse décolle

Quoi de plus noble qu’une éducation nationale ? C’est surtout très ambitieux. Trop ?

À Mayotte, plus qu’ailleurs, le sujet est épineux tant les problématiques sont diverses et hétérogènes. S’il est communément accepté que l’éducation, c’est la transmission du savoir, et l’apprentissage d’une certaine autonomie de réflexion, sur notre île, les problématiques commencent dès que l’enfant met un pied hors du foyer familial, le premier défi étant d’arriver entier à l’école, en un seul morceau.

Ce mardi, avait lieu au lycée de la Cité du Nord une manifestation, que dis-je, un attroupement, une bande de gueux qui font rien qu’à embêter la haute hiérarchie supra-éducative, dont le but était de demander des comptes quant aux sureffectifs et autres problèmes d’intendance : « Jean-Louis vous me mettrez un ou deux containers de plus pour accueillir une cinquantaine d’élèves supplémentaires ». « Hein ? La température ? » « Oui, ben on verra bien si le soleil est chaud cette année. ». « De toute façon, on n’est pas à l’abri d’un nouveau cyclone et on n’a toujours rien reconstruit. »

Pendant ce temps, la rectrice discutait tranquillement avec le proviseur, à l’intérieur de l’établissement, à l’abri des questions, des remarques et autres tracasseries qui vous gâcheraient une belle journée si on n’y prenait garde. Et pour y prendre garde, la rectrice a une directrice de cabinet. Et la directrice de cabinet, elle n’aime pas les journalistes. La rectrice non plus, mais elle fait plein d’efforts pour le cacher. Bon, elle n’y parvient pas vraiment. Mais elle fait des efforts. C’est touchant.

Après l’entretien, qu’on devine constructif, avec le proviseur intra-muros – je rappelle qu’intra-muros signifie ramasser des mûres à l’intérieur –, la rectrice est sortie accorder une interview à son média interne, laissant sa directrice de cabinet se jeter sur les journalistes, telle la misère sur le bas clergé, aboyant qu’ils n’avaient rien à faire là, qu’on ne travaillait pas comme ça et qu’on devait demander l’autorisation avant de prendre des photos. Et on ne met pas ses doigts dans son nez. Pour ma part, mes doigts ont grandi en même temps que mon nez…

Après avoir consulté Marguerite Dureich et mon camarade Staline, via le grand médium Kim Jean-Luc, je confirme que ce n’est pas comme ça qu’on travaille. En tout cas, selon Joseph, qui me confiait : « Chez vous, les journalistes prennent des photos et posent des questions ? Mais c’est la décadence. ». Quant à Marguerite…

Fort de cette confirmation, qui a mis toute la rédaction du JDM sur le chemin d’une rédemption journalistique bien méritée, nous sommes maintenant en attente des directives suprêmes pour entamer notre réadaptation. Existe-t-il des centres agréés pour ce type de rééducation ? Existe-t-il un ministère de la Rééducation nationale ? Encore faudrait-il réussir l’éducation initiale. Peut-on recevoir les directives suprêmes sans poulet ? Xavier Dupont de Ligonnès est-il au Novotel de Garches ? Voilà les questions qui taraudent nos équipes. Encore ce matin, un journaliste auquel j’avais demandé comment il allait me répondait : « Couci-couça, je suis taraudé ce matin. »

Mais il faut rendre à César, même ce qu’il n’a jamais eu, la rectrice et sa directrice sont venues faire de plates excuses devant des journalistes éberlués par le ridicule, que la situation n’a eu aucun mal à emprunter aux personnages. Le plus inquiétant fut cependant le moment où la rectrice affirmait qu’elle « aimait la presse ». Certainement un peu comme la lionne aime la gazelle. J’en frissonne encore…

Il faut reconnaître que nos relations avaient plutôt mal commencé, car dès la rentrée scolaire, nos journalistes avaient été interdits d’entrer dans les établissements. Nous avons vite compris que seuls les jeunes armés de machette avaient ce privilège. Désolé, nous n’avons pas les outils…

Je ne veux pas faire un cours de communication sommaire, mais de manière générale, c’est plutôt suspect de cacher ses actions à la presse lorsqu’on est en charge d’une grande action publique. C’est assez imperceptible si on n’est pas concentré, mais dans public, il y a public. Le public, quand on est à la tête d’un machin qui ressemble plus ou moins à un truc qui va faire des choix pour les autres, c’est tout le monde.

Si personne parmi tout le monde ne peut être informé des choix qui sont faits pour eux, on a alors un gros problème étymologique avec les mots « républiques » et « démocratie », respectivement « la chose publique » et « le pouvoir du peuple ». Ha beurk, le peuple. Ça sent la sueur. C’est bête. C’est populiste.

Hein ? Les enfants ? Ho hé, on parle de choses sérieuses ici…

 

 

 

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