À 35 ans, Saoudati Saindou, que beaucoup appellent simplement « Saou », a choisi de se lancer dans l’entrepreneuriat après plus d’une décennie passée dans le secteur du tourisme. Son parcours commence loin de l’océan Indien, en effet, à l’âge de cinq ans, elle quitte Mayotte pour la métropole. Après le baccalauréat, elle s’oriente d’abord vers un DUT gestion des entreprises. Mais très vite, la Mahoraise se rend compte que ce n’est pas la voie qu’elle souhaite suivre.
Elle décide alors de se tourner vers un BTS tourisme, vente et production touristique, une orientation qui correspond davantage à ce qui l’anime : la découverte d’autres cultures et les voyages. « Depuis que je suis jeune, les voyages me font rêver. Cet univers m’a toujours attiré ! », raconte-t-elle. « Saou » explique que cette curiosité a peut-être été nourrie par l’exemple de sa mère, qui voyageait parfois pour le commerce.
Un parcours vers l’indépendance
C’est finalement à La Réunion que sa carrière dans le tourisme va prendre un tournant. Elle décide de s’y installer, convaincue qu’il y aura davantage d’opportunités dans un territoire où le secteur touristique est plus développé.
Saoudati y travaille pendant près de huit ans dans une agence dont le rôle consiste à organiser l’accueil des touristes sur une destination et à travailler avec des agences partenaires. Une expérience qui va lui permettre de mieux comprendre les coulisses du métier et créer des contacts.

Au fil des années, l’idée de créer sa propre agence commence à faire son chemin. En 2025, après avoir quitté l’entreprise dans laquelle elle travaillait, la jeune femme va se retrouver face à un dilemme . « Je me suis demandé si je voulais continuer à travailler dans le même format ou essayer de proposer le voyage comme moi je le vois », explique la mahoraise. Le chemin vers l’ouverture a toutefois été compliqué. En effet, ouvrir une agence de voyage exige de lourdes démarches administratives, dont l’obtention d’une garantie financière pour protéger les clients. Il va lui falloir près de six mois avant de concrétiser le projet. « Je ne me sentais pas forcément légitime à 100 %, mais je me suis dit : pourquoi pas moi ? », confie-t-elle.
Son agence, baptisée Soel Voyages, a vu le jour en décembre 2025 et porte un nom très personnel puisqu’il s’agit simplement des initiales de ses deux enfants.
Entrepreneuse et mère de famille
Mère de famille, Saoudati travaille aujourd’hui depuis son domicile, une organisation qui lui permet de mieux gérer son activité. « Être à mon compte ne veut pas dire travailler moins, loin de là ! Mais cela me permet d’organiser mon temps différemment et de rester présente pour mes enfants », indique la jeune femme.
Aujourd’hui, son agence se concentre sur plusieurs destinations de l’océan Indien, dont La Réunion, Mayotte, Maurice et les Seychelles. Un choix volontaire, car elle ne souhaite proposer que des pays qu’elle connaît personnellement. « Quand on a expérimenté la destination, on peut conseiller différemment ».
Saoudati insiste également sur la manière dont elle souhaite travailler avec ses clients, en privilégiant des voyages entièrement sur mesure. À partir de ces échanges, elle construit ensuite un séjour qui correspond vraiment à la personne, qu’il s’agisse d’un voyage en famille, d’un séjour plus tranquille ou d’un itinéraire tourné vers la découverte. « Je ne fais aucune proposition sans avoir parlé avec le client. J’ai besoin de comprendre comment il imagine son voyage, ce qu’il a envie de ressentir ».
Mettre Mayotte en lumière

Mais au cœur de son projet se trouve aussi une ambition particulière pour son île d’origine. Selon elle, le territoire reste encore trop souvent réduit à son lagon, alors que Mayotte possède bien d’autres richesses. « On parle beaucoup de Mayotte comme l’île au lagon, et c’est vrai. Mais il y a aussi notre culture, nos traditions, nos fêtes, notre façon de vivre ». Les autres objectifs sont d’encourager les habitants de l’île à consommer le tourisme local mais également à voyager pour se reposer et non juste pour des raisons pratiques et familiales.
L’entrepreneuse dit aussi vouloir rappeler l’importance pour les femmes d’oser se lancer dans leurs projets, malgré les doutes. « On a tous cette petite voix qui nous dit qu’on n’y arrivera pas, qu’il y a trop de concurrence. Mais chacun peut apporter quelque chose de différent. Le soleil brille pour tout le monde », affirme-t-elle.
Dans les années à venir, elle espère faire connaître davantage Soel Voyages et devenir une référence pour les voyages dans la zone. « Je n’abandonnerai pas ! La première année, c’est surtout une phase de lancement. On apprend, on ajuste, on voit ce qui fonctionne ou non ».
Shanyce MATHIAS ALI.


