Il devait être le symbole de « l’excellence sportive » de Mamoudzou et du territoire, il est désormais un écrin de béton et de poussière, presque laissé à l’abandon. 3 ans, 5 mois et 5 jours après la pose symbolique de sa première pierre, le 31 août 2022, le stade municipal de Tsoundzou, n’est qu’un vaste terrain vague de gravier et d’herbes folles, autour duquel se dessine tant bien que mal la piste d’athlétisme, où quelques chèvres se promènent.
Un projet à 21 millions d’euros !

Sur le parking de 200 places, censé accueillir les bus ainsi que les véhicules des supporters et des spectateurs, s’étendent des voitures abandonnées. Les murs, couverts de graffitis, demeurent inachevés et laissent apparaître les fers à béton. Un peu plus loin, les tribunes sont surveillées par des gardes, assis à l’ombre de la toiture, seul élèment qui semble être en bon état.
Mis en place par la mairie pour sécuriser les lieux, ils ne surveillent en réalité plus grand chose. Ce qui devait servir de billetterie n’est plus qu’une carcasse de béton vide. En dessous des gradins, l’allée menant aux vestiaires a été endommagée par des actes de vandalisme. Les vitres sont brisées et des traces d’incendie sont encore visibles.

La livraison du projet, d’un montant global estimé de 21 millions d’euros, était initiallement prévue en 2024. L’infrastructure, nommée Mohamed El Haddad « Zen », grande figure du sport local, devait « répondre aux normes de football de niveau 3, de rugby de niveau 2 et accueillir la tenue de compétitions d’athlétisme au niveau intérregional », indiquait le maire de Mamoudzou Ambdilwahedou Soumaïla, en avril 2022. Il devait permettre d’appuyer la candidature de Mayotte pour l’organisation des Jeux des Iles de 2027 en augmentant sa crédibilité et sa légitimité, et s’inscrivait dans le plan « Projet de Ville Mamoudzou 2030″.
Un stade pour « vivre-ensemble », désormais lieu d’affrontements

Cette infrastructure devait répondre, selon Rachadi Saindou, ancien président de la Communauté d’Agglomération Dembéni-Mamoudzou (CADEMA) en 2022, « aux enjeux liés à la jeunesse, à l’éducation » tout en participant au « rayonnement de Mayotte au travers des Jeux des Îles ». Des propos corroborés par le président du Conseil départemental, Ben Issa Ousseni, pour qui cet équipement allait offrir « à la jeunesse mahoraise un équipement digne de ce nom ».
Plus de trois ans après, les élèves qui étaient en sixième au collège de Kwalé lors de la cérémonie s’apprêtent à passer leur brevet. Le stade devait leur offrir, ainsi qu’aux enfants du groupe scolaire Foundi Adé, une infrastructure moderne et sécurisée pour leurs cours de sport.

Il était aussi pensé comme un lieu pour transmettre certaines valeurs : discipline, équité, inclusion, persévérance, respect d’autrui, apprentissage des règles collectives et esprit de vivre-ensemble. Un objectif qui, pour l’instant, reste manqué. Pire encore, le stade et ses abords, situés à la confluence de nombreux quartiers, sont devenus le théâtre fréquent d’affrontements entre bandes rivales, mais aussi avec les forces de l’ordre. L’endroit regorge de cachettes, mais aussi de débris et de pierres à jeter.
Il illustre la difficulté à sécuriser la zone, dans un village marqué depuis de nombreuses années par des épisodes de violence sans amélioration notable. Et si la police nationale affirme ne pas « lâcher le terrain », celui sur lequel devait se pratiquer le football semble bel et bien laissé à l’abandon.
« Les travaux ont repris », pas de nouvelle date de livraison

La construction du stade de Tsoundzou devait également faire oublier le « fiasco » du stade de Cavani, qui avait mis des dizaines d’années pour voir le jour, et qui n’est toujours pas terminé aujourd’hui.
En 2022, le maire de Mamoudzou disait ne pas vouloir répéter les mêmes erreurs et défendait un chantier basé sur la confiance, l’exemplarité et la crédibilité. « Il s’agit d’être conscient de notre capacité à mener des projets structurants à termes dans les délais impartis avec les coûts. L’idée est de faire prendre conscience aux différents partenaires de l’importance de ce stade comme étant le premier stade municipal du territoire avec un enjeu extrêmement important pour le développement du sport », soulignait-il. « La sensibilisation réalisée en amont, la confiance des partenaires, la façon dont on s’est mis d’accord pour mener le chantier sont essentielles. On ne doit pas être dans une démarche prestataire d’un côté et client de l’autre ».
Malgré cette volonté affichée, l’objectif n’a pas été atteint. Depuis 2024, plusieurs événements ont perturbé le chantier à commencer par les barrages qui avaient bloqué le territoire au début de l’année, repoussant la date de livraison en février 2025, puis le cyclone Chido.

Ce 5 février, la mairie, qui se prépare au début officiel de la campagne électorale pour les municipales dans un mois, indique que « le chantier a repris depuis le début de l’année, après le passage de Chido qui avait causé du retard, ainsi que suite à la dégradation des lieux par des intrusions ».
« Les travaux portent désormais sur la sécurisation du stade, avec l’installation de clôtures, la construction de murs et la présence d’agents polyvalents sur place toute la journée pour surveiller les lieux », précise la mairie, qui ne peut pas encore annoncer de nouvelle date de livraison. La présence d’ouvriers sur le site en cette fin de matinée du 5 février confirme la reprise des travaux. Ils s’affairent à l’édification des nouveaux murs d’enceinte, destinés à protéger le stade, sous le regard étonné des passants, qui, malgré l’imposante tribune, en avaient presque oublié l’existence.
Une chose est sûre, les coûts pour mener à bien ce projet jusqu’au bout seront maintenant plus élevés qu’en 2022…
Victor Diwisch


