Le collectif des citoyens 2018 installe un sitting contre le camp de Tsoundzou

Depuis lundi, des membres du Collectif des citoyens 2018 se sont installés à quelques mètres de la préfecture de Mayotte à Mamoudzou pour réclamer le démantèlement du camp de Tsoundzou et dénoncer le projet d’un camp officiel destiné aux migrants venus d’Afrique continentale.

Le drapeau tricolore flotte non-loin des manifestants, accrochés aux barrières, des tissus à l’effigie de Zéna M’Déré rappellent les anciens combats. Au son du Maoulida chengué, ce chant traditionnel associé aux mobilisations populaires sur l’île, une dizaine de femmes venues de diverses communes ont commencé lundi matin un sitting à quelques mètres de la préfecture.

Une affiche de Zena M’Déré, figure emblématique des Chatouilleuses, est érigées aujourd’hui comme une figure de cette lutte. (Léo Vignal / JDM)

Cette fois pas de barrage, le Collectif des citoyens 2018 dit avoir choisi une autre forme d’action. Occuper le lieu, et rester visible, jusqu’à l’arrivée du nouveau préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, attendu lundi prochain pour son investiture.

Au centre des revendications : le camp de migrants installé à Tsoundzou 2, à proximité du village Coallia. Les protestataires réclament son démantèlement et refusent surtout l’idée d’un camp officiel destiné à accueillir des migrants venus d’Afrique de l’Ouest. Une décision qui cristallise depuis plusieurs semaines les tensions à Mayotte, déjà marquée par les débats autour de l’immigration, de la sécurité et du manque d’infrastructures.

Un sitting pour maintenir la pression

Des femmes se sont réunies devant la caisse de retraite des fonctionnaires pour dénoncer le camp de migrants de Tsounzou. (Léo Vignal / JDM)

« Même si on est une poignée, on vient des quatre coins de l’île, on est postés partout », explique une membre du collectif. « Il y a des gens du Sud, du Nord, de l’Est, de l’Ouest. Quand on est trop nombreux, ça devient difficile à gérer et ça peut vite partir en vrille ». Pour rappelle, le groupe s’était déjà mobilisé lors de l’occupation du stade de Cavani par des migrants il y a quelques années. Pour ses membres, ce combat ne date donc pas d’aujourd’hui.

Safina Soula, présidente du collectif des citoyens 2018, assume une volonté de durcir le ton vis-à-vis de l’État, tout en affirmant vouloir maintenir une mobilisation sans débordements. « Nous allons rester parce que le préfet n’est pas encore là. Nous voulons l’interpeller dès maintenant, depuis Paris, parce que les décisionnaires sont là-bas », affirme-t-elle.

La présidente du collectif estime que le camp actuel représente un danger à la fois pour ses occupants, mais également pour les riverains. Elle évoque les affrontements réguliers signalés dans le secteur de Tsoundzou, mais aussi les difficultés de circulation pour les automobilistes, sans oublier le manque d’hygiène. « Les villageois n’ont plus de vie ! », dit-elle.

Le camp de Tsoundzou au cœur des tensions

Derrière cette mobilisation, le sujet du foncier revient régulièrement dans les discussions. Le collectif reproche à l’État de vouloir mobiliser des terrains pour un camp de migrants alors que de nombreux Mahorais peinent eux-mêmes à accéder à des projets de logement ou d’aménagement. « Un foncier pour construire un camp alors que nous-mêmes on n’arrive pas à trouver de terrain pour nos propres projets », dénonce Safina Soula.

Le collectif citoyen 2018 est opposé au relogement de migrants à Mayotte. (Léo Vignal / JDM)

Elle insiste aussi sur le manque de moyens du territoire pour accueillir durablement de nouveaux migrants. Dans les prises de parole, les militants évoquent notamment, l’absence de structures d’accueil adaptées, mais également la crise de l’eau qui continue de marquer le quotidien des habitants.

En effet, la question des coupures d’eau s’invite aussi dans le mouvement. Alors que le comité de l’eau a récemment annoncé un durcissement des restrictions, les membres du collectif dénoncent une situation devenue intenable pour la population. « On paie la facture de la SMAE mais on est aussi obligés d’acheter de l’eau dans les magasins », rappelle Safina Soula, qui demande davantage d’accompagnement de la part de l’État.

« Le Mahorais doit garder sa place chez lui »

Safina Soula, présidente du collectif citoyen 2018. (Léo Vignal / JDM)

Safina Soula estime que les Mahorais ne se sentent plus suffisamment écoutés dans les décisions prises sur le territoire. Elle décrit des habitants pris « au milieu » entre l’État et les élus locaux, avec le sentiment que les priorités des Mahorais passent après celles de Paris. « Il faut comprendre qu’ici il y a un peuple qui s’appelle les Mahorais et on va lutter », martèle-t-elle. Une manière pour le collectif d’affirmer que derrière la mobilisation autour du camp de Tsoundzou, c’est aussi une inquiétude plus large sur l’avenir du territoire qui s’exprime.

Au-delà de la mobilisation, ils disent également attendre beaucoup du nouveau préfet. Pas seulement des réponses sur les migrants, mais une écoute plus large des préoccupations locales. « On veut un préfet à l’écoute, avec de la considération », insiste la présidente.

Pour l’instant, les manifestants assurent qu’ils resteront installés devant la préfecture jusqu’à obtenir une rencontre avec le nouveau représentant de l’État.

Shanyce MATHIAS ALI.

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