Une stèle a été inaugurée à Mohéli à l’occasion de la célébration des 25 ans de l’Accord de Fomboni ayant mis fin à l’une des pires crises politiques de l’archipel. Il s’agit, pour les autorités, de sceller l’unité de l’archipel et rappeler la dure épreuve vécue par le pays pendant quatre années d’âpres négociations entre les autorités centrales et les séparatistes.
Une crise politique sans précèdent

« L’Ile de Mwali incarne ce que l’Archipel des Comores symbolise de mieux : la culture de la paix, de la tolérance et du vivre-ensemble. C’est ici, sur cette terre mohélienne, que la classe politique comorienne, a su trouver l’inspiration, pour négocier et trouver le compromis ayant abouti à l’Accord-cadre, qui a sauvé l’unité de la Nation en jugulant le séparatisme qui a sévi dans notre pays de 1996 à 1999 malgré les tentatives et les initiatives engagées, à Pretoria, Addis Abeba et Antananarivo, pour trouver une solution », a souligné le président comorien Azali Assoumani dans son discours prononcé, le 17 février, à l’occasion de la cérémonie commémorative.
Le dirigeant comorien a pris un décret pour faire du 17 février « une journée fériée, chômée et payée », mettant en avant la particularité de cette date pour l’histoire politique des îles. « L’Accord de Fomboni n’appartient ni à un camp, ni à un gouvernement, ni à un homme. Il appartient à la Nation. Il est le patrimoine politique commun de tous les Comoriennes et Comoriens. Car, s’il est une date qui ne devrait pas nous diviser après le 6 juillet 1975, ça devrait être celle du 17 février 2001, parce que, dans la crise institutionnelle profonde que traversait le pays, cet Accord a permis d’éviter le pire ».
Pour rappel, l’île d’Anjouan avait déclaré son « indépendance » le 3 août 1997, soit un an après l’arrivée au pouvoir du président Mohamed Taki Abdoulkarim. Le pays vivait une crise sociale sans précèdent : accumulation des arriérés de salaires, manque d’électricité et d’eau, chômage. Des frustrations ont été vives dans les rangs des hauts cadres de l’île de Ndzuani vivant à Moroni. Le nouveau régime ayant tout concentré les pouvoirs au profit de la Grande-Comore. Une intervention militaire échoue. Les autorités de fait proclameront « l’Etat d’Anjouan ». L’Union africaine (OUA, à l’époque) décrète un embargo.
Un test pour le deuxième cycle de la tournante
Des discussions seront alors engagées en juillet 1999 pour aboutir, d’abord à « un Communiqué conjoint », puis « La Déclaration de Fomboni » du 26 août 2000 avant la signature le 17 février 2001 de « l’Accord-cadre pour la réconciliation aux Comores » et l’adoption, le 23 décembre 2001 de la nouvelle constitution qui mettra fin à la « République fédérale islamique des Comores » pour créer le NEC (Nouvel Ensemble comorien) à l’origine de la création de l’Union des Comores.

L’accord consacrera le principe de partage du pouvoir entre l’Etat et les entités insulaires avec une double conséquence : l’autonomie large accordée aux entités insulaires et l’instauration d’une présidence tournante entre les îles. Mais, 25 ans après, des reformes constitutionnelles ont vidé l’autonomie des îles et remodelé la tournante (10 ans de mandat pour chaque île au lieu de 5), suscitant un éternel débat sur le modèle institutionnel adapté à la configuration insulaire du pays. L’élection de 2029 devrait marquer un test pour le deuxième cycle rénové de la tournante entre les îles.
Se félicitant de l’esprit de la commémoration des 25 ans de l’Accord de Fomboni et la volonté des acteurs politiques à poursuivre l’effort de consolidation de l’unité de l’archipel, le président Azali a promis de céder le flambeau à un ressortissant de l’île de Ndzuani. « J’ai donc bon espoir, et je prie Dieu que le 26 mai 2029, je passerai le flambeau à mon successeur, ressortissant de l’Ile Autonome de Ndzouani, qui sera choisi par le peuple comorien, pour l’intérêt supérieur de notre pays », a-t-il promis.
A.S.Kemba


