L'édito de BIM

L'édito de BIM traite de l'actualité, souvent trop sérieuse, de manière décalée en essayant de mettre une lumière nouvelle sur des faits de société ou des personnages publics.

Les gentils Fa…

Après avoir commis un édito, qui n’avait d’autre but que de dénoncer le meurtre d’un jeune homme de 23 ans, dont le seul tort fut de ne pas être du bon côté de la barrière idéologique, notre rédaction, ainsi que l’ensemble des médias de l’île, a reçu un communiqué de presse d’un syndicat se plaignant que notre journal diffusait des idées d’extrême droite dans les termes suivants : « Sous couvert d’un billet d’humeur, ce texte n’est qu’un condensé d’inversions morales et de contre-vérités directement issues de l’officine de l’extrême droite. » L’officine d’extrême droite répond donc au groupuscule d’extrême gauche que le seul acte extrême, à ses yeux, est de tuer un jeune homme de 23 ans. Je me vois dans l’obligation de composer avec les éléments de langages imposés, qui obligent à choisir son extrême. Cette technique d’orientation obligatoire imposée par le CPE de l’idéologie Ohkellestbien Paskecélamienne, oblige le mis en cause à se situer d’un côté ou de l’autre de la barrière qui sépare le fumier du purin.

Pour ma part, je préfère me situer sur un terrain purement humaniste et laisser ceux qui le souhaitent se repaître des excréments d’une société malade de sa propre violence. Que ce soit Quentin ou Clément Méric assassiné par le GUD en 2013, ils sont le symbole d’un monde politique qui déraille, pour lequel la mort d’une personne se résume à une simple étape du militantisme. Cette mort est ensuite manipulée, exhibée, par des idiots devenus inutiles, comme on exposerait un cadavre pour enflammer les foules. Le spectacle navrant des irresponsables politiques qui se jettent à la figure le calcul de leur nombre de morts est l’étape ultime de la seule réflexion dont ils soient capables, à savoir un affrontement vain et bestial, lorsqu’ils constatent que les urnes ne se remplissent pas du « bon » côté.

Mais que vient faire un syndicat professionnel dans ce combat politique, me direz-vous ? Bonne question, car un syndicat n’est pas censé faire de la politique. Surtout en période électorale, me direz-vous, car vous êtes de fins observateurs ? Je tiens à préciser que, dans une décision du 27 janvier 2020 le Conseil d’État a rappelé que la liberté d’expression particulière des responsables syndicaux n’est pas illimitée et qu’elle « doit être conciliée avec le respect de leurs obligations déontologiques ». C’est d’autant plus vrai en période électorale qui impose un droit de réserve à tous les agents publics, qui peuvent tout aussi bien être des acteurs syndicaux, pour ceux qui apprécient le cumul nécessaire à une carrière qui peine à s’affirmer.

La manière de diffuser ce communiqué est elle aussi assez révélatrice du monde dans lequel nous vivons. Signée courageusement du seul sceau du syndicat, cette lettre devient donc anonyme et « tient à dénoncer. ». Je suppose que vous voyez où je veux en venir. Cette technique, largement éprouvée dans des temps plus funestes, vient étayer l’autre but de quelques personnes en mal d’existence médiatique, imposer à un journal privé et indépendant de ne pas traiter certains thèmes, où alors de les traiter comme un bureau central l’imposerait. Je tiens à préciser qu’après plusieurs années d’éditos qui ont écorné tous les camps politiques, c’est la première fois que notre journal est ciblé aussi directement et aussi brutalement. Bien sûr, les plaintifs vous diront qu’ils ne ciblaient pas le journal, mais son éditorialiste. Pour ma part, si je devais dire à une personne que c’est un facho un stalinien, je lui dirais personnellement les yeux dans les yeux, la dénonciation globale ne faisant pas partie des valeurs qui m’ont été inculquées.

Je me dois de préciser, qu’à aucun moment dans le courrier qui nous a été adressé, il n’y a une phrase comportant la moindre once d’empathie ou d’humanité envers un jeune homme qui a perdu la vie, et encore moins sur les raisons qui ont amené une meute animale à se défouler sur une seule personne à terre, jusqu’à le tuer. L’intégralité des propos ne traite que d’une seule thématique, l’utilisation politique de l’événement. 

Je tiens aussi à préciser que l’auteur du communiqué me prête l’intention suivante : « Prétendre que la violence vient de la gauche ou des mouvements sociaux est une inversion des valeurs abjecte ». Je lui répondrais qu’à aucun moment, je n’ai parlé de la gauche comme force à viser, mais de personnes et d’un mouvement, clairement nommés pour qui sait lire et veux bien comprendre. Étendre l’objet de l’édito à l’ensemble d’un courant politique, qui se refuse de plus en plus aux compromissions suspectes, est symptomatique du naufrage pour lequel n’importe quelle bouée de sauvetage serait la bienvenue. En prétendant que la violence viendrait de la gauche tout entière me fait penser que l’auteur du communiqué a peut-être des informations que je n’ai pas. Discutons-en…

Pour ma part, si on est d’extrême droite lorsqu’on dénonce les événements qui ont tué Quentin, ou d’extrême gauche quand le GUD extermine Clément Méric, alors j’assume pleinement cette part d’ombre qui m’habite. Celle qui consiste à toujours déplorer la mort d’un être humain, avant de brandir ou d’utiliser son cadavre, comme on brandit un tract, endimanché de son plus beau chasuble fluo, accessoire indispensable pour réfléchir la lumière lorsqu’elle se refuse à vous.

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