Ce lundi 16 février, l’ouverture de l’unité d’hospitalisation mère-enfant au centre médical de référence (CMR) de Mramadoudou a été vécue comme un moment de soulagement et de fierté par les équipes soignantes. Installé dans les anciens locaux de la maternité, le service accueille désormais des nourrissons transférés depuis la néonatologie ou la maternité de Mamoudzou, accompagnés de leur mère. Une organisation pensée pour offrir un cadre plus apaisé, tout en contribuant à désengorger un hôpital central saturé.
Le retour d’un service attendu

« On s’est battus, battus, battus, enfin les bébés reviennent dans notre hôpital », a déclaré, émue, Saoudati Somo Saindou, représentante de CFDT Santé. L’ouverture de cette unité s’inscrit dans les engagements pris par le directeur du Centre hospitalier de Mayotte, Jean-Michel Beaumarchais, qui avait affirmé vouloir faire des centres médicaux de référence (CMR) « une priorité ».
Depuis le 3 juillet 2023, la direction du CHM avait fermé les maternités de Dzoumogné, au nord, et de Mramadoudou, au sud, invoquant un manque de sages-femmes. Une décision mal comprise localement. « On n’avait pas compris pourquoi ils voulaient fermer alors que chez nous, il y avait beaucoup de sages-femmes, environ 170 », se souvient Saoudati Somo Saindou. « Après, c’était vide ici pendant plus de deux ans ».
Deux ans de mobilisation et de tensions

Durant cette période, une partie du personnel est restée sur place. D’autres ont été appelés à renforcer les équipes de Mamoudzou, notamment après le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024. Mais la situation a suscité de fortes résistances. « C’était compliqué pour nous d’aller à Mamoudzou, on a notre maison, notre famille ici, qu’est-ce qu’on allait faire là-bas », confie une aide-soignante.
La mobilisation a pris la forme d’une grève de longue durée. « On est restés ici vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant six mois, on dormait ici, on mangeait ici, on n’avait pas de week-end », raconte la représentante syndicale. Pour elle, l’enjeu dépassait la simple réouverture d’un service : « C’est important car ce centre médical et les services, ce sont nos acquis. À Mayotte, pour faire construire quelque chose, ça prend des années, dix, vingt, trente ans, donc on ne voulait pas le fermer ».
Une unité « tranquille » pour mères et nourrissons

L’unité mère-enfant de Mramadoudou se distingue volontairement de la maternité. Désormais, plus d’accouchement, mais un service « tranquille », comme le décrivent les équipes, « où on peut prendre soin autant de la santé du bébé que de la maman ». Elle peut accueillir jusqu’à vingt-deux lits et fonctionne avec une ouverture progressive, « de six lits à dix-huit lits », selon la direction.
Infirmière en néo-natologie depuis deux ans, diplômée de l’IFSI de Mayotte, Kiboutua présente le service. « On accueille les bébés qui n’ont pas besoin de beaucoup de surveillance. On offre à ces bébés et à leurs mamans un cadre serein, de soins, loin du stress de Mamoudzou ».

Elle précise : « C’est vraiment pour désengorger la maternité et la néo-nat de Mamoudzou ». La saturation est en effet importante. Un infirmier de néonatologie explique que, pour seize places en réanimation, quinze bébés sont hospitalisés ; seize places en soins intensifs accueillent dix-sept nourrissons, et le service de médecine compte trente bébés pour vingt-huit places. « En ce moment, on est saturés », résume-t-il, encore fatigué du transfert d’un premier bébé de la capitale vers l’unité du Sud.
Une organisation lourde, mais un symbole fort

Les transferts nécessitent une logistique importante. La distance entre Mamoudzou et Mramadoudou dépasse trente kilomètres, sur des routes souvent encombrées. « Il faut que ce soit des bébés stables », rappelle un pédiatre. Les critères sont stricts : « Il faut que le bébé ait minimum trente-cinq semaines de vie, qu’il soit autonome sur le plan alimentaire, qu’il pèse plus de 1,9 kilo », détaille le Dr Cimma, qui assure l’ouverture de l’unité. « On peut aussi prendre des enfants sous antibiotiques, des bébés avec des ictères compliqués, ou des nouveau-nés dont la mère est séropositive au VIH ».

Sur place, une équipe composée d’aide-soignants, d’infirmiers, de puériculteurs et d’un pédiatre assure les soins, avec des astreintes de nuit. Les chambres, individuelles ou doubles, sont équipées « de lits, d’une commode, d’une armoire et d’une salle de bain privatisée ». « Ici, on vise à être au plus près des mamans pour l’accompagnement de la parentalité, c’est un peu un refuge », explique encore Kiboutua.
Le jour de l’ouverture, tout n’était pas encore en place mais l’essentiel y était pour les quelques bébés qui arriveront ce jour. « Il me manque des seringues, des compresses, des médicaments, du lait pour les bébés », confiait une soignante, assurant toutefois que le matériel devait arriver dans la journée.
« Sans vous, je ne serais pas là à pleurer de joie »

L’arrivée du premier bébé et de sa mère, transférés depuis Mamoudzou, a cristallisé l’émotion. « Sans vous je ne serais pas là à pleurer de joie », a lancé Saoudati Somo Saindou aux équipes. La mère du nourrisson, né le 27 janvier 2026, nous a confié être soulagée d’avoir intégré l’unité : « On est libre ici, j’ai une chambre pour moi avec mon bébé, on se sent bien ».

Lors de l’inauguration de l’unité, la direction du CHM a annoncé que « l’équipe sera étoffée » pour soutenir l’activité. « D’autres enfants vont arriver. Tout cela, c’est parce que vous avez travaillé, vous avez cru en vous », a déclaré la direction, saluant notamment l’action de la directrice des soins, Samianti Kalame. Avant de conclure : « Les premières personnes qui font le nécessaire sur le terrain, c’est vous. Ne lâchez rien. On lâche rien ».
À Mramadoudou, l’unité mère-enfant ne remplace pas les accouchements, qui se déroulent exclusivement à Mamoudzou, Kahani et Pamandzi, et « les femmes souffrent toujours car c’est plus long d’aller là-bas quand on vient du Sud ou du Nord », observe une infirmière. Mais sur place, mères et nouveau-nés bénéficient d’un cadre apaisé, loin du tumulte des urgences et de la saturation des services, et dans une île où les refuges tranquilles sont rares, cette unité constitue un véritable havre temporaire pour les familles.
Mathilde Hangard


